Alors que la présidence tournante du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) est normalement aussi bien huilée qu'un mouvement d'horlogerie suisse, l'élection d'Allan Sichel, représentant la famille des négociants, à la présidence de l'interprofession lors de l'assemblée générale de ce 11 juillet, a rompu cette règle bien établie. Allan Sichel, dirigeant de la maison Sichel, connait bien Bernard Farges, représentant de la famille des viticulteurs, auquel il avait déjà succédé à la tête du CIVB de 2016 à 2018.
Car en général, pour ne pas dire à chaque changement, le nouveau président prend soin d'annoncer un programme identique, quasiment à la virgule près, à celui de son prédécesseur. Mais en ce 11 juillet 2022 Allan Sichel a décidé de rompre avec cette cogestion, introduisant un coin entre les familles du négoce et de la viticulture. Le motif de cette rupture historique concerne la politique d'arrachage à mener pour tenter de rééquilibrer le marché des bordeaux, qui est devenu lourdement excédentaire, avec d'importantes quantités d'invendus.
Alors que Bernard Farges s'était prononcé en mai dernier en faveur d'un arrachage définitif, irréversible des parcelles de vignes concernées, avec un financement assuré par des primes européennes, Allan Sichel, dans son discours d'investiture, a donné une version différente de ce scénario tout en revenant sur la fragile évolution des marchés.