Avec Withings, Nokia veut se (re) connecter au grand public

En s’offrant le spécialiste français des objets connectés en lien avec la santé, le géant finlandais espère devenir un acteur qui compte dans ce domaine. L’ex-numéro un mondial de la téléphonie mobile espère surtout redevenir un acteur qui compte auprès du grand public.
Pierre Manière
Nokia a signé un chèque de 170 millions d'euros pour mettre la main sur la startup française.
Nokia a signé un chèque de 170 millions d'euros pour mettre la main sur la startup française. (Crédits : Reuters)

La chute est emblématique. Au milieu des années 2000, Nokia régnait en maître sur le monde de la téléphonie mobile. A son apogée, le géant finlandais représentait près de la moitié des ventes de portables à travers le globe. Mais Nokia a raté le coche de la révolution des smartphones - initiée par Apple et son premier iPhone sorti en 2009, puis Samsung. S'en est suivie une longue traversée du désert, marquée par de lourdes restructurations. Et en 2014, Nokia a officiellement mis un terme à son aventure dans la téléphonie mobile en cédant cette activité à Microsoft. Depuis, le géant finlandais s'est recentré dans les infrastructures télécoms. Avant de grossir dans ce domaine, en faisant main basse sur Alcatel-Lucent l'an dernier.

Mais Nokia ne veut pas en rester là. Le géant finlandais souhaite à nouveau séduire le grand public. Et il regarde avec gourmandise le marché de l'Internet des objets, présenté par tous les cabinets d'étude comme la prochaine grande révolution technologique. C'est la raison pour laquelle Nokia s'est offert Withings ce mardi, le spécialiste français de produits connectés en lien avec l'e-santé -avec ses tensiomètres, thermomètres et autres capteurs d'activité -, contre un chèque de 170 millions d'euros.

« On ouvre un nouveau chapitre »

La startup française, qui compte 200 collaborateurs et réalise 60% de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis sera rattachée à Nokia Technologies, la nouvelle branche du groupe dédiée à la création de nouveaux produits. Pour Ramzi Haidamus, son président, cette emplette constitue le point de départ d'une opération reconquête auprès du grand public. « Si vous regardez l'histoire de Nokia, on a débuté dans l'industrie papetière, puis on s'est spécialisé dans les produits en caoutchouc, les téléviseurs, les téléphones... Et aujourd'hui, on ouvre un nouveau chapitre : celui de la santé connectée. » Pourquoi ? « Parce que c'est un des marchés qui a le plus de potentiel dans le monde de l'Internet des objets. »

En rachetant Withings, Nokia affirme s'offrir à la fois un savoir-faire, un nom reconnu qui a raflé beaucoup de prix, ainsi qu'un portefeuille de produits et de services dédiés à la santé ou au bien-être. Bref, de quoi sauter quelques étapes pour se positionner au plus vite en « leader » dans ce domaine, espère Ramzi Haidamus. Ainsi, Cédric Hutchings, directeur général et co-fondateur de Withings, quittera d'ici peu ses bureaux de Boston pour s'installer à San Francisco, où siège Nokia Technologies. Et il prendra la tête de tout le pôle « santé connectée » du mastodonte finlandais.

Manque de ressources

Pour Withings, ce mariage est présenté comme une nécessité pour accélérer le développement du groupe. Responsable produit de la startup, Alexis Arquilliere n'y va pas par quatre chemins : « On manquait de ressources [pour conquérir de nouveaux clients, Ndlr] », souligne-t-il. Avant d'évoquer la volonté du groupe de se renforcer aux Etats-Unis et en Asie. Sous ce prisme, Nokia, qui dispose d'une empreinte mondiale, constitue un moyen de se montrer plus agressif pour doper les ventes. Ce qui n'est pas du luxe, étant donné la forte concurrence qui caractérise aujourd'hui le secteur du bien-être et de l'e-santé.

Parmi ses rivaux les plus connus, Withings doit notamment faire face à l'américain Fitbit. Ce spécialiste des bracelets connectés est entré en Bourse en juin dernier. Il est actuellement valorisé à plus de 3,7 milliards de dollars. Toujours outre-Atlantique, les géants américains du Net, Google et Apple en tête, investissent aussi désormais des fortunes dans des produits et services liés à l'e-santé.

Une « transaction consensuelle »

Le tandem Nokia-Withings aura-il les reins assez solides pour tirer son épingle du jeu ? Il est trop tôt pour le dire. Mais ce qui est sûr, c'est que Withings va désormais devoir se plier aux exigences de son nouveau propriétaire, un vaste groupe au fonctionnement bien éloigné d'une startup. Même si Cédric Hutchings affirme que « tout le monde est heureux d'être là » et loue une « transaction consensuelle », il perd de facto la main sur le bébé qu'il a fondé il y a 8 ans. N'a-t-il pas peur d'être un jour écarté si les choses tournent mal ? « En tant qu'entrepreneur, on ne se lève pas le matin en songeant que le pire peut arriver. On ne pense qu'au meilleur », balaye-t-il.

Pierre Manière

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Commentaire 1
à écrit le 28/04/2016 à 12:33
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Monsieur Manière, la date de sortie du premier IPhone c'est 2007 et non 2009.

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