L'agilité de la tribu Lucca aux petits soins des RH

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Venue sur le marché de l'e-RH au début des années 2000 avec un outil de gestion de congés payés, Lucca a depuis déployé une suite logicielle composée de briques, pour effectuer une demande de congés ou encore pour dématérialiser les feuilles de paie.
Venue sur le marché de l'e-RH au début des années 2000 avec un outil de gestion de congés payés, Lucca a depuis déployé une suite logicielle composée de briques, pour effectuer une demande de congés ou encore pour dématérialiser les feuilles de paie. (Crédits : F.T.)
Chez Lucca, chacun peut fixer le montant de son salaire. En misant sur des modes de management et de recrutement innovants, l’éditeur de solutions RH nantais a vu croître son chiffre d’affaires de plus de 30% par an au cours des deux dernières années. Grâce à une politique de R&D soutenue, la startup a dépoussiéré la redoutable gestion des feuilles de paie, des notes de frais et des effectifs dans les entreprises françaises. Et veut maintenant mettre le cap sur l’international.

« Chez Lucca, tout le monde connait le salaire de chacun. Et chacun a en tête les ambitions, le budget et les résultats des équipes et de l'entreprise. La règle, c'est une transparence à tous les niveaux. Au-delà de trois ans d'ancienneté, chaque collaborateur fixe lui-même son niveau de salaire... Ça donne lieu à des discussions parfois épiques, mais une fois le sujet réglé on n'en parle plus dans l'année », explique d'emblée Guillaume Allain, directeur l'antenne nantaise Lucca, éditrice d'une solution RH pour la gestion de la paye, des notes de frais, des effectifs...

Mais n'entre pas qui veut dans cette tribu de trentenaires. Il faut montrer patte blanche. Une façon plutôt inhabituelle pour le monde du travail en général, plus coutumière pour cette génération bercée par le télé-crochet "The Voice". Une fois la sélection classique du CV et l'entretien avec la DRH passés, le candidat a dix jours pour préparer un topo d'une vingtaine de minutes, sur le sujet de son choix. Un développeur est ainsi venu avec sa guitare électrique et son ampli, un autre avec un surf ou un discours sur la théorie des marques à succès. C'est selon.

Ce "grand oral" est présenté devant une douzaine de personnes représentatives des différents services de l'entreprise (R&D, marketing, direction, formation, commerciaux...), et ponctué par une dizaine de minutes de questions. Arène pour les uns, l'exercice devient une scène pour d'autres. Au-delà de la prise en charge et de la manière d'exécuter un projet, il s'agit surtout d'appréhender les façons de s'exprimer, de mesurer l'interaction avec les équipes, quelles qu'elles soient.

De 35 à 90 personnes en deux ans

« En fait, la question est simple, c'est : est-ce que je me vois travailler avec cette personne ? Car une fois dans l'entreprise, notre mode de fonctionnement implique de connaître l'impact de telle ou telle décision technique, commerciale ou financière. C'est sans doute plus aisé pour un poste de communication, plus complexe pour un développeur. À l'inverse, la hiérarchie est plate. On laisse beaucoup d'autonomie et le droit à l'erreur fait partie du jeu. C'est le prix de l'innovation. Le leitmotiv, c'est de leur dire, Lucca deviendra ce que vous en ferez », reconnaît Guillaume Allain,

Diplômé de l'École des arts et métiers, recruté en 2007 comme développeur, lui-même est passé par cette étape décisive.

«Nous étions quatre à l'époque, mais le "grand oral" est toujours un moment intense pour le candidat. C'est là, devant ses futurs collègues potentiels, que le candidat annonce ses prétentions salariales et qu'il les justifie », dit-il.

Quatre ans plus tard, il se voit confier l'ouverture du site nantais de la startup parisienne, fondée en 2002 par Gilles Satgé, le Pdg. Guillaume Allain choisit d'atterrir dans les locaux de la cantine numérique. Pour s'imprégner de l'écosystème local. Récemment installée dans des locaux de 500 m² au cœur du quartier de la création sur l'île de Nantes, l'entreprise emploie aujourd'hui 90 personnes. « Depuis deux ans, nous avons doublé notre effectif chaque année », dit-il. De +30% en 2016, le chiffre d'affaires a encore augmenté de +35% en 2017 pour atteindre 5,7 millions d'euros. À elle seule, la R&D représente 40% des emplois.

« C'est l'un des moteurs de l'entreprise où une équipe travaille sur un projet de A à Z avec des objectifs trimestriels. À son arrivée dans l'entreprise, chaque collaborateur passe une demi-journée dans chaque service pour s'imprégner de la culture maison et de la conséquence de ses actions », souligne le jeune dirigeant.

Des briques à l'usage simplifié

Venue sur le marché de l'e-RH au début des années 2000 avec un outil de gestion de congés payés, Lucca a depuis déployé une suite logicielle composée de briques, "Figgo", pour effectuer une demande de congés ou d'absence en ligne ou sur son smartphone ; "Cleemy" pour gérer les notes de frais et des justificatifs en ligne ; "Poplee" pour la gestion administrative du personnel, la rémunération, l'entrée de nouveaux salariés ; "Pagga" pour la dématérialisation et la distribution des feuilles de paie ; "Timmi" pour le contrôle des horaires ou le suivi de rentabilité d'un projet, avec le chiffre d'affaires généré, etc.

Chacune d'elles peut être utilisée indépendamment l'une de l'autre et se greffe sur tous les progiciels de gestion intégré d'ERP (Enterprise Ressources Planning) comme ceux du leader SAP. Céline Bitauld, la responsable de la communication, précise :

« Surtout, elles sont adaptées à l'usage des personnels, qui font leur demande à partir de leur smartphone. Notre spécificité est d'offrir un produit à l'usage le plus simple possible, loin des outils multifonctions, de manière à ce que les salariés ne perdent pas de temps en tâches administratives et se concentrent sur leur métier. Les applis permettent de poser ses absences ou ses congés de chez soi, en famille, avant d'être transmise pour validation. Ce n'est pas un détail quand on sait que 40% de ces décisions sont prises le soir et le week-end. »

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Groupe Lucca

[Guillaume Allain, directeur de Lucca Nantes, et Céline Bitauld, la responsable de la communication. Crédit photo : F.T.]

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De la PME à l'ETI

Conçu au départ pour alléger les tâches et faciliter les démarches des startups peu enclines à passer du temps sur la gestion administrative, la solution a très vite trouvé du répondant auprès des PME et ETI de 50 à 500 personnes, dans tous les secteurs (numérique, banque, communication, pharmacie, media, immobilier, BTP...).

« Très tôt, nous avons fait le choix de développer une solution en SAAS et en API, qui nous permettait d'effectuer des mises à jour régulières, d'apporter des innovations en continu et d'être connecté aux systèmes pour assurer des évolutions techniques ou législatives. Mais il a, parfois, fallu convaincre les entreprises d'abandonner les fichiers Excel et l'idée de l'acquisition de logiciels sur leur propre serveur », se souvient le patron de Lucca.

La solution est déployée chez 1.600 clients (Price Minister, Spie, Deezer, Gaumont-Pathé, iAdvize, Groupe Accor, le Crédit Agricole, le ministère de l'Éducation nationale...), dans cinquante pays.

Le modèle économique repose sur un abonnement sans obligation de durée. Il en coûte de 60 centimes à 2 euros par salarié, par mois et par brique. Ce réseau compte aujourd'hui près de 250.000 membres générant quelques 400.000 euros par mois.

« Pour les fidéliser, nous misons sur la qualité et la réactivité de nos process. Pas question que ça plante au moment d'envoyer les fiches de paie à la fin du mois. Chaque avis ou retour reçu par le "Customers services" est scrupuleusement décrypté. D'autant plus s'il est négatif. La hotline est assurée, en moins de 25 minutes, par les consultants experts chargés des installations et de la formation. »

Entrée de l'IA

Surveillé quotidiennement, le compteur affichait ce jour-là un taux de satisfaction de 99%. Le travail itératif est omniprésent. « En poussant la R&D pour améliorer et simplifier les produits au quotidien », indique Guillaume Allain. C'est le cas actuellement avec un projet de "machine learning" qui, dans un premier temps, intégrera les justificatifs de restaurant dans les notes de frais. Les factures pourront être directement prises en photo avec un smartphone et les données transmises directement au système, à qui de droit. Le taux de reconnaissance des caractères et de fiabilité atteindrait aujourd'hui 90%.

« De plus en plus, on essaie d'introduire de l'intelligence artificielle dans les algorithmes quand cela nous semble pertinent. Nous avons, par exemple, abandonné les essais de 'Chatbot' pour remplir les feuilles de congés. »

Lucca prépare ainsi la création de nouveaux produits sur le parcours des nouveaux entrants et la gestion des talents. « Pour notamment faciliter l'entretien annuel. C'est toujours un moment délicat dans l'entreprise. On se souvient des trois derniers mois, mais on oublie souvent les deux tiers de l'année », observe Guillaume Allain.

L'Europe ou les USA

Après avoir mis de l'huile dans les rouages administratifs des entreprises françaises et mûri, l'entreprise entend prendre pied chez les grands groupes pour mieux rentabiliser sa solution et s'aventurer sur les marchés internationaux.

« Pour l'heure, nous avons traduit notre solution RH en sept langues pour répondre à la demande d'entreprises françaises présentes à l'étranger. Cela nous a permis de prendre la température et de cerner les différences avec le système français », note Guillaume Allain.

Une équipe de six personnes est dédiée à ce projet. Il doit déterminer s'il vaut mieux créer une filiale, trouver un partenaire, faire appel à un consultant étranger ou racheter une entreprise existante, comme Lucca vient de le faire, dans l'Hexagone avec l'acquisition de "Néreo Congés". Tout est ouvert. L'option devrait être choisie courant 2018 pour un investissement programmé pour 2019 en Europe ou aux États-Unis. « Pas question pour autant d'avoir recours aux levées de fond », précise-t-il.

« C'est la philosophie de Lucca. Notre développement est autofinancé par nos abonnements. Tout le cash est réinvesti en recrutement. D'où l'importance de la cohésion pour innover et l'accent mis sur la R&D pour accroître la qualité et éviter les désabonnements ».

Pour l'instant, la recette lui réussit. Au point de recruter dix nouveaux commerciaux et consultants pour accompagner la demande.

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Commentaires
a écrit le 08/04/2018 à 17:56 :
Quand on pense que tout ces jeunes sont la pour liquider les salariés de 50 ans.
a écrit le 07/04/2018 à 9:36 :
chacun peut fixer son salaire? en general les gens competents et aux faits des realites de l'entreprise se sous estiment, et ceux qui n'en foutent pas une, au contraire, explosent les compteurs car ils ne savent pas ce que ca coute en temps et en argent d'avoir des competences ( qu'on va minimiser quand on les a) et deux, ils n'ont aucune idee ni de ce que c'est un salaire brut, ni un ' cout total du salarie'............ ca me rappelle les cercles autogeres des annees 70 et 80, ca part d'une bonne intention, mais ca va tres vite au tas ( y a tout un pan economique qui est consacre a ces phenomenes)
Réponse de le 08/04/2018 à 15:06 :
Si je lis entre les lignes les personnes sont libre de demander le salaire qu'ils veulent, et doivent ensuite expliquer aux autres pourquoi ce salaire est juste. C'est ensuite le groupe qui décide, en toute transparence, du salaire final. Pas trop mal comme concept...

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