INTERVIEW. "Dans ce contexte inflationniste, ce sont les éleveurs qui vont surtout souffrir. Parce qu'ils ne pourront pas échapper au renchérissement du coût des céréales nécessaires à l'alimentation animale", analyse Pierre Blanc, enseignant-chercheur à Bordeaux Sciences Agro et Sciences Po Bordeaux. Dans un entretien à La Tribune, ce spécialiste de la géopolitique de l'agriculture, au Proche-Orient et dans le monde (1), décrypte les possibles retombées sur l'agriculture de la guerre menée par la Russie en Ukraine, qui frappe le premier bassin planétaire de production de blé. Selon lui au...LA TRIBUNE - Quelles seront les conséquences de la guerre en Ukraine, qui est un grand producteur de blé, pour les agriculteurs français ?
PIERRE BLANC - La France ne sera pas la plus affectée par la guerre qui sévit dans le grenier à blé russo-ukrainien. Après avoir connu un renchérissement depuis 2021, le prix du blé est encore plus sous pression depuis le début de la guerre, au point qu'il a dépassé la barre des 450 euros la tonne - du jamais vu. Cette évolution est a priori favorable aux céréaliers français. Il est vrai que le montant des coûts de production va grimper à cause de la flambée du prix des engrais, qui est indexé à celui du gaz en forte hausse. Mais les céréaliers devraient surmonter le choc.
Dans ce contexte inflationniste, ce sont les éleveurs qui vont surtout souffrir. Parce qu'ils ne pourront pas échapper au renchérissement du coût des céréales nécessaires à l'alimentation animale. Mais tout dépend en dernière instance des politiques publiques d'amortissement du choc de prix mises en œuvre notamment à l'échelle du pays. Le secteur des semences qui a investi en Ukraine est quant à lui déjà affecté du fait de la fermeture de ses unités de production.
Personne ne sait encore quelles seront les retombées internationales de cette guerre déclenchée par la Russie contre l'Ukraine. Mais y a-t-il un risque de crise agricole internationale ?
Le grenier à blé russo-ukrainien concentre les meilleures terres à blé du monde. Il s'agit de terres noires très profondes, très fertiles, qui couvrent 30% des achats sur les marchés mondiaux. Ces terres se trouvent essentiellement à l'Est de l'Ukraine, même si l'Ouest du Dniepr n'en est pas dépourvu. Bien entendu on en trouve aussi abondamment au Sud-ouest de la Russie.
Propos recueillis par Jean-Philippe Déjean