La startup nantaise Holiworking industrialise le télétravail à l’autre bout du monde

Holiworking a levé un million d’euros pour doper un concept de télétravail à l’autre bout du monde. Sept destinations sont proposées aux salariés et aux entreprises françaises du privé pour des périodes de six à douze mois, sécurisées par un contrat tripartite.

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Entre 2019 et 2021, vingt-cinq pays ont ouvert des visas de télétravail.
Entre 2019 et 2021, vingt-cinq pays ont ouvert des visas de télétravail. (Crédits : dr)

Si certains s'interrogent de savoir s'ils doivent ou peuvent faire une journée ou deux de télétravail, Holiworking a tranché et opté pour une solution de six mois à un an à l'autre bout du monde. Une solution qui veut satisfaire à la fois le salarié désireux d'acquérir une expérience à l'international et l'entreprise qui y trouve un nouvel outil de recrutement et de management. « Ce peut-être, pour l'un, un moyen d'assouvir un projet personnel ou de découvrir un pays et, pour l'autre, de conserver ses talents, en offrant une expérience collaborateur qui rompt avec le quotidien et d'optimiser son organisation en jonglant avec les fuseaux horaires », explique Gaël Brisson, dirigeant de la société hébergement web DRI (45 personnes) dont 100% de l'effectif est en télétravail. Co-fondateur de la startup nantaise Holiworking, passionné par l'international, il est convaincu de l'apport indéniable d'une expérience à l'étranger dans un cursus professionnel.

Composée de sept personnes, la jeune entreprise s'est entourée d'experts de l'international, comme la responsable des RH, revenue en France après onze expériences dans différents pays ou ce sportif de haut niveau, habitué aux rapports internationaux.

L'innovation RH ? un contrat tripartite sécurisé

Imaginé avant la crise sanitaire, le concept d'Holiworking, lancé en août 2020, aura à la fois souffert et tiré parti de l'effet Covid-19. Si la fermeture des frontières a retardé le lancement de l'activité, le Covid a mis sur le devant la scène la nécessité ou l'attirance pour le télétravail. « En 2020, une étude montrait que quatre millions de salariés avaient recours au télétravail. Un potentiel monté à cinq millions depuis le Covid. Si on peut déjà en capter quelques centaines... », indique Gaël Brisson. Ce dernier s'est appuyé sur le cabinet d'avocats CVS, ainsi que sur des experts en mobilité et en droit international.

Il est allé également à la rencontre des ambassades locales pour bâtir un cadre juridique permettant d'accompagner le détachement et l'expatriation de salariés et de leur offrir les garanties d'un retour dans l'entreprise à l'issue de leur projet. «C'est une vraie innovation en matière de ressource humaine, assure le co-fondateur d'Holiworking. Il a fallu établir un modèle juridique viable pour l'employeur et le collaborateur. Un vrai casse-tête quand la législation du télétravail varie d'un pays à l'autre. On a sécurisé les aspects maladie, la prévoyance, la retraite, la rédaction de contrat internationaux... qui mis bout à bout permettent de construire quelque chose de solide, sans que ça ne coute plus cher à l'employeur », explique-t-il. Et c'est ce différentiel entre les taxes nationales qui permet à Holiworking de se rémunérer en garantissant à l'employeur un salaire identique à ce qu'il paie en France.

gael brisson, fondateur Holiwrking

Gaël Brisson, dirigeant de DRI et co-fondateur d'Holiworking

Trois cents projets d'ici 2022

Pour le salarié, qui bénéficie sur place d'un espace de coworking et de l'accompagnement d'un ou deux référents (un acteur local ou le conjoint d'un expatrié) pour obtenir un visa, décrocher un logement, trouver une école, une crèche... ou découvrir le pays, le coût de ce projet représente 10% à 20% de son salaire net, versé par Holiworking. Un contrat tripartite est établi entre l'employeur, le salarié et Holiworking pour éviter toute surprise. Selon les destinations proposées (Bali, Thaïlande, Île Maurice, Cap-Vert, Mexique, Afrique du Sud et Nouvelle-Zélande) pour l'instant, Holiworking prévoit la création de filiales sur place. « Là où cela s'impose juridiquement », indique Gaël Brisson. La startup vient d'en fonder une en Afrique du Sud, une autre est en cours de création en Indonésie pour professionnaliser l'accompagnement des séjours.

A ce jour, Holiworking, qui vient d'effectuer une levée de fonds d'un million d'euros, auprès du business angel sarthois LMSI (Le Mans Sarthe Investissements), d'un de ces clients Next Décision, et d'une partie de ses collaborateurs, a ciblé 160 entreprises susceptibles de se lancer dans l'aventure. Parmi elles, une quinzaine aurait relayé la démarche auprès de leurs collaborateurs. Pour le fondateur d'Holiworking, les seuls freins résident dans l'équité entre les salariés et l'incompatibilité de certains postes. « Ce qu'on peut faire à 10 kilomètres, on peut le faire à 10.000 km ! Ce mode de travail est devenu une réalité », affirme-t-il.

Vingt-cinq pays prêts à accueillir des nomades numériques

Pour l'heure, une trentaine de projets seraient en cours de discussions avancées. « Ce sont en général des postes issus d'entreprises de services dans les secteurs de l'IT, du marketing, de la communication, de la finance ou des assurances », note le dirigeant de DRI, dont l'un de ses salariés, occupant un poste d'administrateur système, s'est récemment envolé, avec femme et enfants, en Thaïlande pour devenir « Holiworkers ». « L'intérêt, c'est qu'avec le décalage horaire, ses interventions pourront répondre à des astreintes. A l'inverse, l'Afrique du Sud et le Cap vert, qui ne souffrent pas de décalage horaire peuvent offrir d'autres avantages », note Gaël Brisson, qui table sur la signature de 150 à 300 projets d'ici 2022.

« C'est un phénomène nouveau et en même temps une vraie tendance de fond. On a vu 15.000 télétravailleurs s'installer au Canaries. En 2019, aucun pays ne proposait de visa de télétravail, ils sont aujourd'hui vingt-cinq à le faire et prêts à accueillir des nomades numériques », dit-il. La clientèle n'est pas forcément des jeunes. « On a aussi des trentenaire avec enfants et des quinquas, pas forcément qualifiés, mais dont les enfants ont quitté le nid et qui sont prêts à s'ouvrir une nouvelle parenthèse », observe le co-fondateur d'Holiworking. Il estime pouvoir générer un chiffre d'affaires de 3 millions d'euros dès la fin 2022 et pouvoir offrir vingt-trois destinations. Après avoir validé le concept en France, il entend le dupliquer dans les pays du Nord de l'Europe, qu'il juge « très ouverts sur l'international et sensibles au télétravail.»

Velvet consulting s'attache à concilier vie personnelle et professionnelle

Spécialiste de la gestion de la relation client, le cabinet parisien Velvet consulting est l'une des toutes premières entreprises à expérimenter la solution d'Holiworking. « C'est un concept qui s'intègre parfaitement à notre approche RH qui vise à donner la part belle à l'expérience collaborateur tout en les responsabilisant », explique Nathalie Servier, Directrice Relations Humaines de Velvet Consulting, qui a présenté le concept aux deux cents salariés (consultants, data scientists, créatifs, tech, manager...) au début de l'été.

D'abord dubitatif, le Codir a finalement été rassuré par les conditions de mise en œuvre de la démarche. Dans cette entreprise où le télétravail est devenu possible de 0 à 5 jours, la possibilité d'une expatriation temporaire est devenue une réalité pour un manager et un consultant confirmé au sein de la Business Unit « conseil et créa » qui ont reçu un « go » de principe pour lancer leur projet. Tous deux ont dû le défendre en comité de carrière en septembre. L'un partira à Bali, l'autre, le manager, à qui Velvet Consulting impose un décalage horaire de 3 heures maximum pour rester en phase avec la clientèle, devrait aller sur l'île Maurice. « Les époques changent et j'avais envie de voir autre chose, en famille, tout en conservant mon poste », affirme Franck Labonne, 37 ans, qui déjà avait opté pour le télétravail à 100% pour retrouver sa femme et ses deux enfants de 3 et 6 ans dans le sud de la France.

Cette fois, toute la famille bougera ensemble. « A six ans, c'est l'apprentissage de la lecture. Etape décisive. La difficulté, c'est de trouver une école publique sur place pour l'ainé et un retour dans son école. Là-bas, les établissements privés sont très chers et le recours aux cours à distance du CNED trop envahissants... », explique-t-il, en peaufinant son projet.

C'est là un des intérêts d'Holiworking qui s'appuie sur un référent local. « Et ce n'est pas la moindre des choses », reconnait Nathalie Servier, qui a dû faire face à des mobilités intempestives au moment du premier confinement. « Trop risqué pour l'entreprise en cas de problèmes », observe-t-elle, convaincue par le modèle et la sécurité administrative garantie par Holiworking. « Nous fonctionnons sur le principe de la confiance et de la responsabilité envers nos collaborateurs. La démarche d'Holiworking est extrêmement bien pensée. Elle ne nous rajoute pas de charge et est très sécurisante pour nous. Sans qui gérer des expatriations est très lourd ». Sécurisé aussi pour Franck Labonne qui conserve 95% de son salaire et la garantie de trouver son poste à retour. Un moyen de concilier vie professionnelle et vie personnelle.

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