Deux années successives de surproduction ont fait chuter les prix. Les producteurs alsaciens ne parviennent pas à s'entendre sur la réforme qui permettrait d'écouler leurs stocks et de repartir à la hausse."Nous sommes entrés dans une phase de destruction et elle va être violente !" Charles Brand est porte-parole des vignerons de la Couronne d'Or en périphérie de Strasbourg. Observateur de la crise structurelle qui frappe l'Alsace, il ne mâche pas ses mots. "Ce qui me choque, c'est l'absence de solidarité. Certains producteurs croient que c'est la fin", déplore-t-il. Avec une production (1,028 million d'hectolitres) en 2019 supérieure de 10 % à sa capacité de commercialisation, la viticulture alsacienne a vu ses prix chuter sensiblement cet hiver, notamment sur les ventes en vrac (15 % des volumes). La précédente récolte, en 2018, avait déjà dépassé de 29 % les ventes écoulées.
Que faire de ces 367.000 hectolitres de vin restés dans les cuves depuis deux ans ? Dans la grande distribution, les prix de certaines bouteilles ont chuté à moins de 2 euros. Des producteurs se sont offusqués d'offres d'achat à 50 centimes le litre formulées cet hiver par des courtiers. "Ces offres sont marginales. Le vrai cours se situe à 1,90 euro pour le pinot gris, 2,60 euros pour le gewurztraminer. À ce tarif, je suis quand même pessimiste pour l'avenir du vignoble alsacien", témoigne l'un d'eux.
Course au rendement
Comment l'Alsace en est-elle arrivée là ? La grande distribution a été montrée du doigt, accusée d'avoir orienté les prix vers le bas et brouillé les cartes au sein des appellations. "Le discours global est complètement déconnecté de la réalité. On a dérivé vers la course au rendement", regrette Charles Brand. "Dans les supermarchés, des grands crus se sont vendus à 8 euros, moins chers que d'autres vins d'Alsace plus modestes", nuance Romain Iltis, sommelier dans un restaurant étoilé du nord de la région. Pour Pierre Bernhard, président sortant du Synvira, le syndicat régional des vignerons indépendants d'Alsace, le constat est identique. "Il y a 850 metteurs en marché en Alsace mais nous sommes incapables de nous accorder sur les prix, la typicité et la hiérarchie de nos vins", dit-il.