Les vins d'Alsace innovent à pas feutrés (3/3)

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La flûte, forme traditionnelle de la bouteille d'Alsace.
La flûte, forme traditionnelle de la bouteille d'Alsace. (Crédits : Olivier Mirguet)
ENQUÊTE. Les vignerons alsaciens investissent dans le marketing, inventent des vins nature ou des assemblages. Mais les initiatives de promotion restent parfois bloquées, faute d'adhésion du public et des interprofessions.

Peut-on innover dans le vignoble sans aller à l'encontre de ses traditions ? En Alsace, les coopérateurs et les négociants ont fait leur révolution avec des bouteilles en verre bleu (Bestheim) et des contenants dont la forme n'a plus rien à voir avec la flûte traditionnelle alsacienne (Arthur Metz). D'autres se sont inspirés du champagne, tel Wolfberger avec ses crémants rosés millésimés. Le vin bio n'étant plus considéré comme un atout distinctif, les gros metteurs en marché se tournent désormais vers la norme HVE3 (Haute valeur environnementale), une certification supervisée, entre autres, par l'Afnor. Pour Serge Fleischer, directeur de la maison de négoce Arthur Metz, cette norme d'application volontaire sera en mesure de "tirer la qualité vers le haut". En février, devant ses fournisseurs réunis en assemblée annuelle, il a annoncé un durcissement de ses conditions d'achat : la certification HVE3 sera bientôt obligatoire pour les apporteurs de raisin. Les petits vignerons n'ont pas apprécié, effrayés par une hausse des coûts d'exploitation dans un contexte de baisse des prix. En décembre 2019, seules 250 exploitations en Alsace (sur près de 4000) étaient certifiées HVE3. Serge Fleischer milite aussi pour l'autorisation, dans les vins d'entrée de gamme, du "bag in box" (le "cubi"), un conditionnement interdit en Alsace. "Le risque", répondent les membres du cercle Gustave Burger, un groupe d'indépendants qui proposent une vision élitiste sur l'avenir des vins d'Alsace, "c'est que la plupart des acteurs du vignoble disparaissent, ceux qui restent se tournant exclusivement vers la marque ou des signes de qualité de droit privé".

La mode des assemblages

Les petits opérateurs (500 metteurs en marché sont membres du syndicat des vignerons indépendants) cherchent d'autres repères. La tendance est aux assemblages, aux vins nature, non filtrés. "En produisant ces vins nature, j'ai renouvelé 95 % de la clientèle de notre domaine. J'exporte vers 25 pays, c'est plus cher mais c'est rentable", se réjouit Philippe Brand, qui a repris à Ergersheim (Bas-Rhin) une exploitation familiale déjà convertie à la biodynamie. Autour de Strasbourg, une dizaine de vignerons se sont accordés sur le cahier des charges des cuvées d'assemblage Argentoratum (50 % de riesling, moins de 5 grammes de sucres résiduels). "Les vins monocépage ont été une erreur historique !" acquiesce...

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