Mobilité BioGNV : comment Liger fait de Locminé un territoire pionnier

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Station-service Karrgreen de bioGNV.
Station-service Karrgreen de bioGNV. (Crédits : Liger)
En décembre dernier, Liger a invité le public à tester des voitures Seat roulant au biocarburant. Ouvert en 2012, le centre d'énergies renouvelables de Locminé (Morbihan) transforme aujourd'hui dans sa station de méthanisation, quelque 60.000 tonnes de déchets industriels et agricoles par an en électricité, en engrais mais aussi en bioGNV. De nouvelles stations Karrgreen vont être ouvertes et Liger planche sur le développement de sa propre cryptomonnaie. Une véritable démonstration d'économie circulaire à l'échelle d'une ville de 4.000 habitants.

Le gasoil a du plomb dans l'aile ? Le super d'essence reste cher ? Vous rêvez d'un carburant moins polluant ? En parallèle à la voiture électrique, fortement liée à l'énergie nucléaire, une alternative se dessine, et a pour épicentre Locminé. Dans cette petite ville de 4.000 habitants située à une trentaine de kilomètres de Vannes et fortement tournée vers l'agroalimentaire (groupe D'Aucy), Liger poursuit son engagement pour une mobilité bioGNV en Bretagne.

Un an après l'ouverture sur son site de la première station ouverte au public, Karrgreen, le centre d'énergies renouvelables a invité, en décembre dernier, le grand public à tester des voitures roulant au biocarburant, spécifiquement fabriqué à partir de déchets recyclés localement et d'algues fournies par la société Olmix. Sur cette piste d'essais éphémère ouverte en partenariat avec Seat, un des premiers constructeurs actifs dans ce domaine en France, quelque 60 automobilistes ont pu découvrir la conduite sur la nouvelle Leon ST TGI. Ce break, commercialisé autour de 26.000 euros, fonctionne en bi-carburation et autorise près de 400 km d'autonomie en utilisation GNV. Trois autres modèles seront lancés courant 2019, et Seat ouvrira début mars une représentation à Locminé deux à trois jours par semaine.

« Rouler au bioGNV permet de recycler les déchets et de réduire de 78% les émissions d'oxyde d'azote (NOx) et de 95% l'émission de particules fines. Moins cher aussi [0,99 euro par kilo, 45 euro pour 1.000 km), c'est le seul carburant dont l'empreinte carbone (CO2) est quasi nulle », explique Marc Le Mercier, le directeur de Liger, et chimiste de formation. Fondée en 2011, sous la forme d'une SEM, le centre d'énergies renouvelables s'est engagé assez rapidement dans le développement d'un carburant alternatif.

De la chaudière à bois à la valorisation des déchets

Né fin 2010, en association avec la Mairie de Locminé et à partir de l'idée - un peu folle - de construction d'un centre aquatique chauffé avec les ressources du territoire, le projet Liger (15 millions d'euros d'investissement) a souhaité d'emblée se démarquer du modèle allemand de méthanisation, lié aux cultures énergétiques comme le maïs. Démarré en 2012 avec une chaudière à bois, le site alimente d'abord le réseau de chaleur local, le centre aquatique, les établissements scolaires, la salle de spectacle. En 2013-2014, Liger commence à vendre le produit de sa méthanisation. En février 2017, il produit son premier mégawattheure (MWh).

« Aujourd'hui, le centre transforme quelque 60.000 tonnes de déchets industriels et agricoles par an en électricité, en engrais, mais aussi en biocarburant. La ressource est fournie par une cinquantaine de producteurs différents qui nous apportent des déchets de légumes, des graisses (groupe Jean Floc'h, groupe Goûters magiques-Crêpes Whaou), des déchets de poissons (Cité Marine), et 7.000 à 8.000 tonnes de produits agricoles. Pour fabriquer le biogaz, on rajoute 25% d'algues », détaille Marc Le Mercier.

Contenant 71% de méthane épuré, ce biogaz est valorisé sous deux formes : en production d'électricité verte (12.000 à 13.000 mégawattheures par an), injectée dans le réseau EDF à partir de mars 2017 et en chaleur verte. Le biométhane, carburant sans CO2, contient pour sa part un taux de méthane de 97% à 99%. En 2015 , il alimente une première station destinée aux collectivités et aux entreprises locales (dont Liger qui possède dans sa flotte plusieurs poids lourds roulant au bioGNV), puis une autre station ouverte au grand public fin 2017 sous l'enseigne Karrgeen. Fortement utilisée par les professionnels (neuf camions avitaillés à l'heure) dont des transporteurs italiens, et des touristes étrangers (issus de pays où le bioGNV est répandu), cette station a écoulé en 2018 l'équivalent de 7.144 pleins de voitures.

« A Locminé, s'est déjà développé un réseau de 80-85 véhicules d'entreprises et de particuliers. Ce projet d'économie circulaire, qui a été mis en avant à la COP21 à Paris, est structurant pour le territoire. Tout en modifiant les habitudes, il a maintenu l'économie agro-alimentaire locale et a permis d'établir des relations avec d'autres collectivités en France mais aussi avec des pays étrangers comme le Canada, Taiwan, demain les États-Unis. Des collaborations avec des écoles et des universités, comme l'Université de Bretagne Sud, sont aussi en cours dans une optique de formation au métier d'opérateur biomasse. Quelque 3.500 à 4.000 personnes ont visité le site l'an passé », comptabilise Marc Le Mercier, dont l'entreprise de 12 personnes a réalisé en 2018 une année pleine à 4,4 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Datacenter et cryptomonnaie Clean Coin

Ardent défenseur de l'économie verte et renouvelable, Liger fourmille de projets techniques et veut encourager l'économie bas carbone. Le parc de stations Karrgreen va s'étoffer avec 8 ouvertures prochaines dans l'ouest et en France (les deux premières seront installées à Ploërmel et à Troyes). Après certification des productions, des accords avec d'autres distributeurs vont être signés. Avec l'ambition de mettre en place, à l'horizon 2019-2020, le premier datacenter à empreinte carbone nulle, la SEM va aussi générer une activité « Clean Coin » : sa cryptomonnaie garantira ainsi au consommateur le prix de production et l'origine du point de production. Les premiers comptes ouvriront à compter du 1er février et comptabiliseront les émissions de CO2 évitées. Les « Clean Coin » cumulées seront transformables sous forme de pleins de carburant. Une partie des ventes sera redistribuée aux producteurs et aux distributeurs.

« Si la filière du nucléaire nous laisse la place, la France dispose d'un atout énorme dans la partie énergétique pour devenir un leader des énergies renouvelables », veut croire Marc Le Mercier.

Autant dire que Liger espère aussi un soutien des politiques sur ce sujet.

Par Pascale Paoli-Lebailly,
correspondante de La Tribune pour la région Bretagne

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Commentaires
a écrit le 30/01/2019 à 8:41 :
Vous êtes tous très marrant, vous mettez en avant de rouler moins chère, vous adressant donc à des ménages modestes pour leur dire d'investir des milliers d'euros dans une transformation de carburation.

Comprenez vous réellement le fond du problème ?

"Ce break, commercialisé autour de 26.000 euros, fonctionne en bi-carburation et autorise près de 400 km d'autonomie en utilisation GNV."

Non, vous ne le comprenez définitivement pas. Ceux qui ont les moyens d'acheter du neuf ne vont pas acheter deux fois plus cher un véhicule de la sorte et les autres n'ont pas les moyens de mettre une fortune pareille sur une bagnole, surtout sur un vulgaire break. Par ailleurs 400 km à la campagne c'est handicapant avec des pompes GNV installées toutes les 50 bornes au mieux je suppose.

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