« Je ne suis pas un CV » : la démarche qui veut changer les règles du jeu
Stéphanie Gallo Triouleyre
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Après plus de 15 ans au sein de l'Olympique Lyonnais, Laurent Arnaud défend aujourd'hui la fin du CV "comme la base absolue du recrutement" auprès d'une soixantaine d'acteurs lyonnais, en pleine période de tension sur le marché du recrutement.
INTERVIEW. Il a réuni une soixantaine d’acteurs de l’écosystème économique et associatif lyonnais pour porter un message et un hashtag : #jenesuispasunCV. Face à un marché de l'emploi post-déconfinement en grande tension sur certaines branches, l’ex-délégué général d’OL Fondation Laurent Arnaud croit en effet que les entreprises ne doivent plus utiliser le CV comme un filtre absolu.
LA TRIBUNE - Vous avez publié sur les réseaux sociaux, la semaine dernière, une tribune cosignée par une soixantaine d'acteurs du monde économique. Avec un mot d'ordre commun : les hashtags #jenesuispasunCV et #jeneveuxpasunCV.
Parmi ces signataires, on retrouve notamment des acteurs connus de l'écosystème régional, comme Cerise et potiron, Cegid, Ninkasi, Altavia, Visiativ, ou encore le Medef, la CPME et l'Olympique Lyonnais. Quel est le message que vous souhaitez faire passer ?
LAURENT ARNAUD - Disons que le CV est un bon outil lorsque la première barrière est franchie. Lors de l'entretien, il représente une base de discussion intéressante. En revanche avant cette phase, il n'est pas toujours pertinent.
On sait que les recruteurs passent moins de 10 secondes sur un CV, lors du premier tri, en cochant mentalement (et très vite) des cases et des critères qu'ils attendent.
Pourtant, dans un marché de l'emploi où certains secteurs sont en tension, les entreprises doivent absolument apprendre à élargir leur cercle de recrutement, à agrandir leur prisme.
Le CV date d'un autre temps du recrutement ?
Nous avons un problème en France, qui n'existe pas dans les pays anglo-saxons par exemple : les candidats sont souvent enfermés dans des cases. On estime qu'ils ne sont pas capables de changer de voie. C'est faux, archi-faux : tout le monde peut évoluer, apprendre à effectuer de nouvelles missions en capitalisant sur des compétences acquises dans d'autres domaines.
En réalité, le CV symbolise exactement cette problématique : considérer uniquement les expériences passées plutôt que le potentiel à venir. Du point de vue du candidat, c'est évidemment injuste.
Et du côté de l'entreprise, c'est absolument contre-productif puisque non seulement sur certains postes, elles ne trouveront pas suffisamment de profils répondant exactement aux critères définis.
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D'autre part, elles vont probablement recruter des candidats qui risquent de s'ennuyer très vite. S'ils savent déjà tout faire du poste pour lequel ils sont recrutés, ils seront moins challengés et peut-être plus rapidement moins enthousiastes.
Cela signifie que les entreprises qui vous avez réunies à travers cette tribune s'engagent à ne plus utiliser le CV ?
Évidemment que si. Nous ne disons pas que le CV est à proscrire, il ne doit simplement plus être considéré comme la base absolue du recrutement.