[Grande Interview] Alors que Pôle emploi a annoncé, en pleine crise sanitaire, l’embauche de 2.800 temps pleins à l’échelle nationale pour accompagner l’arrivée de nouveaux demandeurs d’emploi au cours des mois à venir, comment ces annonces se traduiront-elles en Auvergne Rhône-Alpes, seconde région économique française ? Emploi de jeunes, baisse de l'intérim, essor des offres en CDI, dispositifs de formation... Pascal Blain, directeur de Pôle Emploi Auvergne Rhône-Alpes dresse un état des lieux sans angle mort de la stratégie régionale.La Tribune Auvergne Rhône-Alpes : Après une première phase de reprise enregistrée à la suite du déconfinement, les chiffres se suivent et appellent à la prudence. Quel est l'état des lieux que vous dressez, plus particulièrement en AuRA, alors que les dernières données publiées par l'Insee faisaient état d'un taux de chômage de 7,2 % au niveau national (contre 6,4 % en Auvergne-Rhône-Alpes) ?
Pascal Blain : « Depuis février, on note une hausse du nombre d'inscrits (+50.000 personnes), sur un total de 680.000 chômeurs (dont environ 400.000 personnes indemnisées) en AuRA. On entrevoit désormais une forme de rattrapage économique, lié à une bonne saison d'été, avec -6000 chômeurs en juillet, et -2500 en août.
Il est certain que l'activité partielle a beaucoup amorti le choc. Fin septembre, on dénombrait encore 150.000 personnes en activité partielle dans la région, un chiffre qui demeure cependant très faible. Ce qui confirme que l'économie vit par ses propres moyens et que les outils mis en place par le gouvernement ont permis de neutraliser les licenciements économiques. Mais cette situation est à relativiser à l'aune de la situation sanitaire, car nous risquons de voir arriver une nouvelle vague de demandeurs d'emplois en janvier.»
"Il faut cependant rappeler que nous avons encore près de 90.000 offres disponibles au sein de notre région, dont plus de 50.000 en CDI, ce qui représente 50% de plus que notre volume habituel sur ce type d'offres. C'est comme si les entreprises investissaient pour l'avenir. L'intérim est également reparti, mais n'atteint pas encore son niveau d'avant-crise."
Les derniers chiffres se succèdent mais peuvent sembler parfois contradictoires, y compris au niveau national...
« On a en effet pu afficher d'un côté, une hausse de 100.000 chômeurs en mars et avril, puis de l'autre, une retombée à un taux historiquement bas de 6,4 % au second trimestre. Il faut cependant rappeler que l'indice de l'INSEE est calculé sur la base des personnes qui se déclarent en recherche d'emploi : or, le contexte du 2e trimestre n'était pas propice à effectuer ces recherches, ce qui explique un taux relativement faible. Les économistes estiment plus globalement que nous devrions atteindre, d'ici la fin d'année, un taux de chômage de 9 à 10%.»