Numericable en Bourse pour mieux épouser SFR ?

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La nouvelle box de Numéricable a contribué à a reconquête d'abonnés
La nouvelle box de Numéricable a contribué à a reconquête d'abonnés (Crédits : DR)
En road-show pour son introduction prévue le 8 novembre, le câblo-opérateur met en avant sa reconquête commerciale amorcée. Mais analystes et investisseurs n’ont qu’une idée en tête : un mariage avec la filiale de Vivendi, qui générait plusieurs milliards de synergies.

« Si nous entrons en Bourse, c'est que nous sommes en croissance », fait valoir le PDG de Numericable, Eric Denoyer. Il a donné ce lundi le coup d'envoi officiel du processus d'introduction du câblo-opérateur, dont la première cotation sur Nyse Euronext est prévue le 8 novembre : Numericable va lever 250 millions d'euros d'argent frais, essentiellement pour réduire sa dette, et deux de ses actionnaires, les fonds Carlyle et Cinven vont céder une partie de leurs titres, tandis que Patrick Drahi, qui a constitué le « câblo » français par rachats d'acteurs régionaux, va monter au capital.

Le nouveau groupe (fusionné avec la branche entreprise Completel) sera valorisé entre 2,3 et 2,8 milliards d'euros (5 à 5,57 milliards dette comprise), soit plus que M6 ou Havas et environ un quart de la capitalisation d'Iliad/Free à titre d'exemple.

Croissance modeste

Ce retour à la croissance est à la fois réel et modeste. Numericable a certes enfin commencé à regagner des abonnés, en particulier des clients « multiplay » (Internet et/ou TV et/ou téléphone fixe), dont le nombre est passé de 917.000 fin 2010 à 1,19 million à fin septembre, grâce à sa nouvelle Box, tandis que ceux à la télévision seulement diminuent, comme les abonnés collectifs.

Son chiffre d'affaires consolidé aussi est en progression, quoique timide : un peu plus de 1% sur neuf mois à 969 millions d'euros et entre 2% et 5% par an attendus entre 2013 et 2016. On est loin des 27% enregistrés par Iliad/Free au premier semestre, dont 9% rien que sur le fixe… La marge brute d'exploitation, en recul à fin septembre à 46,8%, devrait remonter à 50% en 2016.

Une « autoroute presque vide », un réseau sous-utilisé

Numericable, qui a investi dans la fibre optique pour moderniser son réseau en câble coaxial, est cependant convaincu qu'il va profiter du décollage - encore poussif - du très haut débit en France, alors que sa part de marché dans le haut débit n'est que de 5%.

Dans leur note d'évaluation confidentielle, que la Tribune a pu consulter, les analystes d'Oddo comparent ainsi le câblo-opérateur à un « phénix en passe de renaître de ses cendres » et son réseau « sous-utilisé » à « une autoroute presque vide, en train de se remplir au moment où des nationales deviennent saturées », comprendre l'ADSL qui deviendrait « obsolète ».

Au vu de l'absence de ruée sur la fibre optique (273.000 abonnés chez Orange et un peu plus de 500.000 pour l'ensemble du marché, l'assertion peut paraître un brin excessive… Le taux de pénétration de Numericable étant faible, de 16% dans les zones qu'il couvre (35% des foyers français soit 9,9 millions), « contre 40% à 60% chez les autres câblo-opérateurs européens » relèvent les experts d'Oddo, le groupe français doit pouvoir jouer de ce « fort levier opérationnel. » Il vise 200.000 à 250.000 nouveaux abonnés nets en tout dans les trois ans (Free en a recruté 154.000 hors migration de clients venus d'Alice sur le seul premier semestre).

Les investisseurs ne pensent qu'à un mariage avec SFR

En réalité, investisseurs et analystes ne s'intéressent pas vraiment à cette histoire de croissance et n'ont qu'une idée en tête : la consolidation, et plus particulièrement un mariage avec SFR. Il est vrai que le secteur est en ébullition en Europe : le britannique Vodafone vient de racheter l'allemand Kabel Deutschland pour 7,7 milliards d'euros et l'américain Liberty du tycoon John Malone vient d'essayer de mettre la main sur le néerlandais Ziggo (qui pèse plus de 6,2 milliards d'euros) et dont il est le premier actionnaire après avoir repris le britannique Virgin Media pour 11,7 milliards et pris le contrôle du belge Telenet.

Si « Liberty Global est le prédateur le plus évident » souligne Oddo, le scénario sur lequel le marché parie est celui d'un rachat par SFR, dont la maison-mère Vivendi envisage une scission par introduction en Bourse. « J'y crois, mais ce sera plutôt l'année prochaine » estime un autre analyste, qui ne fait pas partie du pool de banques introductrices.

De son côté, Oddo rappelle que « SFR avait racheté Neuf suite à son introduction en Bourse » - un an après, en décembre 2007, mais il en avait déjà le contrôle - et cite le PDG de Numericable qui « n'exclut pas qu'il n'y ait que deux réseaux fixes à terme », le sien et celui d'Orange…

Synergies « monstrueuses »

Les synergies d'une fusion avec SFR seraient « monstrueuses » souligne un professionnel, dépassant les 2 milliards d'euros : Oddo les évalue à 2,3 milliards, dont 500 millions sur la partie « entreprise », mais Morgan Stanley, l'un des chefs de file de l'opération, à 3,3 milliards et même 6 milliards chez Deutsche Bank, un des deux coordinateurs globaux, selon les chiffres rapportés par l'Agefi.

Oddo juge même « plausible » que Vodafone, ancien actionnaire de SFR et bientôt à la tête d'une montagne de 130 milliards de cash, fasse d'une pierre deux coups « en consolidant dès le départ Numericable et SFR pour extérioriser les synergies. » Le PDG, Eric Denoyer, qui avait défendu le sens industriel d'un tel mariage, avorté l'automne dernier, avec SFR, martèle aujourd'hui que « la croissance proviendra du réseau, il n'y a pas de nécessité d'un adossement. »

 

>>> Consulter les documents d'introduction de Numericable

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Commentaires
a écrit le 07/01/2014 à 18:12 :
Persistez sur cette voie, c'est un veritable bonheur de vous lire.
Arrondir a Domicile http://past.is/hDZm
a écrit le 29/10/2013 à 14:41 :
c'est une bonne affaire surtout que numéricable se fait subventionner la modernisation de son réseau par les collectivités (financement du remplacement du coax par de la fibre), ceci dans le brouillard de gestion des réseaux câblés, ce qui lui évite d'investir comme les autres opérateurs, ou en freinant le cablage des immeubles en FTTH là où ça ne l'intéresse pas, pour conserver son monopole sur les réseaux câblés. bonne affaire avec la rentabilité du monopole.
a écrit le 29/10/2013 à 14:32 :
certes le régulateur français n'a pas fait son travail en laissant en place le monopole de numéricâble : 4 millions de prises FTTLA (fibre + coax dans l'immeuble), un réseau en monopole puisque le client final n'a pas accès aux autres fournisseurs de service mais uniquement à numéricable. Le régulateur aurait du traiter cette anomalie monopolistique unique dans le paysage télécom en ouvrant ce réseau au dégroupage, mais le régulateur trés partial a préféré mettre toutes les contraintes d'opérateur dominant à orange qui a démarré de zéro sur le FTTH. Le risque demeure fort avec bruxelles qui pourrait remettre de l'ordre dans cette régulation étrange et faite d'avantages particuliers inqualifiables digne de pays du sud.
a écrit le 29/10/2013 à 13:52 :
La technologie cable a des forces et des faiblesses, cependant Numericable n'a pas su mettre en avant ses qualités. Je ne crois pas que courir derrière des particuliers est une bonne stratégie commerciale avec un ticket d'entrée élevé tandis que le "très haut débit" est bien plus susceptible d'intéresser des professionnels offrant des services au particuliers.
a écrit le 29/10/2013 à 8:51 :
j'espere simplement que les actionnaires seront mieux bichonnes que les malheureux clients qui eux sont souvent abandonnes a eux meme face a l'incurie du SAV de Numericable

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