Nantes : revitaliser la zone aéroportuaire ? L’IRT Jules Verne veut en faire un fleuron du "manufacturing"

Dix ans après sa création et une centaine de programmes de recherche, l’Institut de recherche technologique Jules Verne lance la construction de son futur siège social et d’un vaste hall de recherche de 7000 m². L’investissement veut accompagner la croissance de la R&D ligérienne portée par les diversifications appelées par les transitions écologique, énergétique et numérique, et la montée en puissance de la recherche académique.

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Conçu pour répondre aux enjeux de l'usine du futur, le siège social de l'IRT Jules Verne doit intervenir avant l'été 2022. Voulu par Nantes Métropole, l'aménagement de la zone, confié à Loire Océan Développement, jette les bases d'un nouveau quartier de ville, urbain et paysager, à proximité de l'aéroport Nantes Atlantique.
Conçu pour répondre aux enjeux de l'usine du futur, le siège social de l'IRT Jules Verne doit intervenir avant l'été 2022. Voulu par Nantes Métropole, l'aménagement de la zone, confié à Loire Océan Développement, jette les bases d'un nouveau quartier de ville, urbain et paysager, à proximité de l'aéroport Nantes Atlantique. (Crédits : DR)

L'investissement se veut la première brique du « Pôle Industriel d'Innovation Jules Verne », à Bouguenais, en périphérie nantaise, à la lisière de l'Aéroport de Nantes Atlantique et des locaux d'Airbus. Une zone où Nantes Métropole et la région des Pays de la Loire ambitionnent de faire émerger le futur campus de recherche, de formation et d'innovation spécialisé dans le « manufacturing », dédié aux nouveaux procédés de fabrication.

Une vitrine à vocation nationale et internationale, peu gourmande en m², et capable de revitaliser la zone aéroportuaire. Longtemps en queue de peloton dans le classement des régions françaises, la R&D nantaise - et plus largement ligérienne - tendent à rattraper leur retard. L'une et l'autre ont respectivement amené un million d'euros pour soutenir un investissement de 12,7 millions réalisé par l'Institut de recherche technologique (IRT) Jules Verne, aidé par le Feder (Fonds européen de développement régional) à hauteur de 1,5 million d'euros.

Focus sur l'éolien

« Nous allons augmenter nos surfaces de 50% et faire croître nos effectifs de 30% d'ici 2025 », indique Stéphane Cassereau, directeur général de l'IRT Jules Verne (130 personnes). Depuis sa création il y a une dizaine d'année, l'institut était partagé entre les locaux des Technocampus « Composites » et « Océan », « aujourd'hui pleins à 100% », ainsi qu'aux côtés du pôle de compétitivité EMC2. En une quinzaine d'années, la structure a engrangé quelques 450 partenariats de recherche, autour des technologies de fabrication.

A l'étroit, l'IRT va donc prendre le large... à 500 mètres de là, et monter à bord du Nautilus. Un bâtiment de 7000 m², futur siège social de l'IRT qui abritera une halle de recherche de 4000 m², flexible, permettant de manipuler des démonstrateurs de grande dimension. Visuellement inspiré par l'esprit d'anciennes manufactures, le bâtiment s'articulera autour de trois nefs juxtaposées autour d'un mail piétonnier où se greffera progressivement un pôle de services.

« Nos perspectives de développement sur la période 2020-2025 nous amènent à travailler sur des pièces de grande taille, sur l'éolien notamment», justifie Stéphane Cassereau. Pour le responsable, l'accélération des besoins en recherche et développement s'explique « par une conséquence de la croissance économique, un désir de rapprocher les centres de R&D des usines , le renforcement de la recherche académique, les transitions digitales et écologiques et surtout la poussée des normes réglementaires. Les barrières tombent entre ingénierie et manufacturing, ce qui permet d'accélérer les cycles de développement des produits et des procédés  », constate-t-il

R&D : concurrence de la Nouvelle Aquitaine et l'Occitanie

Longtemps à la traîne en matière de R&D, le territoire ligérien s'est, depuis une dizaine d'années, étoffé pour rivaliser aujourd'hui avec la Nouvelle Aquitaine et l'Occitanie. « Ce sont deux régions avec lesquelles nous sommes souvent en compétition », reconnaît Franck Louvrier, vice-président de la région des Pays de la Loire, en charge, notamment, du développement économique, de l'enseignement supérieur et de la recherche et de l'international.

Ce fût le cas en juin dernier, lorsqu'après plusieurs mois de négociations, Airbus a décidé de confier au site nantais du groupe la création d'un de ses deux centres de développement zéros émissions destinés à mettre au point à un coût compétitif les futurs réservoirs à hydrogène de l'avion du futur.

« Le retard se comble, admet Stéphane Cassereau. Ce qu'on paie, c'est d'avoir un territoire d'industriel sans sièges sociaux». Des sièges sociaux qui, habituellement, associaient les centres de R&D. Or, ces derniers tendent aujourd'hui à se rapprocher des usines ou des Technocampus (Composite, Océan, Alimentation, Electronique, Réalité virtuelle...), imaginées par la région il y une dizaine d'années pour doper la recherche sur son territoire. Ces huit plateformes mutualisées de recherche et d'innovation technologique regroupant des grandes entreprises, des PME, des centres de recherche, des acteurs académiques, des pôles de compétitivité, des centres techniques... auraient en une dizaine d'années produit une centaine de brevets.

L'aéronautique dans le viseur

Sur la zone d'activités de Bouguenais, le mouvement est en route. L'équipementier de l'aéronautique Daher vient d'annoncer qu'il allait implanter l'un de ses trois centres d'innovation à Nantes, au cœur du pôle industriel d'innovation Jules Verne. Ce Techcenter Aérostructures devrait être opérationnel fin 2022. « Il a pour objectif d'accélérer l'innovation, la montée en maturité technologique des éléments de structure aéronautiques en matériaux composites et la formation du personnel », dit-on chez Daher.

D'autres PME comme Loiretech, spécialiste des moules en composites pour Airbus ou Bombardier ou Mecachrome, positionné sur l'ajustage ont indiqué leur intention de développer leur R&D sur cette zone. A l'horizon 2023, le CEATech investira, un bâtiment de 3000 m² en cours de construction, financé en propre, avec le soutien de la région et de la Caisse de dépôts et consignation.

La conjonction publique-privé

« Ce qui fait bouger les choses ce sont les transitions, qu'elles soient numériques, écologique et énergétique. Elles ont été fortement accompagnées par les plans de relance mais l'évolution des normes réglementaires liées au Green Deal dont les exigences prévues pour 2050 ont été avancées à 2035 constituent une véritable épée de Damoclès. Elles nous conduisent à accélérer sur le moteur électrique, l'avion décarboné, le transport maritime... » indique le directeur général de l'IRT Jules Vernes engagé dans le développement de l'éolien, l'aéronautique, le maritime mais aussi à se diversifier vers l'énergie, l'hydrogène où la région affiche de fortes ambitions, et la santé.

En intervenant, par exemple, dans le secteur médical (GE Health Care) pour alléger ou automatiser une nouvelle génération d'appareils d'imagerie ou en contribuant, avec EDF, au démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis en envoyant des robots là où l'homme ne peut accéder. C'est d'ailleurs autour de la robotisation et de la cobotisation que la région réfléchit à la création d'un neuvième Technocampus dont la localisation, voulue pour veiller à respecter l'équilibre du territoire ligérien, n'est pas encore tranchée.

Toujours est-il qu'« il y a un mouvement de fond de la R&D dû à la conjonction d'une dynamique privé publique», observe Stéphane Cassereau pour qui la mise en œuvre du projet NExT (Nantes Excellence Trajectory), porté l'Université de Nantes, labellisée I-Site, l'Ecole Centrale de Nantes, le CHU de Nantes et l'Inserm « est de nature à changer la donne. Ça peut être un moyen d'accueillir des chercheurs de très haut niveau. C'est ce qui manquait à la région », dit-il.

Une coopération que le gouvernement a encouragé en 2020 en apportant un soutien financier à hauteur de 35 millions d'euros jusqu'en 2023 à l'IRT Jules Verne, « pouvant être porté à 48 millions d'euros d'ici 2025 », rappelle Guillaume Boudy, secrétaire général à l'investissement. De quoi inciter au rapprochement du privé et du public.

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