Thierry Dallard, le maître des horloges du Grand Paris Express

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Thierry Dallard est président du directoire de la Société du Grand Paris depuis le 30 mai dernier.
Thierry Dallard est président du directoire de la Société du Grand Paris depuis le 30 mai dernier. (Crédits : DR)
Le nouveau président du directoire de la Société du Grand Paris, Thierry Dallard, a fait sa rentrée ce 25 septembre. Il s’est donné « jusqu’au printemps » pour se prononcer sur l’évaluation du nouveau calendrier du Grand Paris Express.

Thierry Dallard est arrivé début juin à la tête de la Société du Grand Paris, et le nouveau président du directoire se dit « optimiste pour la suite ». Après plus de dix ans dans un fonds d'investissement spécialisé dans le financement privé d'infrastructures, il semble déjà à son aise : « La SGP, c'est une société de projets avec le même type d'objectifs que les sociétés de projet que j'ai créées et présidées chez Meridiam. En interne comme en externe, j'ai les mêmes qualités à mobiliser ainsi que des programmations financières à organiser au plus proche des besoins du calendrier technique. »

Contrairement à ce qu'avait indiqué le gouvernement en février dernier, lors du report du calendrier de livraison, la mise en circulation de la ligne 15 sud entre Pont-de-Sèvres (Boulogne-Billancourt) et Noisy-Champs a été décalée avec une livraison prévue pour le premier semestre 2025. Pour le reste, le patron de la SGP se donne « jusqu'au printemps prochain pour répondre avec précision » mais promet que  « s'il y a une impossibilité, [il] le dira ».

Sur la ligne 14 entre Saint-Denis et Orly, il estime que « le calendrier [étant] tenu, [il] n'a pas de raison d'être inquiet ». Idem sur la ligne 16, « le planning est a priori réaliste ». En revanche, sur la mise en service de la gare de l'aéroport du Bourget sur la ligne 17, censée desservir le centre des médias des Jeux olympiques de 2024, Thierry Dallard s'est montré « plus réservé ».

Faire aboutir des pistes d'économies

Les chiffres du « chantier du siècle » donnent en effet le tournis : 2 tunneliers à l'œuvre dans les sous-sols grand-parisiens avant 11 supplémentaires en 2019, 65 chantiers de génie civil en cours (aménagement des gares et 35 chantiers préparatoires. Sans oublier 1.000 PME, dont 600 franciliennes, impliquées par les grands groupes, employant 3.000 travailleurs, dont 450 recrutés sur le terrain.

Conformément aux recommandations de la Cour des comptes, la SGP, qui compte aujourd'hui entre 200 et 220 personnes, prévoit d'en recruter 200 de plus en 2019 et 200 autres en 2020. Objectif : être au plus près des entreprises du BTP pour passer de 100 à 300 sites en travaux et accompagner les 5 tunneliers de plus prévus pour l'année prochaine.

Le président de la Société du Grand Paris ne veut pas se prononcer sur les propositions de financement du député Gilles Carrez. Il soulève néanmoins la « complexité » de taxer les plus-values des opérations immobilières situées autour des gares : « Quand on créé une accessibilité nouvelle, on créé une opportunité de valeur. Ce qui est très difficile, c'est de définir le moment zéro ». Chargé de réaliser au moins 10 % d'économies, Thierry Dallard déclare avoir « identifié des pistes [qu'il] pense faire aboutir », citant la réutilisation des tunneliers ou le choix de matériaux opéré sur certaines opérations. Il promet également qu'à chaque réunion trimestrielle du conseil de surveillance, sera fait un point d'étape.

Quatre rendez-vous avant d'être nommé

Conformément aux annonces de cet été, la Société du Grand Paris va émettre sa première émission obligataire d'ici à fin 2018, afin de lever un milliard d'euros auprès d'investisseurs privés. En attendant, les partenaires financiers historiques de la Société du Grand Paris louent déjà son action. « Je l'ai rencontré un mois à peine après sa prise de fonctions et j'ai fait la connaissance d'un dirigeant déterminé et déjà pleinement à la manœuvre, avec une feuille de route double, non seulement financière mais aussi orientée sur le développement urbain et économique du Grand Paris », salue Marianne Louradour la directrice régionale Île-de-France de la Banque des territoires qui apportera un nouveau milliard d'euros d'ici à la fin du mois.

Avec la Banque européenne d'investissement, ils signeront un troisième contrat de financement le 28 septembre prochain.

En revanche, son ancien chef, Thierry Déau, président de Meridiam, qui qualifie Thierry Dallard d'«ami », déclare qu'« [il n'était] pas forcément content qu'il parte, mais cette nomination est la reconnaissance du travail qu'il a effectué chez nous ». Les deux anciens collègues continueront d'ailleurs à se voir : « Nous aimons nous retrouver autour d'un bon verre de vin et de bonne chère. » L'intéressé confirme en riant sa passion pour la cuisine : « Jamais de beurre, toujours de l'huile d'olive. J'aime quand ça mijote ! C'est pourquoi sans doute je suis taillé pour des projets de long-terme. »

Pourquoi le patron de la SGP a-t-il postulé d'ailleurs ?

« Quand on a fait ce métier pendant vingt-cinq ans et qu'on apprend que le plus grand projet d'Europe recherche un pilote, on ne peut pas y être indifférent ! C'était impossible pour moi de ne pas me positionner. J'ai toujours eu la curiosité et la volonté d'apprendre en m'inspirant de mes expériences antérieures. Chaque jour, je fais appel à tous les réflexes acquis au cours de mes années d'expérience. Ma fonction actuelle est vraiment la compilation de tous les métiers que j'ai exercés. »

Et pourtant le processus de recrutement a été long : après un premier entretien avec les chasseurs de têtes choisis par le gouvernement, Thierry Dallard doit patienter quelques semaines. Vient le temps du deuxième oral. Silence de nouveau. Troisième appel du cabinet de recrutement : il a cette fois rendez-vous avec la ministre des Transports Elisabeth Borne. Avant la dernière et ultime étape : un entretien avec le Premier ministre Edouard Philippe.

Sensibilisé "très tôt" aux transports

En bon passionné de plongée et de montagne (« Kenya, Kilimandjaro, volcans en Amérique du Sud »), ce natif de Montélimar, qui a grandi « dans une famille ignorant tout de la filière des grandes écoles avant de monter à Lyon au lycée du Parc en prépa », est un habitué des hauts et des bas.

Il aurait pu venir devenir architecte : « dessiner, créer ou modifier l'existant » : « Dans le privé, on passe plus de temps à perdre des appels d'offres qu'à en gagner. La seule fois où j'ai été vraiment triste, c'est lorsqu'on a perdu le projet d'un très beau bâtiment qu'on avait conçu ensemble avec un architecte. »

Mais du fait de sa fréquentation d'associations s'opposant au choix du tracé de la LGV Méditerranée, Thierry Dallard, « très tôt sensibilisé aux questions d'acceptabilité des grands projets », s'est orienté vers le secteur des transports : « Il permet de toucher à tout : aux techniques de la construction, aux territoires, aux politiques agricoles, urbaines, patrimoniales, à la sociologie... »

"Créons une école de la maîtrise d'ouvrage !"

Et précisément pour la maîtrise d'ouvrage au ministère dédié pendant quinze ans : « Élaborer le programme décrivant les besoins auxquels on veut répondre, gérer son environnement, mobiliser de nombreux savoirs... Le maître d'ouvrage est un chef d'orchestre. »

Au fond, le patron du super-métro n'a qu'un seul rêve : « On peut regretter qu'il n'existe aucune formation structurante pour ce métier. Certains professionnels viennent de l'administration, d'autres du BTP ou de l'ingénierie. Et si on créait une école ? »

En interaction continue depuis un quart de siècle avec les administrations centrales et les collectivités d'un côté, les écosystèmes privés comme la sphère financière de l'autre, nul doute qu'il devrait trouver les bons interlocuteurs.

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