Ville intelligente, ville politique

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La ville intelligente ne relève pas non plus d'un scénario unique. Paris n'est pas Singapour et Medellin n'est pas Songdo. Dans les pays développés de longue date, l'amélioration des infrastructures urbaines existantes au moyen d'outils numériques constitue un volet important de la recherche d'une plus grande intelligence de la ville.
La ville intelligente ne relève pas non plus d'un scénario unique. Paris n'est pas Singapour et Medellin n'est pas Songdo. Dans les pays développés de longue date, l'amélioration des infrastructures urbaines existantes au moyen d'outils numériques constitue un volet important de la recherche d'une plus grande intelligence de la ville. (Crédits : Décideurs en région)
A l'occasion du Forum Smart City du Grand Paris, organisé par La Tribune les 26, 27 et 28 novembre prochains à l'hôtel de ville de Paris, experts, politiques et entrepreneurs ont pris la parole dans un numéro spécial consacré à la ville intelligente. Une intelligence qui n'est pas qu'une affaire de puces technologiques. Elle nécessite l'adoption de nouveaux comportements individuels et collectifs, l'émergence de nouvelles valeurs partagées. Par Antoine Picon, professeur d'architecture et d'histoire à l'université de Harvard.

La ville intelligente n'est pas qu'un propos technologique. Il ne suffit pas d'équiper les infrastructures urbaines en puces et en capteurs et de promouvoir les applications sur smartphones pour rendre la ville plus conviviale et surtout plus durable. Les comportements individuels et collectifs ont un rôle essentiel à jouer si l'on veut que notre civilisation urbaine parvienne à relever les défis, notamment écologiques, qui lui incombent. Une simple recherche sur Google consomme de l'énergie, l'équivalent d'une ampoule de 60 watts allumée pendant 17 secondes, selon des calculs récents. En 2013, les centres de données américains ont utilisé une quantité d'énergie électrique équivalente aux besoins de l'ensemble des foyers new-yorkais pendant deux ans. Face à ces chiffres troublants, on comprend que la ville intelligente passe aussi par une transformation des comportements.

Toutes les recherches sur Google ne sont pas nécessaires et il conviendra un jour d'économiser sur les usages de l'Internet comme on fait attention à sa consommation d'essence ou d'électricité. C'est au croisement de l'économie, entendue ici au sens de gestion de la rareté plutôt qu'en termes spéculatifs, et d'une véritable éthique des comportements individuels et collectifs qu'il convient de poser le problème de la ville intelligente dans toute sa complexité. En rupture avec de nombreux discours actuels présentant les technologies de l'information et de la communication comme un nouvel eldorado qui ne connaîtrait plus aucune limite, une certaine forme de frugalité numérique semble de mise à l'avenir. La survie de notre espèce urbaine pourrait bien être à ce prix.

Différences économiques et culturelles

La ville intelligente ne relève pas non plus d'un scénario unique. Paris n'est pas Singapour et Medellin n'est pas Songdo. Dans les pays développés de longue date, l'amélioration des infrastructures urbaines existantes au moyen d'outils numériques constitue un volet important de la recherche d'une plus grande intelligence de la ville. Dans les pays en développement, ce sont les hommes équipés de terminaux mobiles qui constituent le socle sur lequel s'appuyer. Au-delà des différences économiques et culturelles, il convient également de s'affranchir du poids excessif des discours concernant « l'économie de la connaissance » et les « classes créatives ». Les villes intelligentes ne seront pas uniquement destinées à une population de chercheurs, d'entrepreneurs et de designers vivant au sein d'écologies urbaines conçues sur le modèle de la Silicon Valley.

Les villes industrielles, les banlieues populaires, le grand périurbain ont aussi vocation à devenir intelligents, mais sans doute pas de la même façon que Manhattan ou la City de Londres. L'intelligence des hommes est diverse et se laisse malaisément enfermer dans des catégories figées. Pourquoi en irait-il différemment de celle des villes ? Par-dessus tout, cette intelligence n'est pas qu'une affaire de gestion rationnelle des ressources. Elle nécessite l'adoption de nouveaux comportements individuels et collectifs, l'émergence de nouvelles valeurs partagées. Elle possède en un mot une dimension politique irréductible à l'administration des choses.

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Commentaires
a écrit le 05/02/2016 à 10:13 :
Bonjour,
Je trouve de plus en plus intéressant de voyager sur Paris notamment pour les affaires.
Beaucoup d'endroit consacré au réunion se développe et je conseil aux Start up ou aux petites entreprises en développement comme moi de profiter de ce phénomène pour réserver des espaces de coworking, des salles de réunion lors de vos déplacement plutôt que des cafés souvent bondé et trop bruyant.
Je pense à des sites tels que Burostation.fr qui est un nouveau site que j'ai trouvé et qui promet.

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