La Lorraine en quête de la taille critique

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À Épinal, la collectivité a rénové la Maison romaine pour y implanter Xilopix, qui développe un moteur de recherche par l'image et crée 20 emplois cette année.
À Épinal, la collectivité a rénové la Maison romaine pour y implanter Xilopix, qui développe un moteur de recherche par l'image et crée 20 emplois cette année. (Crédits : DR)
Épinal, Nancy, Metz et Thionville tentent de consolider des initiatives locales et des collaborations tous azimuts pour décrocher le label French Tech.

Le pôle métropolitain du Sillon Lorrain (1,4 million d'habitants) a choisi l'économie numérique pour amorcer une stratégie commune de développement entre Épinal, Nancy, Metz et Thionville. Les égocentrismes ont longtemps freiné les collaborations dans la région.

« Le thème du numérique a l'avantage d'être transversal », reconnaît Anne Grommerch, maire (UMP) de Thionville et vice-présidente du sillon lorrain.

« Quand on perd des emplois, dans le développement économique, il n'y a plus de droite ni de gauche, et encore moins de concurrence territoriale entre les Lorrains », souligne-t-elle.

Avec 10.400 emplois dans le numérique, soit seulement 1,4 % de l'emploi total, et malgré quelques success stories aux racines locales (Miss Numérique, Aston iTrade Finance, Pharmagest), la Lorraine a tout à faire pour bâtir une image collective d'excellence.

« L'enjeu, avec 80000 étudiants, c'est d'inciter les jeunes talents à rester en Lorraine », propose Anne Grommerch.

Des liens transfrontaliers forts et historiques, établis au nord avec la Wallonie, le Luxembourg et la Sarre, constituent un vecteur de développement et un accès aux capitaux internationaux. Seed 4 Start, un forum transfrontalier du capital-risque soutenu par les chambres de commerce et des business angels des quatre pays concernés, sélectionne chaque année 20 entreprises pour les accompagner vers des levées de fonds. En 2014, plus de la moitié des projets sont lorrains, signe de besoins latents dans un foisonnement de projets privés dans l'e-commerce, la santé ou les logiciels.

Un package pour rendre la région plus attractive

Les yeux rivés sur les institutions, les élus tiennent aussi à défendre les compétences locales.

« Nancy est le correspondant de la Bibliothèque nationale sur la bibliothèque numérique », rappelle André Rossinot, président (UMP) de la Communauté urbaine du Grand Nancy.
« L'unité lorraine autour de la candidature French Tech fait rayonner une image sans commune mesure avec l'éclatement qui nous pénalisait il y a quinze ans », veut croire André Rossinot.

Rendre la Lorraine attractive dans le numérique ? À Épinal, les élus ont abordé la question avec culot. La toute jeune communauté d'agglomération a capitalisé sur la communauté scientifique locale, mais essentiellement nancéienne, pour proposer un package (immobilier d'entreprise, capital-risque en société d'économie mixte) et attirer des start-up. Xilopix, qui porte un projet de moteur de recherche par l'image, a quitté Paris pour succomber au charme de la préfecture vosgienne.

« Nous avons échangé un bureau de 80 m2 à Nation contre 400 m2 à Épinal, en divisant nos charges de loyer par six », résume Éric Mathieu, fondateur de Xilopix.

L'entreprises a renforcé ses partenariats avec les spécialistes lorrains de la recherche en sémantique (350 chercheurs au Laboratoire lorrain de recherche en informatique et ses applications - Loria).

« Nous sommes arrivés à quatre en 2011 et nous recrutons vingt personnes en 2014 », annonce Éric Mathieu.

L'absence d'un lieu totem unifié et dédié à l'économie numérique dans les quatre agglomérations est compensée par des initiatives locales. Trois associations d'entrepreneurs lorrains (Nancy numérique, Grand Est numérique, Fourneau numérique) soutiennent la candidature French Tech. À Nancy, l'écosystème s'appuie sur plusieurs technopôles (Renaissance, Artem, Brabois).

L'initiative privée de François Piot, président du groupe de transport et de tourisme Prêt à Partir (195 millions d'euros de chiffre d'affaires) complète les dispositifs publics : avec sa société d'investissement Pole Capital, créée en 2012, il offre des locaux gratuits et des conseils à de jeunes entrepreneurs évoluant dans l'e-commerce, l'environnement et la mobilité, assortis d'une participation de 30.000 à 50.000 euros. François Piot gère 17 participations dans des start-up installées à Gondreville (Meurthe-et-Moselle), dans les locaux historiques de son entreprise.

« Les collectivités me regardent d'un oeil favorable, mais elles ont peur que je leur fasse concurrence », reconnaît François Piot.

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>>> Pour en savoir plus sur la French Tech en métropoles

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