Lorsque Pierre Barnabé prenait ses fonctions de nouveau président directeur général de Soitec, en juillet 2022, succédant à Paul Boudre, il assurait « prendre la fusée en marche ». En moins de deux ans, voilà le quatrième étage presque en orbite. Le fabricant isérois de substrats aux 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires vient en effet d'inaugurer sa nouvelle unité de production, Bernin 4, dédiée à son innovation Smart SIC, dirigée vers le marché des véhicules électriques. Financé à hauteur de 380 millions d'euros, dont 30 % d'aides publiques de l'Union européenne, de l'Etat et des collectivités territoriales, le site pourrait être la clé de l'entreprise pour conquérir, après le marché des Smartphones (67% de son activité), un nouveau secteur à l'international.
Avec sa nouvelle unité de production de 2.500 m2 située dans le prolongement de ses deux premiers sites existants, en plein cœur de la « Silicon Valley à la française », dans le Grésivaudan (Isère), Soitec compte bien faire partie des grands des batteries de véhicules électriques. Et ses projections donnent le tournis : 500.000 « wafers » (ces « galettes » sur lesquelles sont fondus des circuits électroniques) de type Smart Sic pourraient sortir chaque année de sa nouvelle usine, sur un total de 5 millions d'unités, toutes gammes confondues. D'ores et déjà, l'entreprise fait la promotion de ses produits auprès de 30 prospects, dans l'attente du lancement de sa production qu'elle annonce fin octobre 2023. Pour l'heure, seul un client est déjà confirmé : il s'agit de son voisin franco-italien STMicroelectronics, pour son site de Catane (Sicile).
« Le marché des véhicules électriques gagne 30 % par an, ce qui représente 20 millions de véhicules électriques en 2025 en Europe, et 45 millions en 2030. Cette révolution arrive une fois tous les cent ans. Soitec ne voudrait pas la rater », détaille Emmanuel Sabonnadière, directeur du programme carbure de silicium, ancien directeur du centre de recherche CEA-Leti