Les catamarans de Nautitech voguent toutes voiles dehors

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Étendard de la marque, le Nautitech 542 est rapide et facile à manoeuvrer pour les familles, qui constituent 70 % des clients du fabricant./ DR
Étendard de la marque, le Nautitech 542 est rapide et facile à manoeuvrer pour les familles, qui constituent 70 % des clients du fabricant./ DR (Crédits : DR)
Alors que le secteur nautique est en pleine déprime, Nautitech accélère sa croissance. Voici dix ans, l'entreprise charentaise était au bord du naufrage, lorsque son repreneur, Bruno Voisard, a mis en place une stratégie qui s'avère payante, mariant savoir-faire made in France, coups de flair, innovations et exportations vers les pays émergents.

L'industrie nautique française est dans la tempête. L'année 2013 s'est avérée particulièrement délicate : le marché hexagonal subit encore un creux de 22 %, selon la Fédération des industries nautiques (FIN). Ce ne serait déjà pas anodin si, en plus, ce n'était pas la troisième année de baisse consécutive.

Pire, « le marché international a atteint son point bas », estime Yves Lyon-Caen, vice-président de la FIN.

Pourtant, au milieu de ces vents mauvais, un constructeur de catamarans tient non seulement le cap, mais aussi accélère sa croissance : Nautitech s'attend à voir son chiffre d'affaires grimper de 8 à 12 millions en 2014 et a recruté 18 salariés. Ce fabricant français de catamarans a vendu 25 unités sur 2012-2013 et pense atteindre les 40 à 45 livraisons en 2014.

En 2002, lorsque Bruno Voisard a racheté l'entreprise, la marque était exsangue, au bord du naufrage. L'entrepreneur définit alors une nouvelle stratégie combinant à la fois innovation, conquête de marchés à l'export et opportunités saisies à la volée. Un exemple ? En 2011, alors que les marchés italien, grec et espagnol s'effondrent et que ses ventes chutent de 40 %, Bruno Voisard « ose » investir 3 millions d'euros en deux ans.

Aujourd'hui, Nautitech réalise 85 % de son chiffre d'affaires hors de l'Hexagone. Dans la première moitié des années 2000, le chantier de production, situé à Rochefort-sur-Mer (Charente-Maritime), est entièrement repensé. Bruno Voisard reconfigure la gamme et travaille avec les plus grands designers du milieu, le Rochelais Stéphane Roséo, et des architectes réputés, tels que Marc Lombard. Trois nouveaux modèles (de 54, 48 et 40 pieds) pour la gamme Nautitech et un Ocean Voyager de 53 pieds voient le jour. Des modèles qui ont amené une série d'idées neuves dans l'aménagement, devenues depuis des standards dans le secteur, à l'image du bimini (auvent pare-soleil) rigide pour couvrir le cockpit, ou du plain-pied entre le carré (espace de vie) et le cockpit.

Préserver son ADN, une stratégie gagnante

Tous les nouveaux catamarans de Nautitech ont un point commun : la modularité des espaces, afin de limiter les « obstacles » visuels et de faciliter la circulation à bord.

« Chez nous, le carré est un espace entièrement aménageable sur mesure, sans contrainte de structure puisque tous les meubles sont assemblés, fixés et restratifiés à la main en dernière étape de fabrication », explique Bruno Voisard. Un atout majeur pour séduire une nouvelle clientèle en Chine, Brésil, Turquie, etc., « qui recherche avant tout le confort et navigue avec un skipper », précise-t-il. Un mariage judicieux entre techniques industrielles et artisanales.

Convaincu d'avoir les « bons produits », le patron de Nautitech a multiplié les missions commerciales dans ces zones à forte concurrence en profitant notamment du réseau Ubifrance et des actions de la Fédération des Industries Nautiques. Un changement de cap gagnant, qui lui a permis de trouver ses relais de croissance. En 2005, il avait déjà été le premier Français à vendre un catamaran en Chine. Aujourd'hui, sa marque est représentée dans 34 pays.

Parallèlement, elle a aussi renforcé sa force de frappe sur le territoire national. En 2013, huit nouveaux agents français ont été recrutés, ce qui porte le nombre de distributeurs entre Manche, Atlantique et Méditerranée à vingt. Mais sans doute un des secrets de cette stratégie gagnante aura été de préserver l'ADN de Nautitech, les qualités marines de ses catamarans, dotés, entre autres, des composites parmi les plus performants du marché. 70 % de ses clients partent encore pour de grandes croisières en couple ou en famille. L'un des étendards de la marque est ainsi le Nautitech 542, pensé pour faire le tour du monde, léger, donc rapide, tout en étant manoeuvrable sans effort et customisable par le client.

Lancé en 2011, il est considéré comme le modèle le plus abouti du secteur. Un secteur que Bruno Voisard, 53 ans, connaît par coeur. Et pour cause : il baigne dans ce milieu depuis l'enfance. Son père était commissaire général de la marine. Il a commencé comme menuisier avant de lancer, en 1987, Sea Tours, une des premières agences de location de voiliers à travers le monde.

En 1994 ce passionné de marine a convaincu le groupe Nouvelles Frontières de créer une activité de location, VPM, qui deviendra en quatre ans le troisième acteur mondial avec une flotte de 210 voiliers. VPM, qui fut le premier client de... Nautitech.

Nouvelles tendances, nouvelles opportunités

Administrateur de la FIN, membre du Conseil supérieur de la navigation et des sports nautiques, conseiller du commerce extérieur, Bruno Voisard est aux premières loges pour « sentir » les nouvelles tendances. Il observe ainsi que de plus en plus de propriétaires de yachts à moteur passent au catamaran, ce qui laisse augurer d'une reprise pour le secteur.

« Lorsque l'on parle d'un coût de 3000 euros de carburant pour un aller-retour Antibes-Corse, contre une trentaine d'euros en catamaran, cela fait réfléchir », argue-t-il. Bruno Voisard a vite compris aussi que la copropriété allait se développer.

Si l'année dernière deux bateaux ont été achetés via cette formule, cette année, ils étaient une dizaine.

Autre clé de sa réussite, « avant de lancer de nouveaux modèles, je n'hésite pas à aller discuter quatre heures avec des propriétaires aux Antilles pour voir ce qu'il faudrait améliorer sur mes bateaux », raconte-t-il.

Améliorations, mais aussi innovations pour rester dans la course au large. Lors du salon du multicoque de La Grande Motte, en avril 2014, Bruno Voisard présentera le Nautitech Open 40. C'est le plus grand intérieur-extérieur du marché des catamarans de 40 pieds, grâce à un système de vitrage et de baie coulissante entre le carré et le cockpit.

« J'en ai déjà vendu douze, alors qu'il n'est pas encore sur le marché ! », s'amuset-il.

À noter que l'entrepreneur charentais se targue d'avoir une production made in France à plus de 90 %.

« Tout est fabriqué en France, où nous avons un vrai savoir-faire, précise-t-il. Sauf quelques rares pièces que personne ne fabrique dans l'Hexagone. »

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