Un Togo fort et en paix vote pour élire son président

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Jean-Christophe Gallien.
Jean-Christophe Gallien. (Crédits : Reuters)
OPINION. Les Togolais votent ce samedi pour élire leur président. Pour la deuxième année consécutive, le Togo apparaît surtout dans le Top 10 des économies les plus réformatrices de la planète. Retour sur les enjeux de cette élection et les défis que doit relever le pays. Par Jean-Christophe Gallien, docteur en science politique, enseignant à l'Université de Paris-Sorbonne(*).

Les Togolais votent ce samedi pour élire leur président. Le chef d'État sortant, Faure Essozimna Gnassingbé, 53 ans, fait figure de grand favori à sa succession. Président très discret, presque secret, on le connaît peu en Europe car il est moins un homme de communication que de projets et d'action. C'est un catholique, enfant d'un père originaire du nord et d'une mère venue du sud du pays. Il s'est appuyé sur cette double identité togolaise pour progressivement rééquilibrer la dynamique territoriale et politique du Togo.

Un Président discret, réformateur et stratège diplomatique

Fin diplomate il a construit des amitiés fortes dans la Région et sur le Continent. Le Togo, rappelons-le est comme coincé entre le Ghana, le Bénin et le Burkina Faso. Par la route on est seulement à quelques heures du puissant Nigéria. Il a aussi su équilibrer la géopolitique de son pays entre les grands blocs de puissance qui construisent la globalisation, Union Européenne, Russie, USA et Chine. L'accueil de grandes rencontres internationales traduisent sur le sol togolais cette approche diplomatique, Forum Togo-UE en 2019, sommet de chefs d'État contre le trafic de faux médicaments les 17 et 18 janvier derniers, annonce d'un prochain forum économique entre le Togo et la Russie en 2020... Le Togo est en paix et Faure Essozimna Gnassingbé a réussi à protéger son pays des secousses terroristes récurrentes de la région. Même si la frontière avec le Burkina Faso propose aujourd'hui, il l'avouait lui-même récemment, de nouveaux défis sécuritaires avec une forte augmentation de la pression djihadiste.

Une réussite économique collective

Depuis son accession au pouvoir Gnassingbé a profondément modifié le destin économique du Togo. Le taux de croissance, stabilisé entre 5% et 6 %, place le pays parmi les bons élèves de la plupart des classements internationaux. La croissance est poussée par la reprise de la production industrielle, la bonne performance des secteurs du transport et des télécommunication et le renforcement de l'investissement public et de la consommation privée. Le gouvernement a aussi engagé un programme de modernisation budgétaire qui a permis de ramener le ratio de la dette publique au PIB 75,9 % en 2018. Le déficit budgétaire s'est amélioré passant de 9 % du PIB en 2016 à 0,8% en 2018. Le taux national de pauvreté a connu lui un recul de près plus de 6 points, passant de 61,7 % en 2006 à 55,1 % en 2015.

Le pays le plus réformateur sur le Continent africain

Après avoir fait un bond qualitatif de 19 places l'an dernier, le Togo vient de rééditer l'exploit dans la dernière livraison du Doing Business, l'édition 2020 du prestigieux classement de la Banque mondiale considéré comme la référence sur l'environnement des affaires.

En occupant la 97e place à l'échelle mondiale, le Togo progresse ainsi de 40 places par rapport à l'édition 2019. Seules 9 économies africaines se classent désormais parmi les 100 premières pour ce qui est de la facilité à faire des affaires : Maurice, le Rwanda, le Maroc, le Kenya, la Tunisie, l'Afrique du Sud, la Zambie, le Botswana et le Togo.

Pour la deuxième année consécutive, le Togo apparaît surtout dans le Top 10 des économies les plus réformatrices de la planète. Cette fois-ci, il est même, le pays le plus réformateur sur le continent africain, devant le Nigeria grâce aux réformes entreprises notamment l'accessibilité à l'électricité, la régulation du contexte d'affaire et à la modernisation de la gestion des finances publiques.

Symbole bien vivant de la réussite du Togo, Lomé sa capitale est une capitale ouverte, accueillante et sécurisée. Entre douceur de vivre traditionnelle et modernité dynamique faite d'infrastructures de haut niveau, aéroport international, port autonome, quartier d'affaire... elle est activement branchée sur le reste du Continent et le reste du Monde.

Les 2 grands défis du prochain mandat

Deux défis dominent l'agenda du prochain mandat. Le premier c'est d'abord celui de traduire plus encore la réussite macro économique du pays dans l'économie du quotidien des togolais. Par exemple, si on est passé d'un taux d'électrification, de 18% à près de 50% sur la période 2005-2019, l'objectif est de favoriser l'accès universel à l'électricité, en ligne avec la stratégie nationale d'électrification 2018-2030. Le Plan national de développement (PND) 2018-2022 est désormais le moteur central qui traduit la vision de Faure Gnassingbé. Au delà des grands projets d'infrastructures routières, portuaire, industrielle, ... le plan comporte un fort volet social, notamment en matière d'éducation et de santé, mais aussi de formation et de développement agricole. La création d'emplois, en particulier pour les jeunes, est au coeur du PND.

Le second défi du Togo c'est de poursuivre et accélérer le développement d'un positionnement original, équilibré et ambitieux d'émergence continentale et internationale visant à renforcer son attractivité et sa compétitivité globale au service d'un développement national inclusif et durable.

C'est aussi un défi géopolitique urgent pour l'Union Européenne et la France qui devraient saisir toutes les opportunités proposées par le Togo au cœur du Continent Africain.

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(*) Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Enseignant à l'Université de Paris la Sorbonne
Président de j c g a et Directeur de Zenon7 Public Affairs
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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