Vanguard, l'autre gestionnaire d'actifs qui chasse les clients institutionnels et privés

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John Bogle, le fondateur du gestionnaire d'actifs Vanguard.
John Bogle, le fondateur du gestionnaire d'actifs Vanguard. (Crédits : Reuters)
OPINION. Si la financiarisation de l'économie s'est accélérée ces trente dernières années, banques centrales et clients institutionnels ont joué un rôle de poids dans ce phénomène. Tout comme ses concurrents tel BlackRock, l'américain Vanguard compte ainsi se positionner sur ces cibles. Par Nicolas Tarnaud, Frics directeur du MBA Immobilier International à Financia Business School et chercheur associé à LAREFI, Université de Bordeaux.

Les États-Unis est le pays le plus riche du monde bien que, paradoxalement le plus endetté. Les principaux gestionnaires d'actifs de la planète sont les Américains BlackRock (dont nous expliquons les activités ici), Vanguard, State Street et Fidelity. La dérégulation financière a commencé au début des années 1980 et a permis à la finance américaine de prendre son envol dans le crédit, les retraites, l'épargne, la gestion d'actifs, et l'immobilier.

En Europe, la libéralisation des mouvements de capitaux a permis l'ouverture aux investisseurs étrangers financiers nationaux une interdépendance avec les marchés financiers. Depuis 30 ans, l'épargne s'est mondialisée, les gestionnaires d'actifs américains en ont profité pour créer des véhicules financiers plus puissants que ceux du reste du monde. En devenant les actionnaires et les prêteurs de référence des entreprises ainsi que ceux des États, ils sont devenus des acteurs incontournables dans le monde économique. Ainsi, ils sont impliqués dans les stratégies et la gouvernance des entreprises sans oublier la gestion de la dette de nombreux pays.

La démocratisation de la gestion passive

Dans l'Amérique de Ronald Reagan des années 1980, les frais de gestion des fonds de pension revenaient à 2% par an. Aujourd'hui, avec la démocratisation de la gestion passive, ces fonds reviennent jusqu'à dix fois moins chers aux clients, améliorant ainsi la rentabilité des placements malgré la politique d'assouplissement monétaire des banques centrales mise en place dès 2008 aux États-Unis par la FED et dès 2015 en Europe par la BCE.

Dans un environnement plus concurrentiel que jamais, les investisseurs ont parfaitement intégré que chaque dollar alloué en frais de gestion est un dollar en moins pour la rentabilité potentielle de l'investissement.

Des actifs sous gestion supérieurs au PIB de la Chine

Depuis 1986, en France, le secteur financier a été libéralisé avec la fin du contrôle des capitaux, du crédit et la privatisation des établissements bancaires. Quarante ans plus tard, les banques et les gestionnaires de fonds gèrent des masses considérables de liquidités dans les pays où l'État providence est de moins en moins présent. Néanmoins, les États-Unis restent leaders tant au niveau des encours collectés par leurs fonds de pension qu'au niveau des montants gérés par les gestionnaires d'actifs.

Les quatre premiers fonds américains ne disposent-ils pas de l'équivalent de 18.700 milliards de dollars, soit un montant bien supérieur au produit intérieur brut de la Chine ?

Dans l'univers anglo-saxon, les fonds de pension appliquent des politiques uniformes dans la stratégie d'allocation d'actifs mais une grande partie de ces acteurs ne gèrent pas eux-mêmes les sommes placées par leurs clients, qu'ils soient institutionnels ou privés. Ces fonds externalisent la gestion de leur portefeuille afin de profiter de l'expertise et de la puissance des leaders mondiaux dans gestion active et passive.

Fidéliser les clients institutionnels, les États

Aussi, la gestion passive est d'autant moins coûteuse que la taille du fonds est significative. Il existe un paradoxe puisque la finalité de la gestion de fonds permet des économies d'échelle. Or, plus un fonds est important, plus il lui est compliqué d'obtenir des rendements élevés et récurrents dans la durée pour ses clients. Dans un environnement si concurrentiel entre les fonds et les gestionnaires, ces derniers doivent obtenir les meilleurs résultats sur le court terme.

Vanguard comme les autres fonds sont sous pression permanente pour fidéliser leurs clients institutionnels et en gagner de nouveaux. Dès la baisse de rendement sur plusieurs exercices, les gérants de fonds de pension n'hésitent pas à changer de gestionnaire.

Lancé au début des années 90 aux États-Unis et en 2000 en Europe, les ETF ont connu une croissance spectaculaire. Leurs encours n'ont cessé d'augmenter pour représenter aujourd'hui 7.000 milliards de dollars dans le monde. Vanguard propose des ETF en Europe uniquement depuis 2012, ce qui est récent, malgré son positionnement tarifaire attractif établi outre-manche depuis le début de leur commercialisation. L'entité est souvent synonyme d'investissement indiciel à faible coût auprès de gestionnaires de fonds Américains avec son homologue BlackRock.

La retraite par capitalisation, avec Vanguard

Vanguard est non seulement reconnu dans la gestion passive par les acteurs de la place, mais aussi dans la gestion active. Cette alternative se démocratisera par la suite auprès d'investisseurs institutionnels et privés puisqu'ils reconnaîtront l'efficience des marchés financiers progressivement. Les fonds indiciels répondront ainsi à leurs attentes. Aujourd'hui, plus de 30% des portefeuilles institutionnels sont détenus dans des fonds passifs, en comparaison au 20% détenus en 2007.

Comme avec ses concurrents BlackRock et Fidelity, Vanguard capte également l'épargne des ménages américains, via le plan 401k, du nom du système d'épargne retraite par capitalisation utilisé par les Américains pour leurs vieux jours. En effet, cette épargne leur permet de défiscaliser les sommes investies et les revenus du capital jusqu'à leur utilisation.

En ce début d'année 2020, Vanguard et BlackRock sont les premiers gérants d'actifs au sein de l'indice CAC 40 et de l'indice SBF 120. Un leadership qui n'est pas près de diminuer sur la place parisienne tant les entreprises cotées dans ces deux indices sont attractives pour les investisseurs non-résidents.

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Commentaires
a écrit le 23/01/2020 à 9:17 :
"clients institutionnels"

Pour ne pas dire "actionnaires milliardaires" ou "oligarques" ou "propriétaire des capitaux et d'outils de production du monde".

Vous vous rendez compte quand même là ?

"Les quatre premiers fonds américains ne disposent-ils pas de l'équivalent de 18.700 milliards de dollars, soit un montant bien supérieur au produit intérieur brut de la Chine ?"

Oui mais bien moins quand même que les 51000 milliards d'argent occulte que la finance génère.

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