Vivendi : « notre avenir s'inscrit dans les médias »

Jean-François Dubos, le président du directoire du groupe de médias et de télécoms, indique ouvertement dans une interview aux « Echos » que la stratégie consiste à se séparer des télécoms, dont SFR, peut-être sous la forme d'une mutualisation de réseaux, et de se recentrer sur les contenus. Il évoque son potentiel successeur en avril prochain.
Jean-François Dubos, président du directoire de Vivendi. Copyright Reuters
Jean-François Dubos, président du directoire de Vivendi. Copyright Reuters (Crédits : Alain Benainous Gamma)

Nommé le 28 juin président du directoire de Vivendi, après le départ brutal de Jean-Bernard Lévy pour désaccord stratégique, Jean-François Dubos s'exprime ce lundi dans les colonnes des « Echos. » Mettant un terme à des mois de flou entretenu sur la nouvelle orientation stratégique du groupe de médias et de télécoms, celui qui était auparavant secrétaire général de Vivendi et entré à l'ex-Compagnie générale des eaux en 1991, expose clairement la préférence affichée pour l'un des pôles. « Notre première certitude, c'est que nous avons tous les atouts pour nous affirmer comme un leader européen, voire mondial, dans les contenus et les médias. Dans ce domaine des contenus, il y a un vrai marché en croissance», sous-entendu : ce n'est pas le cas des télécoms. « Il y a des clients - les grandes plateformes numériques - et nous avons des champions mondiaux : la musique [Universal Music Group, le numéro un mondial], Canal Plus et les jeux [Activision Blizzard] », bien qu'il soit excessif de ranger le groupe de télévision payante dans la catégorie des leaders mondiaux (70% de l'activité est réalisée en France). En conclusion : « l'avenir de Vivendi s'inscrit dans cette direction, dans les contenus et les médias. »

Pas d'offres fermes encore sur les actifs télécoms
Quid des salariés de SFR et de Maroc Telecom qui ont tant contribué aux dividendes et cash-flows du conglomérat pendant plus de dix ans ? « Il y a trop d'opérateurs, plus de cent, en Europe. Dans les années à venir, nous assisterons fatalement à une recomposition de cette filière en plein bouleversement » répond-il à la question de savoir s'il compte céder tout ou partie du pôle télécoms (qui inclut aussi la pépite brésilienne GVT). Jean-François Dubos affirme que le groupe n'a « pas encore d'offres formelles sur ces actifs », des rumeurs ayant circulé sur des approches de Qtel, Etisalat et France Télécom pour Maroc Télécom, de DirecTV, America Movil, Liberty Global et des fonds de private equity pour GVT, ainsi que sur des discussions avec Numericable surtout, mais aussi Bouygues Telecom et Free pour SFR. « Nous pourrions avoir des annonces à faire à la prochaine assemblée générale », fin avril, prévient le président du directoire.

La piste de la mutualisation des réseaux pour SFR
Au sujet du numéro deux français des télécoms, Jean-François Dubos fait valoir que « notre filiale SFR a beau souffrir en ce moment, c'est tout de même une très belle entreprise et le sixième opérateur européen. » Un argumentaire marketing de vendeur ? Le président du directoire de Vivendi valorise la filiale à 20 milliards d'euros, c'est 35% à 50% de plus que les estimations des analystes ! C'est un gros actif, qu'il est difficile à vendre ou marier du fait de sa taille (Iliad/Free vaut 7,6 milliards d'euros en Bourse et réalise un chiffre d'affaires cinq fois inférieur). D'ailleurs, Vivendi semble envisager une autre piste : « nous attendons l'avis de l'Autorité de la concurrence sur la mutualisation des réseaux. Pour SFR, cela pourrait être une direction intéressante » plaide Jean-François Dubos, alors que le gendarme de la concurrence, Bruno Lasserre, a prévenu la semaine dernière que « certaines configurations [de rapprochement dans les télécoms] seraient inenvisageables, impossibles. » D'ailleurs, le président du directoire de Vivendi précise que le groupe choisira « la solution qui porte des synergies industrielles, qui crée le plus de valeur et qui pourra être agréée par les pouvoirs publics et les Autorités de régulation. »

Meheut, nouveau patron de Vivendi en avril ?
Interrogé sur son avenir à la tête de Vivendi, Jean-François Dubos déclare sans détours « j'ai vocation à passer le relais à la prochaine assemblée générale, qui aura lieu le 30 avril. » Quant à ses éventuels successeurs, il affirme qu'il y a « beaucoup de gens très compétents en interne comme Jean-Yves Charlier », le directeur général du pôle télécoms depuis août dernier, ce qui paraît fort improbable si les actifs télécoms sont vendus, citant ensuite « Bertrand Meheut », le patron du Groupe Canal Plus, qui a été chargé d'une « mission de réflexion pour le développement des médias et des contenus », c'est-à-dire sur l'avenir du groupe, ce qui en fait sans doute le mieux placé. D?ailleurs, Vivendi « pourrait octroyer [à Canal Plus] plus de moyens pour devenir un acteur mondial. » Pour la forme, au sujet des candidats très compétents pour lui succéder, Jean-François Dubos cite « et d?autres [en interne], ainsi qu'à l'extérieur aussi... » Curieusement, il ne dit pas un mot du premier actionnaire du groupe, récemment coopté au conseil de surveillance, Vincent Bolloré, dont le rôle à venir demeure un gros point d'interrogation pour le groupe et les investisseurs...
 

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Commentaires 2
à écrit le 17/12/2012 à 14:16
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@La Tribune: quid des liens entre ce changement de stratégie brutal (comme le départ de Mr Lévy...) et l'arrivée à échéance des stock options de Mr Fourtou..??!

à écrit le 17/12/2012 à 11:02
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Pourquoi pas SFR dans Bolloré Telecom ?

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