Entrée en Bourse : "Spotify n'a jamais été une entreprise normale"

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Pour Daniel Ek, PDG et fondateur de Spotify, l'entrée en Bourse ne doit pas devenir le jour le plus important de son entreprise.
Pour Daniel Ek, PDG et fondateur de Spotify, l'entrée en Bourse "ne doit pas devenir le jour le plus important" de son entreprise. (Crédits : DR)
Fondé en 2006, le leader mondial du streaming musical réalise son introduction à la Bourse de New York ce mardi. Fait inhabituel, Spotify a opté pour une cotation directe. Une procédure plus économe... mais aussi plus imprévisible. La plateforme suédoise, qui n'est toujours pas rentable, pourrait être valorisée entre 20 à 25 milliards de dollars.

C'est le grand jour pour Spotify. Le numéro un mondial du streaming musical, fondé en 2006, fait son entrée à la Bourse de New York, ce mardi, sous le symbole "SPOT". La plateforme suédoise figure parmi les introductions "tech" les plus attendues de l'année, aux côtés notamment de Dropbox. Car Spotify privilégie une cotation directe, une procédure atypique qui pourrait inspirer d'autres licornes du secteur.

En effet, cette forme d'introduction en Bourse inhabituelle ne prévoit pas d'émission de nouvelles actions : elle permettra uniquement aux actionnaires actuels de revendre leurs titres. Réputée comme plus simple, la cotation directe permet aussi à l'entreprise nouvellement cotée d'économiser certains coûts, comme ceux liés aux commissions.

"Spotify ne lève pas de capitaux, et nos actionnaires et employés sont libres d'acheter et de vendre nos actions depuis des années. Alors que demain [mardi] nous placera sur le devant de la scène, cela ne change pas notre identité, ce que nous sommes, ou comment nous opérons" a écrit Daniel Ek, PDG et fondateur de Spotify dans une lettre destinée aux employés, et publiée sur Internet lundi, la veille de l'introduction en Bourse.

Valorisation attendue : entre 20 et 25 milliards de dollars

Sur la forme, Spotify entend également se démarquer. Contrairement à la coutume, Daniel Ek a affirmé ne pas vouloir sonner la cloche pour l'ouverture de la Bourse:

"Normalement, les entreprises font sonner les cloches (du NYSE). Normalement, les entreprises passent leur journée à donner des interviews pour expliquer pourquoi leur titre est un bon investissement. Normalement, les entreprises ne penchent pas pour une cotation directe (...) Spotify n'a jamais été une entreprise normale", a-t-il expliqué hier dans sa lettre.

Avec ce type de procédure, aucune fourchette indicative de prix n'est fixée. Le prix de l'action sera donc déterminé en fonction de l'offre et de la demande. Ce qui rend l'introduction de Spotify beaucoup plus imprévisible. La plateforme suédoise devrait être valorisée entre 20 à 25 milliards de dollars.

Pleins feux sur la procédure de la "cotation directe"

Les débuts en Bourse de l'entreprise vont mettre la cotation directe "en évidence pour les entrepreneurs et les investisseurs envisageant une future offre publique", assure une porte-parole du NYSE au Wall Street Journal. Ce qui pourrait inspirer d'autres licornes pressenties à une entrée en Bourse dans les années à venir, comme Uber ou Airbnb.

Pour autant, Daniel Ek temporise :

"Ce qui est encore plus important pour moi, c'est que [l'entrée en Bourse] ne devienne pas le jour le plus important de l'histoire de Spotify."

Spotify toujours en quête de rentabilité

Si la plateforme de streaming continue de croître, elle n'en reste pas moins déficitaire. Son business model repose sur du "freemium", qui mélange offre payante et offre gratuite reposant sur la publicité. Spotify revendiquait 71 millions d'abonnés au 31 décembre 2017 - soit un bond de plus de 10 millions d'abonnés par rapport à juin dernier !

La plateforme de streaming souhaite poursuivre sur cette lancée pour se concentrer sur le recrutement de nouveaux abonnés. Elle table sur une fourchette de 92 à 96 millions d'utilisateurs payants d'ici à la fin de l'année. Disponible dans 65 pays, le suédois continue donc de creuser l'écart avec son principal concurrent, Apple Music, arrivé sur le tard en 2015. La firme à la pomme revendiquait en septembre dernier seulement 30 millions d'abonnés.

Pour autant, Spotify n'est toujours pas rentable depuis sa création. L'entreprise a accusé une perte d'exploitation de 378 millions d'euros l'année dernière. Spotify prévoit de l'abaisser entre 230 à 330 millions d'euros cette année, dont 35 à 40 millions d'euros liés à son introduction en Bourse. Après une hausse de son chiffre d'affaires de 39% l'année dernière, l'entreprise vise sur une croissance de 20 à 30% pour atteindre un chiffre d'affaires de 4,9 à 5,3 milliards d'euros en 2018.

Lire aussi : Streaming musical : Spotify, une croissance en trompe-l'œil

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Commentaires
a écrit le 04/04/2018 à 9:18 :
C'est toujours se f... du monde de mettre en Bourse une société encore en perte et en mode projet.
Mais, au moins, on a échappé à la procédure opaque et inutile du "bookbuilding" : c'est un progrès.
a écrit le 03/04/2018 à 13:44 :
La finance ayant anéanti l'industrie n'a plus grand chose sur quoi se raccrocher, un succès annoncé pour la multinationale donc, par contre pour les acheteurs c'est pas sûr, parce que acheter une entreprise qui perde de l'argent depuis des années me fascinera toujours or le néolibéralisme est rempli d'exemples de la médiocrité financière de ce genre.

BAYER MONSANTO, TWITTER, SNAPCHAT et-c... des boulets financiers qui sont tenus à bout de bras par les investisseurs gogos qui s'y sont fait prendre et qui continuent parce que ne voulant pas perdre d'argent alors que pourtant ayant été incapables de comprendre ce qu'ils achetaient.

La bêtise de nos possédants n'a pas de limite.

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