Les 7 engagements de Martin Bouygues auprès de Montebourg

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« Nous nous engageons à ne procéder à aucun licenciement collectif, plan social, plan de départs volontaires dans le cadre de cette fusion » assure Martin Bouygues dans sa lettre au ministre du Redressement productif.
« Nous nous engageons à ne procéder à aucun licenciement collectif, plan social, plan de départs volontaires dans le cadre de cette fusion » assure Martin Bouygues dans sa lettre au ministre du Redressement productif. (Crédits : reuters.com)
Dans une lettre adressée au ministre du Redressement productif, le PDG du groupe de BTP promet formellement d'investir dans la fibre 400 millions d'euros par an et de rapatrier des centres d'appels en France notamment.

La lettre aurait pu commencer par un « moi, premier actionnaire de Bouygues Telecom-SFR je m'engage », sur le mode de l'anaphore du candidat à la présidentielle François Hollande. Martin Bouygues a voulu formaliser par écrit, de manière solennelle, des engagements, au nombre de sept, en cas de succès de son offre de rachat de SFR à Vivendi, énoncés dans un courrier à Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, qui en a livré quelques paragraphes ce mardi matin lors d'une interview sur RTL. Voici la liste complète des engagements pris par le patron du groupe de BTP, qui ne diminue pas d'intensité sa campagne pour emporter SFR face à son rival Altice-Numericable. 

1. Investissement

« Nous nous engageons à investir 2 milliards d'euros par an sur les réseaux fixes et mobiles, en particulier dans le domaine de la fibre optique 400 millions d'euros par an. »

Actuellement, Bouygues Telecom investit entre 700 et 750 millions d'euros dans les réseaux, hors achat de fréquences, dont un peu moins de 100 millions dans la fibre. De son côté, SFR investit environ 1,6 milliard d'euros chaque année dans ses réseaux, dont 150 millions par an dans la fibre optique, où il se revendique "le seul opérateur alternatif investissant massivement dans le FTTH (Fiber to the home, fibre jusqu'à l'abonné)", titre que Free veut s'arroger.

2. Startups

« Nous nous engageons à augmenter les capacités d'investissement de notre incubateur de façon à amplifier le soutien que nous offrons déjà à de nombreuses start-up du numérique »

Créé en 2009, Bouygues Telecom Inititiaves a réalisé 9 investissements et incubé une vingtaine de startups dont Recommerce (reprise et vente de mobiles d'occasion), Ijenko (solution de maîtrise de la consommation d'énergie des foyers), Melty (sites d'actu dédiés aux 18-30 ans) et Visibrain (veille et analyse de Twitter). De son côté, SFR n'a pas d'incubateur mais un fond d'investissement baptisé SFR Développement qui a des participations dans une douzaine de startups, dont Ifeelgoods et Nomotech.

3. Emploi

« Nous nous engageons à ne procéder à aucun licenciement collectif, plan social, plan de départs volontaires dans le cadre de cette fusion »

Initialement, Martin Bouygues s'était engagé sur « zéro départ contraint », ce qui laissait la porte ouverte à des plans de départs volontaires. Bouygues Telecom et SFR emploient tous les deux 9.000 personnes. Ils ont tous deux mis en oeuvre des plans de départs volontaires en 2012, portant sur 550 postes chez Bouygues et présenté comme « le premier de l'histoire du groupe Bouygues », et sur 850 départs nets chez SFR.

4. Centres d'appels

« Nous nous engageons à rapatrier plusieurs centres d'appels en France »

Le groupe ne s'engage pas sur un chiffre précis d'autant que Bouygues Telecom compte six centres d'appels internalisés, tous en France, employant 2.500 personnes. Mais il a également recours à des sous-traitants, comme Webhelp et Teleperformance, dont les call centers sont situés à l'étranger, au Maroc, au Portugal ou à Madagascar, pour B&You par exemple : environ 2.500 personnes travailleraient pour l'opérateur. SFR a davantage externalisé, notamment chez Teleperformance, essentiellement en France, mais l'opérateur possède plusieurs centres d'appels en interne, à Massy, AIx-en-Provence, Nantes et Bordeaux, où il emploie environ un millier de personnes.

5. Cotation à Paris

« Nous nous engageons à coter le nouvel ensemble à la Bourse de Paris. »

Le groupe Bouygues est coté à Paris, tout comme Vivendi et SFR devait également être introduit en Bourse par une scission en juin à la Bourse de Paris. Toutefois, le groupe Numericable est également coté à Paris et doit le rester dans le cas d'un rachat de SFR, a promis sa maison-mère Altice, qui est elle cotée à Amsterdam.

6. Siège social en France

 « Nous nous engageons à maintenir le siège social en France »

 On imagine mal le groupe Bouygues délocaliser le siège du nouvel ensemble hors de France. Cependant, c'est une tendance chez certains groupes du CAC 40. Par exemple, Publicis qui va fusionner avec le géant américain Omnicom a indiqué que le siège social du futur groupe sera à Amsterdam.

7. Patriotisme économique

 « Nous nous engageons à favoriser, à chaque fois que cela est pertinent sur le plan technique, les fournisseurs français. »

Actuellement, Bouygues Telecoma pour fournisseur d'équipements télécoms le suédois Ericsson et le chinois Huawei dans le mobile, pour le fixe un appel d'offres est en cours; pour la fibre il s'agit du français Alcatel-Lucent et de Huawei. Enfin sa dernière Box est signée Samsung et le français Sagemcom. De son côté, SFR se fournit auprès du finlandais NSN et de Huawei pour ses équipements radios, auprès d'Alcatel-Lucent et de l'américain Cisco pour le coeur de réseau. La Box est conçue en interne et fabriquée par Sagemcom, Sony et Cisco.

La réponse indirecte d'Altice Numericable

Dans l'après-midi, Altice, le premier actionnaire de Numericable lui a indirectement rétorqué, dans une annonce présentée comme une réponse aux demandes de la ministre à l'Economie numérique, Fleur Pellerin. « Suite à la demande d'engagement plus formel exprimée hier par Madame Fleur Pellerin, le groupe Altice confirme volontiers qu'il est tout à fait prêt à inscrire ses engagements en matière d'emplois et d'investissements dans les licences d'opérateur détenues par SFR » indique le groupe de Patrick Drahi dans un communiqué. Il répète qu'il s'engage « à maintenir les effectifs de SFR et de Numericable, et à ne pas effectuer de suppression de postes, sous quelque forme que ce soit » et à « poursuivre les investissements dans le très haut débit » mais pas spécifiquement dans la fibre optique jusqu'au domicile (FTTH), ce que privilégie le gouvernement dans son plan France Très haut débit...

 

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Commentaires
a écrit le 12/03/2014 à 22:40 :
Il suffit de regarder les engagements de Bouygues quand ils ont obtenus TF1 et ce qu'est TF1 aujourd'hui, d'ailleurs Montebourg est bien plaçé pour le savoir
a écrit le 12/03/2014 à 19:48 :
Moi , quand je reçois un courrier rédigé comme ça , c'est direction la broyeuse , direct.
Surtout quand c'est écrit par un " patron "...
a écrit le 12/03/2014 à 10:29 :
Arrête Martin, tu vas ressembler à Pinocchio ......!!!!!
a écrit le 12/03/2014 à 9:17 :
Qui va payer toutes ces promesses ?
D'une façon ou d'autre l'utilisateur sera mis à contribution le risque existe
a écrit le 12/03/2014 à 8:55 :
Pour résumer, Martin B. n'aime plus son réseau tout pourri qu'il ne réussit pas a faire marcher et dont trop peu de clients veulent a son goût, donc il le fourgue a Free, et va se payer celui de SFR. Quant aux boutiques , commerciaux et marketeurs de tous poils, ils ont intérêt a bien négocier leur chèque avant la fusion, parce qu'après, il n'y aura plus un sou en caisse pour payer leur départ... non forcé ;-)
a écrit le 12/03/2014 à 7:57 :
Vive l europe, vive le Maroc et la Tunisie....on revient au temps des PTT...et la facture des abonnements va etre salée...au lieu de s ameliorer on suit l inspiration stalinienne de Montebourg...
a écrit le 12/03/2014 à 4:46 :
La France et ses institutions politiques, patronales et syndicales ont peu de valeur sur le plan de la parole mais également de l'écrit. Je fais confiance !!!! à nos institutions pour prouver qu'elles ne pouvaient tenir leur engagement. Cette affaire montre également un patronat toujours à faire le poing avec le politique mais venir faire le genou flexion devant la médiocrité politicienne quand cela l'arrange. Il faut dire que Bouygues en France vit grâce aux contrats du politique et plus particulièrement avec l'argent du contribuable dans les contrats Partenariat Public Privé ces contrats qui sont les impôts de nos enfants car le politique aime engager les dépenses pour son moral pas pour le bien de la France et des citoyens au contraire d'ailleurs.
a écrit le 12/03/2014 à 0:03 :
Bonjour
a écrit le 11/03/2014 à 23:13 :
9000 + 9000 = 18.000 emplois. Ils veulent vraiment nous faire gober qu'ils vont garder tout le monde ???
Quand dans certaines villes, il ya presque face à face une agence SFR et une Bouygues, ils garderont les 2 ??? Et les engagements du genre cotation à Paris, siège social en France, c'est du vent, car ça il n'a jamais été envisagé de faire autrement. Mais les emplois, à part Montebourg, qui serait assez bête pour y croire. Je suis peut-être idiot, mais je me dis que le meilleur pour l'emploi est Numericable qui évolue ainsi et n'aura pas de doublons. Quel peut bien être l'intérêt du gouvernement de favoriser Bouygues ???
Réponse de le 11/03/2014 à 23:39 :
Souvenez-vous des promesses des banquiers ! Comme toujours, c'est dans les annexes détails que se cache le diable
Réponse de le 12/03/2014 à 8:20 :
Chez les opérateurs de télécoms il y a beaucoup de sous traitants.
Ce sont eux qui vont prendre les réductions d'effectifs. Mais ça n'apparaitra nul part dans chiffres. Et comme ce sont des petites boites moins connues personne n'en parlera.

Il serait illusoire de croire que l'on peut passer de 4 réseaux à 3 sans perte d'emplois.
a écrit le 11/03/2014 à 21:32 :
Que du chantage !!
Quand on sait que la bourse se félicite de cette accord, on ne voit pas trop le bénéfice pour les consommateurs !! Monsieur Montebourg ne voit qu à court therme pour ces élections !!
De plus les opérateurs auraient du investir depuis longtemps dans la fibre optique...
a écrit le 11/03/2014 à 21:24 :
Que du chantage !! Super
Quand on sait que la bourse se frotte les mains à cette perpective on se doute bien que ce ne sera pas le cas pour les consommateurs ! Mais monsieur Montebourg ne voit que le cour terme ( les élections)
a écrit le 11/03/2014 à 20:24 :
Et le consommateur dans tout cela ? Ce sera lui le dindon de la farce n'en doutons pas.
Réponse de le 11/03/2014 à 20:47 :
@Gilles1: le consommateur, c'est le dindon qui se fait farcir :-)
Réponse de le 11/03/2014 à 22:22 :
@Patrickb

C'est un peu le but d'une entreprise... ;-)

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