Bordeaux, capitale mondiale des hydroliennes fluviales en 2014

La capitale aquitaine va accueillir dès l'été prochain un projet unique au monde : un test grandeur nature des prototypes d'hydroliennes développés par les industriels. L'enjeu est de taille : en France, 40000 emplois pourraient être créés à l'horizon 2020 grâce à la filière des énergies marines renouvelables.
Installées à proximité du pont de pierre, à Bordeaux, les hydroliennes fluviales devraient développer une puissance totale de 250 kW. / Energie de la Lune
Installées à proximité du pont de pierre, à Bordeaux, les hydroliennes fluviales devraient développer une puissance totale de 250 kW. / Energie de la Lune (Crédits : DR)

Et si l'on produisait de l'électricité avec le courant des fleuves ? À partir de l'été 2014, des industriels vont se presser dans la capitale girondine pour mettre au banc d'essai leurs hydroliennes fluviales ou maritimes. Bordeaux a été choisi comme site expérimental estuarien national pour l'essai et l'optimisation d'hydroliennes (projet Seeneoh).

« Grâce au pont de pierre et à ses 15 arches marines, il y a de fortes accélérations de courant. La vitesse peut atteindre jusqu'à 7 noeuds », justifie Marc Lafosse, 32 ans, président d'Énergie de la Lune, cabinet d'ingénierie en énergies marines à Bordeaux, qui va gérer le site.

C'est le seul projet de cette ampleur dans le monde. Et c'est donc un tout nouveau marché à fort potentiel qui s'ouvre.

« À ce jour, il existe 146 technologies différentes d'hydroliennes dans le monde. Nous avons déjà reçu 17 demandes ! » indique l'océanographe.

L'État et les collectivités financent 64% du projet

Ce site d'essai sera capable d'accueillir simultanément trois hydroliennes. Deux seront fixées sur des plates-formes flottantes ou semi-flottantes à 46 mètres en aval du pont de pierre et une autre sera placée à 125 mètres de l'édifice. Les appareils devront rester sur place entre six et vingt-quatre mois, afin de bien étudier leur comportement. Même l'impact éventuel des pales sur les poissons sera analysé. Côté rendement, les engins subaquatiques, disposant de pales de 5 mètres de diamètre, devraient développer une puissance totale de 250 kilowatts. À Bordeaux, on pourrait ainsi alimenter plus de 20 % de l'éclairage public de la ville avec des hydroliennes fluviales, qui, ensemble, offriraient une puissance de 1,2 MW.

Les quatre premières entreprises à s'installer sur les bords de la Garonne sont déjà connues. Il s'agit du bordelais Hydrotube-Energie, de l'isérois HydroQuest, qui a créé une hydrolienne capable de produire 100 kilowatts, du puissant canadien Instream, qui a créé une filiale en France et a choisi Bordeaux pour y installer son siège social, et du groupe Cnim (Constructions industrielles de la Méditerranée), un poids lourd du secteur, qui a réalisé 722 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012 et compte 2772 collaborateurs dans 15 pays.

Ce projet, labellisé par France énergies marines, est doté d'un budget de deux millions d'euros. Il est pris en charge par les quatre collectivités locales - ville, département, région, communauté urbaine - à 14 %, par des investisseurs privés (36 %) et bénéficie d'un fort soutien de l'État dans le cadre des investissements d'avenir aux côtés de France énergies marines (50 %). Le programme doit durer au moins jusqu'au 31 mars 2020.

Dans ce secteur, la France a de vrais atouts. Elle est deuxième au niveau mondial pour le nombre de brevets déposés dans l'hydrolien.

« Grâce à des leaders comme le groupe DCNS dans l'armement naval et l'énergie, Ifremer dans l'océanographie, EDF, GDF-Suez dans l'énergie, Vinci, Bouygues, Eiffage dans les travaux maritimes... », détaille Marc Lafosse.

Le marché décolle : en 2013, la convention d'affaires des énergies marines renouvelables, Thetis EMR, a accueilli 172 exposants, contre 70 l'année dernière !

La France espère devenir leader reconnu sur le marché des EMR. Au total, 113 millions d'euros y seront investis au cours des dix prochaines années. La filière devrait créer 40000 emplois d'ici à 2020. Si les grands groupes se sont emparés du marché très prometteur des hydrolienne s marines, les PME se sont engouffrées, elles, dans celui des hydroliennes fluviales ou d'estuaire, également porteur.

La puissante société canadienne Instream a choisi Bordeaux pour y installer son siège social. Ici, sa turbine hydrocinétique à axe vertical. / Instream Energy.

turbine

Bretagne et Dom-Tom, des sites à l'étude

Selon le cabinet américain Pike Research, le potentiel mondial de l'hydrolien fluvial est de 3000 MW d'ici à 2025, soit un marché de 10 milliards d'euros. Ainsi, Jean-François Simon, PDG d'HydroQuest, start-up grenobloise de 10 salariés, espère vendre de 300 à 500 machines par an d'ici à 2018.

Selon EDF et les experts gouvernementaux, les zones propices se situent au large de la pointe de la Bretagne, entre Ouessant et le continent, et autour du Cotentin. Sans oublier, bien entendu, les territoires d'outre-mer.

« En Guyane, l'hydrolien fluvial permettrait de rendre autonome en électricité un très grand nombre de villages », met en avant Marc Lafosse.

Ces hydroliennes pourraient également être installées dans les passes d'atolls. Un projet est en cours à Tahiti.

« Il y a peu de filières industrielles aujourd'hui en France susceptibles d'offrir une croissance à deux chiffres », rappelle Marc Lafosse. Mais, pour cela, « il ne faut pas prendre de retard. Les premiers parcs pilotes arriveront chez nous en 2016, alors qu'en Écosse les permis de construire sont déjà déposés. »

Une ferme pilote d'une dizaine d'hectares doit voir le jour en 2016 à Bourg, en Gironde. Selon une étude de la région Aquitaine menée en 2012, il y a un potentiel de 3000 machines dans l'estuaire de la Gironde, équivalant à une puissance installée de 106MW. Au niveau local, l'objectif est de faire émerger une filière industrielle avec à la clé 400 emplois.

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Commentaires 10
à écrit le 07/03/2019 à 10:40
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j'aime les tp de svt :)

à écrit le 24/10/2013 à 16:18
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Qd la techno sera mature,... pour le financement-participatif-Citoyens_et_Collectivités, faudra voir une approche d'accompagnement avec Energie Partagée...Histoire d'impliquer les 1ers concernés du terrain! Bonne continuation et Bonne maturation ! A+...

à écrit le 16/10/2013 à 14:58
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L'hydrolien fluvial me laisse perplexe, ce n'est rien d'autre que de l'hydroelectricite utilisant la vitesse de l'eau plutot que sa force passant verticalement dans une turbine. Attention aux fausses bonnes idees.

le 07/03/2014 à 10:34
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heureusement que vous êtes là pour les remettre dans le droit chemin.

à écrit le 15/10/2013 à 23:43
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Cher Yves, Les éoliennes offshore de 6MW actuelles (#haliade d #Alstom) faisaient 100 kW sur les sites essais du Languedoc Roussillon il y a 20 ans !!! Alors, on laisse passer le train ou on essaye de monter à bord !

à écrit le 15/10/2013 à 18:07
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Je me demande s'ils ont tenu compte des marées dans leurs estimations ? Car la marée remonte jusqu'au Pont de Pierre, inversant le sens du courant. Sinon, c'est exactement ce qu'on faisait au 19è siècle, avec la multiplication des moulins sur le moi...

à écrit le 15/10/2013 à 13:49
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Pour fixer les idées, peut-être est-il utile de rappeler que la puissance d'une voiture fait environ 100 kilowatts ! Chacun peut alors en déduire l'envergure du projet...

le 15/10/2013 à 14:26
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C'est un test avec un prototype, attend un projet mature avant de critiquer. L'hydraulique est l'EnR la plus rentable avec un Mw produit à 30 euros en moyenne. Donc ça vaut la peine d'expérimenter autre chose que le barrage classique.

le 15/10/2013 à 15:00
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Un gadget ! Heureusement il y a nos bonnes vieilles centrales nucléaires prolongées à 50 ans pour éclairer les bobos bordelais

le 15/10/2013 à 17:58
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On faisait la même remarque en 1953 en parlant du réacteur nucléaire de Marcoule. 30 ans plus tard on couvrait la France de centrales ...

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