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Baisse des commandes, tensions avec la Chine : le bénéfice du géant des semi-conducteurs ASML dégringole au premier trimestre

Maxime Heuzé avec AFP

Publié le 17 avril 2024 à 10:39 - Mis à jour le 17 avril 2024 à 10:41

ASML a vu son cours chuter de 6% avant l'ouverture de la Bourse d'Amsterdam, avant de remonter à -3,7% vers 10h30, à 878 euros.

ASML a vu son cours chuter de 6% avant l'ouverture de la Bourse d'Amsterdam, avant de remonter à -3,7% vers 10h30, à 878 euros.

Piroschka Van De Wouw

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Le fabricant de machines de production de puces électroniques a affiché, ce mercredi, un bénéfice net de 1,2 milliard d'euros au premier trimestre 2024, soit quasiment inférieur de moitié à son bénéfice du premier trimestre 2023. Si l'équipementier affirme qu'il est au creux de la vague et que le reste de l'année devrait être meilleur, les investisseurs se montrent inquiets.

Les investisseurs ont lourdement sanctionné ASML. A peine le résultat du premier trimestre publié, ce mercredi, le fabricant de machines de production de puces électroniques a vu son cours chuter de 6% avant l'ouverture de la Bourse d'Amsterdam, pour ensuite remonter à -4,1% vers 11h30, à 875 euros.

Et pour cause, l'équipementier, dont le siège se situe à Veldhoven dans le sud des Pays-Bas, a fait état d'un bénéfice net de 1,2 milliard d'euros au premier trimestre soit une forte chute par rapport aux 2 milliards d'euros qu'il avait affichés au premier trimestre 2023. Le groupe a aussi enregistré une baisse des commandes sur un an, à 3,6 milliards d'euros le trimestre dernier contre 3,75 milliards à la même période l'année dernière.

Si ses ventes se sont établies à 5,3 milliards - conforme aux attentes - avec une marge brute de 51 % au-dessus des attentes, cela n'a pas suffi à rassurer les investisseurs. Ces derniers s'inquiètent des résultats futurs de l'entreprise après une année 2023 particulièrement porteuse. Au dernier trimestre de l'année 2023, les commandes s'étaient en effet établies à 9,2 milliards d'euros. Surtout, ASML avait affiché un bénéfice de 7,8 milliards sur l'ensemble de l'année dernière, soit une hausse de 39% par rapport à 2022 propulsant son cours de 51% rien que sur l'année dernière.

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Les perspectives pour 2024 inchangées

Le directeur financier Roger Dassen a d'ailleurs appelé les investisseurs à garder à l'esprit que les commandes cumulées au cours des deux derniers trimestres se sont élevées à 13 milliards d'euros, soit « un chiffre assez significatif ». Il a déclaré que les commandes étaient « généralement assez irrégulières », ce qui signifie que de grandes variations peuvent se produire d'un trimestre à l'autre.

Et malgré ces nouvelles difficultés, les hauts responsables d'ASML ont régulièrement insisté sur le fait que l'entreprise est bien placée pour résister à la tempête géopolitique. « Nos perspectives pour l'ensemble de l'année 2024 restent inchangées », a déclaré le PDG Peter Wennink, cité dans un communiqué, rappelant qu'il s'attendait à « année de transition » pour le groupe avant une « croissance significative » attendue en 2025.

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D'ailleurs, « le second semestre devant être plus solide que le premier, conformément à la poursuite de la reprise du secteur après le ralentissement économique», a-t-il affirmé.

Mais « même si le PDG tente de rassurer, les investisseurs commencent à se dire que le deuxième trimestre risque de ne pas être terrible non plus », alerte Antoine Fraysse-Soulier, analyste chez le courtier eToro, interrogé par La Tribune.

Reste que le géant néerlandais ne s'avoue pas vaincu, loin de là. « Au deuxième trimestre ASML va annoncer les résultats d'une nouvelle machine très avancée sur la lithographie, ce qui va être très important pour les perspectives de 2025 », rappelle l'analyste. Pour poursuivre sa croissance, le géant européen a aussi signé, fin 2023 un accord avec le leader sud-coréen de la tech Samsung. Ils se sont engagés à investir environ 700 millions d'euros pour construire un centre de recherche de pointe sur les semi-conducteurs, basé en Corée du Sud.

ASML en plein coeur de la guerre commerciale avec la Chine

En dehors des difficultés conjoncturelles de l'industrie, les semi-conducteurs pâtissent aussi de la guerre commerciale et technologique que se livrent la Chine, les Etats-Unis et l'Europe.

Les Pays-Bas se sont récemment joints aux Etats-Unis et au Japon pour imposer des limites à l'exportation concernant les équipements de pointe de fabrication de puces, visant à empêcher Pékin d'acquérir les puces les plus avancées. D'ailleurs, le 1er janvier dernier, ASML a vu sa licence pour expédier vers Pékin ses machines de photolithographie permettant de produire des puces de pointe être révoquée par le gouvernement néerlandais, à la demande de Washington. Avec ces mesures, les Etats-Unis souhaitent « limiter le développement technologique de la Chine dans un contexte de hausse des tensions géopolitiques », expliquait à La Tribune, Estelle Prin, fondatrice de l'Observatoire européen des semi-conducteurs, en janvier. En réponse, la Chine a qualifié les restrictions imposées aux exportations de « terrorisme technologique ».

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Ces trois représailles chinoises qui menacent l'UE après l'arrêt des exportations de machines à fabriquer les puces d'ASML vers la Chine

Et ce conflit géopolitique impacte déjà l'équipementier. Si le pourcentage de ses ventes vers la Chine a augmenté, passant de 39% du total de ses ventes au quatrième trimestre de l'année dernière à 49% en ce début 2024, elles risquent de s'effondrer dans le futur. Pékin a, en effet, engendré des commandes massives l'année dernière avant que son interdiction ne soit prononcée.

« Ce sont donc ces commandes massives qui se sont transformées en ventes au premier trimestre, mais nous voyons que les nouvelles commandes sont largement sous les attentes des analystes et c'est avant tout lié à la Chine », analyse Antoine Fraysse-Soulier.

Conscient des difficultés de son géant, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a abordé la question de l'industrie des semi-conducteurs lors d'une rencontre avec le président chinois Xi Jinping le mois dernier à Pékin. Ce dernier a déclaré qu'aucune force ne pouvait arrêter le rythme des progrès scientifiques et technologiques de la Chine, tandis que Mark Rutte a assuré que les mesures prises ne visaient pas un pays en particulier.

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Le gouvernement néerlandais couvre de cadeaux son champion pour le retenir

Le géant des semi-conducteurs est très important pour les Pays-Bas. ASML emploie, en effet, environ 40.000 personnes dans le monde, dont plus de la moitié sont basées dans son immense complexe de Veldhoven, au sud-ouest d'Eindhoven, et une part importante d'entre elles vient de l'étranger.

Pour retenir aux Pays-Bas des groupes mondiaux comme ce dernier, le gouvernement néerlandais a donc dévoilé en mars un plan d'une valeur de 2,5 milliards d'euros, dans un contexte de craintes d'une réduction drastique de l'immigration après la victoire de l'extrême droite aux dernières législatives. Le plan, baptisé « Opération Beethoven », vise principalement à empêcher ASML de partir s'installer à l'étranger afin d'attirer des talents.

(Avec AFP)

Maxime Heuzé avec AFP

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