Grand Paris : Hidalgo veut "trouver l'équilibre" avec la banlieue nord

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L'édile plaide pour que la métropole soit autorité de second rang en matière de transport après la région.
L'édile plaide pour que la métropole soit autorité de second rang en matière de transport après la région. (Crédits : CHARLES PLATIAU)
A l’occasion de la pose de la première pierre de la Cité des Humanités et des Sciences sociales à cheval entre le XVIIIème et Aubervilliers, la maire (PS) de la capitale, et première vice-présidente de la métropole, revient sur ce projet grand-parisien.

LA TRIBUNE - Vous allez poser ce matin la première pierre du campus Condorcet. Que symbolise ce projet pour vous ?
ANNE HIDALGO -
C'est une université de sciences humaines (EHESS, EPHE, Paris I, Paris VIII, Paris XIII, CNRS, Ecole nationale des Chartes et l'INED) qui vient s'installer au nord de Paris en prenant une partie du XVIIIème arrondissement et une autre d'Aubervilliers, s'inscrivant dans la couture Paris-banlieue et prolongeant le pôle universitaire central vers le Nord-Est.
Dès 2008, en tant que première adjointe de la Ville auprès de Bertrand Delanoë, chargée de l'urbanisme et de l'architecture, j'ai travaillé sur tous ces projets, et notamment sur cette couture urbaine dans ce secteur qui couvre le boulevard Macdonald et le boulevard Ney. L'idée était de fabriquer des morceaux de ville avec toutes ses fonctionnalités : logements, équipements publics, commerces... En effet, quand nous en avons imaginé la colonne vertébrale, nous avons pensé à tous ces services pour dynamiser cette partie de la ville.
Nous avons alors travaillé avec les différents ministères concernés comme celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi qu'avec la Région Ile-de-France sur l'installation du pôle universitaire. Puis, nous avons décidé d'inscrire l'université au cœur de la ville avec des bâtiments dédiés aux chercheurs, des résidences étudiantes, une bibliothèque, de la restauration et des logements pour toutes et tous.
Il y a eu des débats mais finalement, nous avons trouvé l'équilibre afin que l'enseignement supérieur et la recherche tirent ce quartier et lui donnent l'attrait qu'il aurait toujours dû avoir. Nous nous étions également engagés auprès de la population à ce que le centre d'hébergement s'arrête en mars 2018. Nous tenons parole.

En fait, vous avez inventé la métropole avant Patrick Ollier ?
Dès 2005, nous l'avons effectivement construite avec un groupe d'historiques : le maire de Paris Bertrand Delanoë, le président de Plaine Commune Patrick Braouezec, le maire de Cachan Jean-Yves Le Bouillonnec, le maire de Nogent-sur-Marne Jacques JP Martin, le maire de Sceaux Philippe Laurent, le maire de Vanves Bernard Gauducheau et bien sûr Patrick Ollier à Rueil.
Nous nous sommes dits : est-ce qu'on ne pourrait pas faire travailler nos équipes sur des projets de couture ? Ces anciens terrains de la SNCF nous donnaient cette opportunité. Les négociations ont été très dures car ils voulaient nous les vendre aux prix du marché. Puis, en 2006, nous avons adopté un plan local d'urbanisme afin d'en faire des réserves foncières et surtout d'éviter que ces terrains ne partent en promotion immobilière privée.
Enfin, lorsque nous avons démarré, nous avons fait travailler ensemble nos équipes d'urbanisme : l'APUR de notre côté, Plaine Commune de l'autre, avec des grandes tables de concertation de parfois cent personnes où l'on invitait les élus locaux et la population. C'est ainsi que nous avons commencé à fabriquer le Grand Paris avec les villes voisines.

Serait-ce un modèle que vous voulez exporter hors de la capitale avec votre casquette de présidente du C40 ?
Déjà à Clichy-Batignolles, nous avons décidé de faire des workshops avec les acteurs sélectionnés sur les dix lots en les faisant travailler ensemble pour aboutir à quelque chose d'harmonieux. Sans avoir en tête la volonté de tout uniformiser, les équipes d'architectes, les promoteurs et les bailleurs sociaux s'installaient autour de la maquette puis chacun positionnait ses volumes. Beaucoup de ces parties prenantes venant de l'étranger, comme l'Italien Renzo Piano architecte du TGI, nous disaient déjà que nous refabriquions la ville.
Avec Réinventer Paris, cela procède aussi de cette volonté d'aller plus vite. Par exemple, l'opération des Halles, lancée en 2002, que je reprends en 2008, sera livrée le 19 mai prochain. Dix ans, c'est extrêmement long ! Cette méthode qui consiste à accélérer intéresse beaucoup mes confrères et consœurs maires. Patrick Ollier a été audacieux en en reprenant le fonctionnement. Rappelez-vous que la première édition du concours « Inventons la métropole » a généré 7,2 milliards d'euros d'investissements privés.

Toujours est-il qu'il faut que de tels projets s'inscrivent dans une qualité de vie, à commencer par la qualité de l'air. La Ville peut-elle prendre seule des décisions de lutte contre la pollution ?
La lutte contre la pollution est un devoir moral, politique et juridique. Si nous n'agissons pas, nous aurons à répondre devant les tribunaux. L'opinion publique est majoritairement favorablement à la piétonisation des voies sur berge. Je n'ai jamais porté un projet de ville sans voiture. Il faut aller vers de systèmes électriques, partagés et que les villes soient beaucoup plus strictes sur les zones de circulation restreintes. Ce que je fais, c'est ce que font toutes les grandes villes. Porter des politiques audacieuses qui obligent à changer les comportements, ce n'est pas simple, mais il faut le faire.
Sur les questions de gouvernance, il ne manque que la métropole du Grand Paris. Ses 7 millions d'habitants sont les plus exposés aux problèmes de pollution, de densité urbaine et de déplacements pas simples. C'est d'ailleurs toute la question du Grand Paris Express qui doit permettre une meilleure circulation des usagers. Or, la MGP n'a pas de levier en matière de transport. Aussi, faudrait-il que la métropole soit autorité de second rang après la région sur ce sujet. Dans les évolutions institutionnelles possibles, cela pourrait faire partie d'une gouvernance plus efficace.

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Commentaires
a écrit le 24/04/2018 à 10:08 :
Un nouvelle hidalconnerie pour enfumer les naïfs
a écrit le 23/04/2018 à 13:19 :
Elle avoue : son seul souci est de piloter en sous-main les projets d’architecture (et les commissions aux bureaux d’etudes amis)... Quelques sourires à certains maires de banlieu ne changeront pas son échec annoncé...
a écrit le 23/04/2018 à 9:23 :
Hidalgo fait ce qu'elle aime le plus : inaugurer des machins aussi coûteux qu'inutiles. Alors que la propreté, les transports publics, la pollution, l'insupportable circulation automobile, le manque d'hébergement pour les sans-abris, les difficultés des plus pauvres, elle s'en fout. C'est bien pour cela qu'elle ne sera pas réélue...
Réponse de le 23/04/2018 à 11:49 :
Je suis bien de votre avis quoique plus perplexe sur votre dernière phrase
a écrit le 23/04/2018 à 9:00 :
"On construit, au nord de Paris, un Campus Condorcet exclusivement consacré aux sciences humaines. L'université de Saclay, au sud, est principalement consacrée aux sciences dures. On met quelques dizaines de kilomètres entre les deux. Cultivés ignorants ou savants incultes. La tradition philosophique était exactement l'inverse." Michel Serres

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/michel-serres-l-informatique-joue-un-role-essentiel-pour-transformer-les-sciences-humaines-773579.html

Il serait peut-être temps d'entendre ceux qui réfléchissent sérieusement et pas ceux là par leurs réseaux qui font semblant de réfléchir car incapables de faire autrement, seulement pour le fric.

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