L'agilité de la tribu Lucca aux petits soins des RH
Frédéric Thual, à Nantes

Groupe Lucca
F.T.
Frédéric Thual, à Nantes

Groupe Lucca
F.T.
« Chez Lucca, tout le monde connait le salaire de chacun. Et chacun a en tête les ambitions, le budget et les résultats des équipes et de l'entreprise. La règle, c'est une transparence à tous les niveaux. Au-delà de trois ans d'ancienneté, chaque collaborateur fixe lui-même son niveau de salaire... Ça donne lieu à des discussions parfois épiques, mais une fois le sujet réglé on n'en parle plus dans l'année », explique d'emblée Guillaume Allain, directeur l'antenne nantaise Lucca, éditrice d'une solution RH pour la gestion de la paye, des notes de frais, des effectifs...
Mais n'entre pas qui veut dans cette tribu de trentenaires. Il faut montrer patte blanche. Une façon plutôt inhabituelle pour le monde du travail en général, plus coutumière pour cette génération bercée par le télé-crochet "The Voice". Une fois la sélection classique du CV et l'entretien avec la DRH passés, le candidat a dix jours pour préparer un topo d'une vingtaine de minutes, sur le sujet de son choix. Un développeur est ainsi venu avec sa guitare électrique et son ampli, un autre avec un surf ou un discours sur la théorie des marques à succès. C'est selon.
Ce "grand oral" est présenté devant une douzaine de personnes représentatives des différents services de l'entreprise (R&D, marketing, direction, formation, commerciaux...), et ponctué par une dizaine de minutes de questions. Arène pour les uns, l'exercice devient une scène pour d'autres. Au-delà de la prise en charge et de la manière d'exécuter un projet, il s'agit surtout d'appréhender les façons de s'exprimer, de mesurer l'interaction avec les équipes, quelles qu'elles soient.
Diplômé de l'École des arts et métiers, recruté en 2007 comme développeur, lui-même est passé par cette étape décisive.
Quatre ans plus tard, il se voit confier l'ouverture du site nantais de la startup parisienne, fondée en 2002 par Gilles Satgé, le Pdg. Guillaume Allain choisit d'atterrir dans les locaux de la cantine numérique. Pour s'imprégner de l'écosystème local. Récemment installée dans des locaux de 500 m² au cœur du quartier de la création sur l'île de Nantes, l'entreprise emploie aujourd'hui 90 personnes. « Depuis deux ans, nous avons doublé notre effectif chaque année », dit-il. De +30% en 2016, le chiffre d'affaires a encore augmenté de +35% en 2017 pour atteindre 5,7 millions d'euros. À elle seule, la R&D représente 40% des emplois.
Venue sur le marché de l'e-RH au début des années 2000 avec un outil de gestion de congés payés, Lucca a depuis déployé une suite logicielle composée de briques, "Figgo", pour effectuer une demande de congés ou d'absence en ligne ou sur son smartphone ; "Cleemy" pour gérer les notes de frais et des justificatifs en ligne ; "Poplee" pour la gestion administrative du personnel, la rémunération, l'entrée de nouveaux salariés ; "Pagga" pour la dématérialisation et la distribution des feuilles de paie ; "Timmi" pour le contrôle des horaires ou le suivi de rentabilité d'un projet, avec le chiffre d'affaires généré, etc.
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Chacune d'elles peut être utilisée indépendamment l'une de l'autre et se greffe sur tous les progiciels de gestion intégré d'ERP (Enterprise Ressources Planning) comme ceux du leader SAP. Céline Bitauld, la responsable de la communication, précise :
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[Guillaume Allain, directeur de Lucca Nantes, et Céline Bitauld, la responsable de la communication. Crédit photo : F.T.]
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Conçu au départ pour alléger les tâches et faciliter les démarches des startups peu enclines à passer du temps sur la gestion administrative, la solution a très vite trouvé du répondant auprès des PME et ETI de 50 à 500 personnes, dans tous les secteurs (numérique, banque, communication, pharmacie, media, immobilier, BTP...).
La solution est déployée chez 1.600 clients (Price Minister, Spie, Deezer, Gaumont-Pathé, iAdvize, Groupe Accor, le Crédit Agricole, le ministère de l'Éducation nationale...), dans cinquante pays.
Le modèle économique repose sur un abonnement sans obligation de durée. Il en coûte de 60 centimes à 2 euros par salarié, par mois et par brique. Ce réseau compte aujourd'hui près de 250.000 membres générant quelques 400.000 euros par mois.
Surveillé quotidiennement, le compteur affichait ce jour-là un taux de satisfaction de 99%. Le travail itératif est omniprésent. « En poussant la R&D pour améliorer et simplifier les produits au quotidien », indique Guillaume Allain. C'est le cas actuellement avec un projet de "machine learning" qui, dans un premier temps, intégrera les justificatifs de restaurant dans les notes de frais. Les factures pourront être directement prises en photo avec un smartphone et les données transmises directement au système, à qui de droit. Le taux de reconnaissance des caractères et de fiabilité atteindrait aujourd'hui 90%.
Lucca prépare ainsi la création de nouveaux produits sur le parcours des nouveaux entrants et la gestion des talents. « Pour notamment faciliter l'entretien annuel. C'est toujours un moment délicat dans l'entreprise. On se souvient des trois derniers mois, mais on oublie souvent les deux tiers de l'année », observe Guillaume Allain.
Après avoir mis de l'huile dans les rouages administratifs des entreprises françaises et mûri, l'entreprise entend prendre pied chez les grands groupes pour mieux rentabiliser sa solution et s'aventurer sur les marchés internationaux.
Une équipe de six personnes est dédiée à ce projet. Il doit déterminer s'il vaut mieux créer une filiale, trouver un partenaire, faire appel à un consultant étranger ou racheter une entreprise existante, comme Lucca vient de le faire, dans l'Hexagone avec l'acquisition de "Néreo Congés". Tout est ouvert. L'option devrait être choisie courant 2018 pour un investissement programmé pour 2019 en Europe ou aux États-Unis. « Pas question pour autant d'avoir recours aux levées de fond », précise-t-il.
Pour l'instant, la recette lui réussit. Au point de recruter dix nouveaux commerciaux et consultants pour accompagner la demande.
Frédéric Thual, à Nantes