Réintroduire la nature en ville, le nouveau défi des urbanistes

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Les prochaines tours semencières dans Paris, les appels à projet de la mairie de Paris pour végétaliser d'ici à 2020 une centaine d'hectares de toits, dont un tiers pour l'agriculture urbaine, et réintroduire des espèces animales, sont des signaux forts de la mobilisation des élus et des concepteurs sur ces enjeux.
Les prochaines tours semencières dans Paris, les appels à projet de la mairie de Paris pour végétaliser d'ici à 2020 une centaine d'hectares de toits, dont un tiers pour l'agriculture urbaine, et réintroduire des espèces animales, sont des signaux forts de la mobilisation des élus et des concepteurs sur ces enjeux. (Crédits : Reuters)
A l'occasion du Forum Smart City du Grand Paris, organisé par La Tribune les 26, 27 et 28 novembre prochains à l'hôtel de ville de Paris, experts, politiques et entrepreneurs ont pris la parole dans un numéro spécial consacré à la ville intelligente. Pour Michel Surdakis, secrétaire général de l'Association internationale du développement urbain, la prise en compte de la biodiversité par l'architecte et l'urbaniste répond aux grands enjeux climatiques.

La relation entre nature, biodiversité et urbanisme n'est pas nouvelle ; les cités-jardins du début du xxe siècle puis le mouvement des villes nouvelles ont fait de l'équilibre entre bâti et nature une composante de l'urbanisme moderne.On assiste aujourd'hui à une réactualisation de concepts validés sous des formes plus contraignantes. À la suite du Grenelle de l'environnement, la France et l'Europe ont pris l'engagement de « stopper la perte de biodiversité ». Tous les secteurs de la société sont invités à y contribuer.

L'intérêt pour la biodiversité est croissant chez les maîtres d'ouvrage, mais la demande n'est pas encore assez formalisée. Le Building Research Establishment (BRE) anglais et l'association HQE ont ouvert la voie ; l'apparition d'un objectif biodiversité dans la grille des référentiels HQE Performance témoigne de cette tendance de fond. La loi pour l'Accès au logement et un urbanisme rénové (Alur) consacre la prise en compte de la biodiversité dans les documents d'urbanisme.

Réintroduire la nature en ville

Le Plan local d'urbanisme (PLU) de Paris s'appuie non pas sur un nombre minimal de mètres carrés verts par habitant, mais sur un indicateur qualitatif de « coefficient de biotope ». Si le constructeur ne peut répondre à ses obligations de restauration de zones végétalisées, il doit construire des murs et/ ou des terrasses ou toitures végétalisés.

Les difficultés de réintroduire la nature en ville ne sont pas financières, et la nature a encore de puissantes capacités de cicatrisation. Les difficultés proviennent des habitudes, du manque de compétences en génie écologique, de l'absence de critères d'écoéligibilité, du fait que les réservoirs de biodiversité sont de plus en plus rares, petits, éloignés les uns des autres.

La biodiversité étant à l'origine des principaux puits de carbone, sa prise en compte par l'urbaniste et l'architecte répond aux grands enjeux climatiques. Il s'agit de concevoir de nouveaux moyens de réconcilier la ville avec la nature, de nouveaux écosystèmes pour diminuer la consommation énergétique, et encourager des pratiques sociales durables. Le répertoire des réponses au besoin de diversité biologique est large.

Paris veut végétaliser 100 hectares de toits

Avec plus de 740 hectares d'espaces verts et une diversité biologique remarquable, Montpellier a choisi la gestion différenciée des espaces verts pour lesquels les produits phytosanitaires et les désherbants sont exclus, au profit du compost naturel. Le quartier du Trapèze à Boulogne-Billancourt déploie une trame d'espaces publics de qualité avec un parc de sept hectares, parallèle à la Seine, deux grands cours plantés et un réseau de traverses paysagères.

De la même manière que l'on réalise maintenant des maisons à énergie positive, le secteur de la construction conçoit un bâti dont l'enveloppe peut offrir autant de place pour la biodiversité naturelle qu'en l'absence de construction. Les prochaines tours semencières dans Paris, les appels à projet de la mairie de Paris pour végétaliser d'ici à 2020 une centaine d'hectares de toits, dont un tiers pour l'agriculture urbaine, et réintroduire des espèces animales, sont des signaux forts de la mobilisation des élus et des concepteurs sur ces enjeux.

À ces mesures, on peut ajouter une politique de biodiversité plus active à travers la phytoremédiation. Le groupe de construction Eiffage, avec son démonstrateur de développement durable « Astanable », montre bien l'apport de ces techniques naturelles dans l'assainissement des eaux et des zones humides. La France possède un avantage technologique certain dans ce domaine.

À cette relation réactualisée et renforcée entre nature et urbanisme où l'innovation est importante, il ne faut pas ignorer la place du paysage dans le projet urbain, soit sous forme de bois, parcs et jardins, soit dans l'agencement du bâti avec des ouvertures physiques sur la nature : on pense aux fenêtres urbaines qui rompent la frontalité des grands ensembles d'habitation, ou les perspectives et vues sur les montagnes qu'offrent les rues de Grenoble ou les trouées de Chicago sur le lac Michigan. Autant d'enjeux qui constituent la trame de la smart city de demain.

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Commentaires
a écrit le 29/11/2015 à 9:16 :
Attention, faux-nez pour continuer à dévorer les campagnes, ou plutôt les meilleures terres agricoles, comment appelle-t-on cela ?

P.-S. Les cités-jardins n'étaient pas des habitations avec de grands jardins d'agrément, mais des maisons avec de petits potagers nourriciers…

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