Hyperconnectivité : le risque de la barbarie

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Les capacités de connexion multiples offertes à des humains incapables de nouer des liens directs avec leurs semblables, au point qu'ils ont peur de la rencontre, portent en elles le risque de devenir des outils d'évitement, ce qui est dangereux pour la vie sociale.
Les capacités de connexion multiples offertes à des humains incapables de nouer des liens directs avec leurs semblables, au point qu'ils ont peur de la rencontre, portent en elles le risque de devenir des outils d'évitement, ce qui est dangereux pour la vie sociale. (Crédits : Décideurs en région)
A l'occasion du Forum Smart City du Grand Paris, organisé par La Tribune les 26, 27 et 28 novembre prochains à l'hôtel de ville de Paris, experts, politiques et industriels ont pris la parole dans un numéro spécial consacré à la ville intelligente. Pour Catherine Dolto, médecin, pédiatre et écrivain, l'hyperconnectivité des villes représente un danger si elle se fait à une vitesse qui déborde les capacités de traitement du cerveau humain.

L' être humain est-il capable de vivre dans les mégalopoles hyperconnectées sans y perdre son âme ou plutôt ce qui fait de lui un humain ? Malheur à celui dont les moyens d'action dépassent les capacités de réflexion. La réflexion, le discernement demandent du temps, les relations humaines aussi, le nonrespect de cette temporalité individuelle et collective peut être considéré comme une maltraitance. La multiplicité des offres constitue un risque de dispersion, surtout si elles se font à une vitesse qui déborde les capacités de traitement du cerveau humain qui se débat pour articuler cognition, raisonnement et affectivité. Les capacités de connexion multiples offertes à des humains incapables de nouer des liens directs avec leurs semblables, au point qu'ils ont peur de la rencontre, portent en elles le risque de devenir des outils d'évitement, ce qui est dangereux pour la vie sociale.



Une connectivité à double tranchant

Sapiens sapiens est un mammifère très spécial, son gros cerveau et son langage lui donnent accès à l'imaginaire et au symbolique et font de lui un être en perpétuelle quête de sens, capable d'organiser toute sa vie autour d'une fiction. C'est aussi un mammifère affectif, très dépendant des adultes pendant les premières années de sa vie et par conséquent très malléable. Entre pulsions, désir et besoins, l'éducation joue un rôle essentiel dans le processus d'humanisation. L'épigénétique nous a révélé l'interaction intense entre le génome et le milieu extérieur et ce dès la vie foetale. Le câblage et la structuration du cerveau, qui seront le soubassement indispensable de la capacité de penser, d'aimer et de nouer des liens harmonieux avec ses semblables, se jouent donc très précocement. Si ce travail de transmission des valeurs n'est pas fait, et bien fait, le mammifère humain ne peut pas assumer ses valeurs d'humanité et les rechoisir à chaque fois que la vie le convoque devant un choix existentiel. Les moyens de communication d'informations sont un leurre pour qui ne sait pas quoi penser ni dire.

Si la connectivité s'appuie sur une éducation solide et se met au service des échanges entre humains capables de réfléchir et de discerner, confiants en eux-mêmes et en les autres, elle peut être l'occasion d'un formidable saut en avant pour l'intelligence en élevant le niveau de nos capacités d'aimer, de penser, de créer collectivement. Mais si la connectivité devient un but en soi, privilégiant le canal au détriment du sens, elle porte en elle le risque de la barbarie.

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