« L’entreprise idéale ? C’est l’entreprise biodégradable ! Mais nous en sommes loin », Charles Kloboukoff (Léa Nature)

Charles Kloboukoff dirige Léa Nature, poids lourd du marché alimentaire bio en France, qu’il a fondé à La Rochelle. Président du réseau « 1 % for the Planet France », il pilote un groupe à l’avant-garde du développement durable, devenu entreprise à mission. (Cet article est issu de T La Revue de La Tribune - N°6 Octobre 2021)

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(Crédits : studio-curty)

Vous venez de la grande distribution, avez-vous bifurqué vers le bio parce que vous avez découvert l'importance du bien-être et de la santé par l'alimentation ?

Charles Kloboukoff L'importance du bien-être et de la santé par l'alimentation provient de ma famille dans laquelle j'ai été élevé selon le principe de Hippocrate, « que ton aliment soit ton médicament », et celui de privilégier les médecines douces. En créant Léa Nature en 1993, mon idée était de promouvoir des alternatives naturelles à l'agrochimie, en favorisant l'usage des plantes et des produits naturels bénéfiques pour la santé. C'est mon épouse Catherine, qui a impulsé, deux ans après la création de l'entreprise, le développement du bio. Cette raison d'être s'est naturellement étendue à chacune de nos activités dans les domaines de l'alimentation, la santé, les cosmétiques, et les soins de la maison.

Y a-t-il selon vous un lien naturel entre cette recherche de bien-être et de santé dans l'alimentation et la protection de l'environnement ?

C.K. Cela a été un chemin progressif : concevoir des produits bio et naturels, s'installer dans un environnement moins pollué (de la région parisienne à la côte Atlantique), développer l'écoconception de nos formules, des emballages, des bâtiments, réduire nos impacts pour être en bio-cohérence, soutenir des causes environnementales, sensibiliser nos salariés et le grand public, pour devenir finalement une société à mission, première entreprise de taille intermédiaire (ETI) « à mission environnementale » en octobre 2019. Il y a une cohérence et une évidence qui se sont imposées. Une fois que l'on a ouvert les yeux on ne peut plus les refermer. Nous dépendons fondamentalement de la diversité du vivant. Protéger la biodiversité est une priorité majeure pour préserver notre santé, la sécurité alimentaire et notre qualité de vie. Il y a un lien naturel entre les produits que nous fabriquons et la protection de la nature : reverser à la planète ce qu'on lui prélève. Notre idéal est d'avoir un impact neutre, voire positif sur l'environnement.

Comment avez-vous intégré ces préoccupations au quotidien : par l'appel à une culture alimentaire bio ? Par le biais d'approches plus globales ?

C.K. Nous avons d'abord édicté nos valeurs fondatrices dont la première est « l'engagement nature ». Puis, j'ai créé un comité éthique en 2000, garant des valeurs de l'entreprise pour qu'elles se diffusent en interne notamment auprès des nouveaux salariés. La même année, nous avons organisé notre première « journée environnement », de sensibilisation à la protection de la nature auprès des salariés. En 2007, elle s'est transformée en conférence environnement avec intervention d'experts renommés, ouverte aux salariés et au grand public, renouvelée tous les ans. Le développement de nos produits se fait toujours à travers le même prisme : être bio ou naturel, bénéfique pour la santé et respectueux de l'environnement. C'est la définition résumée de notre raison d'être qui se décline ensuite dans toutes nos actions et la recherche de solutions plus écologiques.

Vous vous êtes impliqué à partir du milieu des années 2000 dans le réseau « 1 % for the Planet » : quel est l'objectif de cette démarche et de quelle façon se concrétise-t-elle ?

C.K. Depuis 2007 nous adhérons au mouvement « 1 % for the Planet ». Cela représente depuis 15 ans, 13,5 millions d'euros reversés à plus de 700 associations environnementales grâce à l'adhésion de 18 de nos marques. Cet engagement fort est la traduction de nos convictions environnementales en actes. C'est également la volonté de montrer que le milieu économique a un rôle à jouer dans la protection de la planète. Les entreprises doivent se mobiliser et contribuer à la restauration de la biodiversité. Notre modèle prouve qu'il est possible de concilier économie et écologie.

Vous êtes tellement engagé que vous êtes devenu le président de ce réseau international en France : comment aimeriez-vous le voir évoluer ?

C.K. J'ai accepté de prendre la présidence du fonds « 1 % for the Planet France » pour la deuxième fois et ce jusqu'en 2022. Il est très enthousiasmant de voir que malgré la crise sanitaire, le mouvement 1 % se développe toujours plus en France, où nous sommes près de 900 entreprises membres aujourd'hui, quand en 2016 nous étions 70. Il évolue donc bien. Ce que j'aimerais voir évoluer c'est la fiscalité environnementale. Elle n'est pas encouragée en France contrairement aux États-Unis. Il faut avoir du pouvoir économique pour changer les choses à une échelle significative. Nous devons créer les conditions pour rendre le « 1 % for the Planet » plus attractif pour les grandes entreprises afin de développer le mécénat environnemental en France.

Au début des années 2010 vous avez créé la fondation Léa Nature/Jardin Bio : quels objectifs vous êtes-vous fixés dans ce cadre, avec quels résultats ?

C.K. Notre fondation d'entreprise est sous l'égide de la Fondation de France qui nous apporte son expertise. Au-delà de nos soutiens aux associations de protection de la biodiversité, notre fondation épaule les associations qui démontrent le lien environnement et santé. Nous sommes convaincus que l'impact des pollutions chimiques sur la santé constitue un enjeu essentiel du xxie siècle. On se bat pour sensibiliser l'opinion publique à des risques sanitaires émergents, peu connus parce qu'ils ne font pas forcément l'objet d'études publiques. Ce sont souvent des chercheurs et scientifiques indépendants qui « se mouillent » pour démontrer l'impact des pesticides, des OGM, des perturbateurs endocriniens. Avec notre fondation nous avons une mission de sensibilisation des publics, en particulier des décideurs économiques et politiques, pour tenter de faire bouger les lignes. Elle se fait le porte-voix de grandes causes d'intérêt général et des associations à travers des campagnes engagées, des conférences. Enfin notre fondation lance des appels à projets pour éclairer une nécessité. Celui de 2021 porte sur la transition agroécologique des territoires et la résilience alimentaire.

Votre groupe vient de se transformer en « entreprise à mission », quels sont les avantages pour les objectifs que vous vous êtes donnés ?

C.K. Devenir société à mission a été une évidence et une reconnaissance. Notre raison d'être est écrite depuis nos débuts, notre démarche RSE est évaluée niveau excellence depuis 2013. Notre plan d'engagements comporte plus de 100 objectifs et se décline dans tous nos métiers. Nous avons inscrit dans nos statuts une mission environnementale en cohérence avec notre activité. Les enjeux environnementaux et sociétaux sont considérés au même niveau que les enjeux économiques. L'équation d'être économiquement performant tout en ayant une démarche écologique n'est pas toujours simple, elle implique une stratégie de long terme. Cohérence environnementale signifie aussi accompagnement social. Ainsi, un de nos objectifs est de proposer des aides au financement de véhicules électriques ou plus écologiques à nos collaborateurs.

À quoi ressemble selon vous l'entreprise idéale ?

C.K. Je fais partie des utopistes et des idéalistes qui considèrent que l'entreprise est engagée en première ligne, au même niveau que les citoyens. C'est à nous, chefs d'entreprise, de faire bouger les États aux côtés des ONG qui jouent aussi leur propre rôle. L'entreprise idéale ? C'est l'entreprise biodégradable ! Mais nous en sommes loin. En tout cas nous œuvrons à limiter nos impacts, à contribuer à la régénération de la biodiversité pour tendre vers une entreprise à impact positif.

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Cet article est extrait de "T" La Revue de La Tribune n°6 - PLANETE MON AMOUR - Réparons les dégâts ! Octobre  2021 - Découvrez la version papier

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