SÉRIE D'ÉTÉ - ÉPISODE 1/5. Les métiers du luxe en Alsace. L'atelier HH Services s'est spécialisé dans la restauration de voitures anciennes. Il souhaite rester à l'écart du mouvement spéculatif qui touche l'automobile de collection.Son garage aménagé dans une ancienne filature à l'abandon ressemble à un atelier d'artiste. Un bateau s'est échoué dans la cour où une cabane haut perchée émerge au-dessus des arbustes. Un piano décore le bureau. Une chaîne hi-fi diffuse du rock années 1970, du blues et du jazz. L'ensemble occupe 750 mètres carrés dans un quartier industriel de Strasbourg, tout près de la frontière allemande. L'endroit est voué à la renaissance des voitures anciennes.
Bienvenue chez Hubert Haberbusch, maître d'art dans la restauration des voitures de collection. Une centaine de photos des réalisations passées, collées au mur, témoignent de l'éclectisme et du savoir-faire du patron. On reconnaît des Bugatti, des Jaguar, des Porsche et d'autres marques plus rares : une Pegaso Type Z espagnole, une Tatra fabriquée en Tchécoslovaquie. L'atelier (huit salariés, dont deux en apprentissage) restaure une dizaine de voitures à la fois, sans trop se soucier de la rentabilité. "Ce travail n'a rien de rationnel. Comment voulez-vous expliquer à un client que vous allez peut-être passer plusieurs heures à essayer de régler sa portière ?" s'interroge Hubert Haberbusch. Il n'y a aucun tarif pré-établi pour la main d'oeuvre, comme un garagiste traditionnel en aurait l'obligation. Pas de devis non plus. Le coût horaire s'élève in fine entre 50 et 80 euros. Le chiffre d'affaires s'est établi à 403 000 euros en 2019 , "une belle année" en croissance de 10 % par rapport à l'exercice précédent. "On essaie d'adapter notre facturation au train de vie des clients. Il faut seulement faire attention à ce que le client ne décède pas en cours de chantier, surtout quand une restauration dure plusieurs années", plaisante Hubert Haberbusch.
La Bugatti Type 50, un chef-d'oeuvre
Le grondement de la cintreuse à olive accompagne le claquement du marteau. Dans l'atelier, le bruit des outils couvre l'ambiance musicale. "On sait refabriquer toutes les pièces, y compris les emboutis. Mais on ne touche pas aux moteurs, ni à la sellerie", précise Hubert Haberbusch. Les pièces en aluminium sont façonnées à la main, à l'aide d'une roue anglaise, un outil qui sert à former les galbes de la tôle. La restauration en cours depuis deux ans d'une Bugatti Type 50 relève du chef-d'oeuvre. La voiture sera reconstruite à partir de documents photographiques datant du début des années 1930. C'est un retour aux sources pour ce modèle rare, fabriquée initialement à Molsheim. La structure de la carrosserie Landaulet, en bois, a été entièrement refaite. Les longues ailes noires, qui mettent en valeur le diamètre exceptionnel des roues avant, ont été reformées à la main. Le système de capote de la Bugatti a nécessité à lui seul 300 heures de travail.