Covid-19 : Xenothera veut accélérer avec un essai clinique de son traitement en Europe

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Si l'efficacité du XAV-19 est démontrée au cours du premier semestre 2021 dans le cadre du programme Polycor, et que Xenothera obtient une autorisation temporaire d'utilisation, les premiers traitements pourraient être administrés avant l'été prochain.
Si l'efficacité du XAV-19 est démontrée au cours du premier semestre 2021 dans le cadre du programme Polycor, et que Xenothera obtient une autorisation temporaire d'utilisation, les premiers traitements pourraient être administrés avant l'été prochain. (Crédits : Xenothera)
Bridée pendant l’été par les autorités de santé françaises pour démarrer les essais cliniques de phase 2 de son candidat médicament, la biotech nantaise Xenothera s’apprête à lancer un essai clinique de phase 3 en Europe dès 2021 pour accélérer la validation de son traitement, à base d’anticorps polyclonaux glyco-humanisés, pour soigner la Covid-19. Une technologie voulue pour enrayer l’aggravation de la maladie et éviter un transfert des patients en réanimation.

Odile Duvaux ronge son frein. « On avance... mais pas toujours au rythme que l'on voudrait », trépigne la fondatrice de la biotech nantaise Xenothera, candidate à la mise au point d'un traitement (Xav-19) pour lutter contre le SARS-CoV-2. Trois mois après les premiers essais cliniques lancés en juin dernier, seuls dix-huit patients ont pu recevoir les doses entre les mois de septembre et novembre.

Suspendue pendant l'été dernier aux autorisations délivrées par l'ANSM, la phase 2 de l'essai clinique Polycor, piloté par le Dr Benjamin Gaborit, du service de maladies infectieuses et tropicales du CHU de Nantes, dirigé par le professeur François Raffi et le concours des CHU d'Angers, Paris (Saint-Antoine) et Lyon, a été menée à pas comptés. Sur un patient, d'abord, imposant une pause de trois semaines, puis sur deux, etc. Sans doute échaudée par l'essai thérapeutique du Biotral qui avait conduit au décès d'un patient sain à Rennes en 2016, l'ANSM a visiblement redoublé de prudence et imposé ses conditions en limitant les capacités d'inclusions et le choix des établissements. Elle a été confortée le 4 novembre dernier, par l'avis d'un comité indépendant qui confirmait la tolérance du XAV19 dont la première phase d'essais (IIa) a pu se poursuivre avec une seconde cohorte de huit patients recevant une seconde dose, où aucun effet secondaire n'a été révélé.

Un chemin de croix pour le XAV-19 dont la deuxième phase d'essais (IIb) devrait démarrer dès janvier prochain auprès, cette fois, de plusieurs centaines de patients dans une quarantaine d'établissements hospitaliers. « C'est extrêmement lent, regrette Odile Duvaux, nous sommes presque à contre temps de l'épidémie. Or, dans l'arsenal thérapeutiques des infectiologues, il manque toujours, aujourd'hui, un anticorps spécifique du virus dont les cliniciens ont besoin au même titre que les corticoïdes pour lutter contre les inflammations et les anticoagulants contre les thromboses », indique-t-elle.

Vers un essai clinique de phase 3 en Europe

Mis au point par Xenothera, le candidat médicament XAV-19 est basé sur les anticorps polyclonaux glyco-humanisés, c'est-à-dire issus de souches animales. « Ce qui nous permet d'en produire autant que l'on souhaite contrairement aux anticorps polyclonaux issus de plasma humain dont la production est soumise au nombre de patients convalescents. De plus, nous avons montré qu'à effet thérapeutique constant, la dose nécessaire d'anticorps polyclonaux glyco-humanisés pouvait être deux cent fois inférieure à celle des polyclonaux issus du plasma humain. Celle-ci serait aussi cinq à dix fois moins coûteuse que les monoclonaux américains», affirme Odile Duvaux. « C'est aussi une technologie qui neutralise, détruit le virus et est capable de s'adapter à ses mutations contrairement aux anticorps monoclonaux qui se contentent de le neutraliser », précise-t-elle.

Si l'efficacité du XAV-19 est démontrée au cours du premier semestre 2021 dans le cadre du programme Polycor, et que Xenothera obtient une autorisation temporaire d'utilisation, les premiers traitements pourraient être administrés avant l'été prochain. A l'hôpital, sous la forme d'une perfusion pendant dix minutes, pour des patients présentant des difficultés respiratoires, dans une période de 6 à 9 jours après le démarrage de la maladie. « On l'administre avant la deuxième aggravation où vous êtes victime d'un syndrome inflammatoire généralisé qui peut entrainer le passage en réanimation et à l'intubation », explique Odile Duvaux, dont l'obtention de financement européen va lui permettre de lancer dès le mois de janvier un essai clinique de phase III directement dans six pays européens auprès de quarante centres hospitaliers avec des centaines de patients, dans le cadre du programme EuroXav, et d'accélérer. « Ce que nous ne pouvions pas faire jusque-là en raison des finances nécessaires et du timing, alors nous avons tout fait pour être prêts à démarrer. Les résultats pourraient même intervenir avant ceux de Polycor », estime-t-elle.

La complémentarité du vaccin et des traitements

Dans une compétition où il est beaucoup question de vitesse, Xenothera mise sur l'établissement d'un traitement efficace sur le long terme. «Si l'épidémie se maintient à bas bruit avec quelques milliers de patients, il faudra des traitements, et la compétition ne sera pas sur « que le meilleur gagne » mais sur l'accès. Avoir un traitement français ou européen efficace, c'est stratégiquement important pour ne pas passer sous les fourches Caudines des américains », observe Odile Duvaux, qui souligne la complémentarité des vaccins et des traitements. « Il faudrait que le gouvernement fasse preuve de plus de pédagogie et évite, par souci de simplification, de nous dire que la seule solution : c'est le vaccin. Dans une telle épidémie, la priorité c'est de soigner les gens pour les guérir puis de vacciner les populations. La vaccination impose de réfléchir au bénéfice/risque. Nous sommes dans une approche liée à l'urgence de la situation qui doit être équilibrée. Il faut expliquer aux gens les risques d'effets secondaires, et ceux liés aux comorbidités... Faire des essais sur 30.000 personnes ne suffit pas dans l'absolu. Il faut réfléchir à des populations particulières au regard des facteurs de comorbidités, et en même temps, investir pour soigner les gens malades. Vaccins et traitements sont les deux bras de la lutte contre ce virus ... Il n'y en a pas qu'un ! », explique-t-elle.

Selon Xenothera, si le XAV-19 avait été disponible et autorisé, 150 à 200.000 personnes auraient, à un stade de la maladie, pu en bénéficier en France en 2020.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2020 à 11:20 :
...Bridée pendant l’été par les autorités de santé françaises pour démarrer les essais cliniques

Tient donc et on peut savoir pourquoi?

... ah oui c'est vrai le covid ne se soigne pas soit on est malade et on decede soit on n'est pas malade et on doit rester confinés en attendant le vaccin
Encore une belle intervention de la bureaucratie de l'absurdistan

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