Twitter joue l’anti-Facebook pour son introduction en Bourse

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Dick Costolo, le directeur général de Twitter Inc.
Dick Costolo, le directeur général de Twitter Inc. (Crédits : Reuters)
Retenant les leçons de l’entrée chaotique du réseau social l’an dernier, les dirigeants du site de mini-messages cultivent la modestie et la discrétion lors de leurs réunions au devant des investisseurs avant la cotation le 7 novembre.

Souvenez-vous, en mai 2012, l'entrée de Facebook sur le Nasdaq, la plus grosse opération jamais réalisée par une entreprise de l'Internet, loin devant Google, tournait au fiasco au point de devenir « la pire introduction en Bourse » depuis au moins une décennie… Dysfonctionnements du marché électronique Nasdaq, chute du cours dès les premiers jours, scandale des informations distillées par les banques introductrices à certains clients, sans parler de l'attitude générale, désinvolte voire arrogante, du fondateur et PDG, Mark Zuckerberg, se rendant en sweat à capuche aux réunions avec les investisseurs… L'action Facebook a mis un an à se remettre de ce péché originel et à coter au-dessus de son prix initial de 38 dollars (49 dollars aujourd'hui). Dix-huit mois plus tard, Twitter, l'autre coqueluche de l'Internet, qui s'apprête à entrer à son tour en Bourse, a choisi le New York Stock Exchange et aborde les investisseurs sur un tout autre ton. Le prix de la future action « TWTR » (à ne pas confondre avec Tweeter Home Entertainment) sera fixé dans une semaine, le 6 novembre, et la première cotation est prévue le lendemain.

10 fois moins gros que Facebook

A Philadelphie lundi, New York mercredi, Boston ce jeudi, le directeur général Dick Costolo et le directeur financier Mike Gupta ont commencé leur « road-show », qui continuera à Chicago vendredi, avant San Francisco, Los Angeles et Denver, puis un retour à New York avant le jour J. Depuis plusieurs mois déjà, Dick Costolo a prévenu que Twitter voulait jouer profil bas pour cette opération. Il affirme aujourd'hui que l'équipe dirigeante est « remplie d'humilité » au vu de l'opportunité qui se trouve devant elle. Au-delà des erreurs de Facebook à ne pas répéter pour éviter un flop similaire, l'humilité de Twitter a des raisons objectives. La société née en 2007 à San Francisco n'est toujours pas rentable (en perte nette de 133 millions à fin septembre) et son chiffre d'affaires est 10 fois inférieur à celui de son grand concurrent de Menlo Park, qui était déjà largement profitable au moment de l'introduction. Twitter Inc a réalisé des recettes de 422 millions de dollars sur neuf mois à fin septembre, contre 5,2 milliards pour Facebook. Il est en revanche plus présent sur le mobile, qui représente les deux tiers de son chiffre d'affaires publicitaire, contre 49% chez Facebook. Du côté de l'audience, le site compte 231 millions d'utilisateurs actifs par mois contre 1,19 milliard du côté du premier réseau social mondial ! Le revenu moyen par utilisateur est moitié moins élevé, à 73 cents contre 1,6 dollar chez Facebook. Côté effectifs, Twitter est deux fois plus petit : 2.300 salariés contre 5.300.

> Voir la vidéo de présentation de Twitter Inc aux investisseurs

 

Une levée de fonds et une valorisation 10 fois plus modestes

L'opération aussi sera plus modeste : le site de mini-messages, qui se voit plus comme une plateforme de partage de contenus, créés par les utilisateurs ou les autres médias, un lieu de conversation, qu'un réseau social d'échange entre « amis », ne devrait lever « que » 1,6 milliard de dollars, en plaçant 13% du capital, sur la base d'une valorisation de 9 à 11 milliards, quand Facebook avait récolté un montant impressionnant de 16 milliards, avec une capitalisation frisant les 100 milliards ! Twitter ne joue clairement pas dans la même cour, même s'il faut relativiser : la pépite frenchy Criteo vient d'entrer sur le Nasdaq en levant 288 millions, sur la base d'une valorisation de 1,7 milliard de dollars….

> Voir le prospectus d'introduction de Twitter visé par la SEC mis à jour le 15 octobre 

 

Les mêmes banques introductrices, mais Goldman Sachs en chef de file

Six ans après sa création, Twitter est encore une start-up au modèle économique « émergent», bien que son directeur financier assure viser à terme une marge brute opérationnelle (Ebitda) de plus de 40%, contre 7% aujourd'hui, ajusté des attributions d'actions aux salariés. Même Zynga, le géant des jeux sur Facebook, était rentable lorsqu'il était entré avec fracas en Bourse en décembre 2011. Du coup, le site de messages, plébiscité par les chefs d'Etat comme les célébrités, de Barack Obama à Justin Bieber, propose ses actions à un prix relativement modeste, avec une décote de l'ordre de 25% par rapport aux sociétés cotées comparables (Facebook, LinkedIn) à moins de 10 fois son chiffre d'affaires de l'année prochaine. L'an dernier, les investisseurs n'avaient guère apprécié être pris de cours lorsque Facebook et ses banques introductrices avaient décidé d'accroître au dernier moment de 25% le nombre de titres mis sur le marché. Ce qui avait provoqué ces ventes massives de titres dans les premiers jours, que les banques avaient tenté d'endiguer en rachetant à tour de bras sur le marché. Twitter a cependant choisi les mêmes banques que le réseau social (les habituels Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan, BofA Merrill Lynch) mais c'est Goldman le chef de file et non Morgan Stanley, qui avait écopé d'une amende de 5 millions de dollars pour avoir influencé de manière inappropriée les analystes de son service de recherche lors de l'introduction de Facebook …Autre bon point pour Twitter, les principaux actionnaires conservent leurs titres, alors que plusieurs investisseurs de la première heure dans Facebook avait profité de l'opération pour toucher le jackpot.

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