La solidarité corse par les chemins numériques

Si l'écosystème insulaire est balbutiant, il a réussi à montrer son agilité et son efficacité pendant la crise sanitaire en structurant un réseau de fabs labs et de makers qui ont produit 15 000 visières de protection ou en levant 200 000 euros de financement participatif pour soutenir les hôpitaux corses.
(Crédits : Move Corsica)

En Corse, la solidarité prend le chemin du numérique

Doublement impactée au début de la crise sanitaire en raison de son insularité, et du foyer épidémiologique d'Ajaccio, l'économie insulaire peine à se relever. L'agence de développement économique de la Corse (Adec), émanation de la collectivité de Corse (CdC) revendique aujourd'hui 70 dossiers instruits et 4,8 millions d'euros d'aides payées mais aussi 2,5 millions d'euros versés à la Cadec* dans le cadre du fonds de trésorerie pour soutenir les entreprises. Début mai, l'Adec lançait un appel à manifestation d'intérêt afin d'encourager les dix meilleures entreprises du territoire à produire en nombre et à prix accessible des EPI** : masques de protection, gel hydroalcoolique, écrans de protection, respirateurs. Montant maximal de l'aide publique allouée :  50 000 euros.

Mais les entreprises locales et les particuliers n'avaient pas attendu l'appel des pouvoirs publics et des collectivités locales pour se mobiliser et palier l'absence critique d'équipements de protection.

15 000 visières de protection en quelques jours

« Le plan C a fonctionné et les makers et les fabs labs se sont organisés car on était en mode dégradé », résume Vannina Bernard Leoni, responsable du pôle Innovation et développement de l'Université de Corse, qui entend transformer l'essai de la dynamique ayant permis de fabriquer environ  15 000 visières de protection gratuites à destination initialement du personnel soignant en quelques semaines. Le réseau a permis selon l'universitaire, de mettre en mouvement une cinquantaine d'unités de production dans toute l'île, soit environ 100 personnes sur le pont qui ont fabriqué également des centaines de clés santé, -ces crochets évitant le contact, permettant par exemple d'ouvrir une porte sans toucher la poignée-, une cinquantaine d'hygiaphones ou de masques pour la respiration artificielle.

« Alors que les industriels ont mis longtemps à s'y mettre, nous avons fait la grande démonstration de notre agilité : les fabs labs sont dans l'économie réelle, ils ont une dimension physique et rééquilibrent les modèles économiques dans les territoires », analyse Vannina Bernard-Leoni, qui soutient la pertinence de faire de la manufacture en Corse «  à l'heure où l'on parle de relocaliser la production ».

Cet écosystème a été tracté pendant cinquante jours par les fabs labs mais aussi par des locomotives comme l'ajaccienne Campusplex, réunissant la constellation la Corsican tech, dont le point lourd de l'app builder Good Barber, a réorganisé ses équipes en télétravail et produit des visières via des imprimantes 3D, comme  l'indique l'un de ses co-fondateurs, Sébastien Simoni.
Icare, start-up qui commercialise une bague connectée a quant à elle rebondi sur la trouvaille de l'italienne Easy Nova visant à adapter les masques de plongée « easy breathing » aux appareils respiratoires des services de réanimation. « Nous avons travaillé à l'adaptation de cette idée aux besoins du service de réanimation du centre hospitalier d'Ajaccio », détaille Fabien Raiola, co-fondateur d'Icare. Pour ce faire, l'entreprise a travaillé en open source et a fabriqué la cinquantaine de valves à adapter sur des masques fournis gracieusement par Décathlon.

200 000 euros de financement participatif

L'écosystème insulaire encore balbutiant a contribué bénévolement à divers niveaux : Volpy,  start-up spécialisée dans le rachat de mobiles proposait d'offrir des téléphones aux soignants, quand la jeune école Sup design mettait ses locaux à disposition des petites mains de Corse, ces couturières ayant confectionné bénévolement des masques de protection en tissu.

Ce temps d'avance a aussi été celui des collectes et du crowndfunding afin de financer une partie de l'équipement du monde sanitaire.

La plateforme de financement participatif Move Corsica a ainsi été sollicitée par la fondation de l'université de Corse et a recueilli pour elle 71 000 euros. Elle a également récolté 103 000 euros pour Corsica Sulidaria, (émanation de la CdC et de la société civile) et une autre cagnotte d'environ 12 000 euros a été constituée pour l'hôpital de Tattone Corte et un Ephad. Selon la présidente de Move.Corsica, Marie Maestracci, « 1733 donateurs et 108 entreprises ont versé des fonds et ce financement participatif montre que d'autres solutions sont possibles ». Ces sommes ont en ce sens « participé à l'effort de guerre », car elles ont permis de soutenir financièrement les hôpitaux d'Ajaccio, Bastia et du centre corse au pire moment de la crise.

*Cadec : caisse de développement économique de la Corse.

** EPI : équipements de protection individuelle.

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