« La France a de quoi être une des plus grandes plateformes mondiales de l'intelligence artificielle », entonnait, en ouverture du sommet Artificial Intelligence Marseille, le 15 novembre à Marseille, le ministre de l'Economie, Antoine Armand. Pour faire de la France une grande puissance de l'IA, « il faut qu'on s'appuie sur ce qu'on a de plus précieux : ses talents », tout en continuant de soutenir l'infrastructure et l'écosystème d'innovation, assurait, de son côté, la secrétaire d'Etat à l'IA et au numérique, Clara Chappaz.
A quelques mois du sommet mondial de l'IA, que l'Hexagone accueillera les 10 et 11 février prochains, tout l'enjeu est de savoir de quelle manière le pays peut tirer son épingle du jeu dans la féroce bataille mondiale de l'IA. En effet, l'été dernier, un an après l'irruption de ChatGTP dans le paysage, l'Autorité de la concurrence mettait en garde contre l'« avantage immense » pris par les poids lourds américains du numérique dans l'IA générative. De quoi, en effet, verrouiller la concurrence dans ce domaine. Mais la France et l'Europe sont-elles condamnées à subir la domination américaine - ou ont-elles des marges de manœuvre pour ne pas décrocher ?
Il est clair qu'elles pâtissent de plusieurs faiblesses auxquelles il est urgent de remédier. A commencer par « la capacité de prise risque dans l'investissement dans l'innovation », estime Nozha Boujemaa, coprésidente du groupe Expert IA de l'OCDE. « En France et en Europe, quand on a une bonne idée, le ticket d'entrée, 'pour voir', c'est 5M€. Ce n'est pas du tout à la hauteur des enjeux. Dans le monde anglo-saxon, 'pour voir', c'est 50M de dollars et plus », précise cette chercheuse, également « global VP AI Innovation and Trust » chez Decathlon.