Informatique : Pour tout comprendre sur le "cloud computing"

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Infographie La Tribune/BHEDOUIN
Infographie La Tribune/BHEDOUIN
Le marché mondial du « cloud computing » devrait plus que doubler d'ici à 2014, pour tutoyer les 150 milliards de dollars. Cette modification de la façon de consommer de l'informatique porte en elle de nombreuses révolutions pour les entreprises. Elle soulève néanmoins des questions de sécurité.

Féru d'informatique ou au contraire allergique à la high-tech, vous avez forcément entendu parler du « cloud computing ». Il ne se passe pas un jour sans qu'une société - comme Amazon mardi - n'annonce ses ambitions en matière d'« informatique en nuage ». Qu'est-ce que le cloud computing ? À la manière du monsieur Jourdain de Molière, nous faisons du « cloud » tous les jours, sans le savoir. Ne serait-ce qu'avec notre messagerie électronique. Les textes, photos et vidéos contenus dans nos courriels ne sont pas stockés sur le disque dur de nos ordinateurs, trop petits, mais sur les énormes serveurs de Google ou de Yahoo. On ignore dans quel endroit du monde nos données sont entreposées mais on peut y accéder à toute heure du jour et de la nuit, via Internet. C'est le principe du cloud computing sur la base duquel fonctionnent également les jeux en ligne ou la vidéo et la musique en streaming.

De la même façon, le cloud permet aux entreprises de stocker et de traiter la masse croissante de leurs données informatiques sur des serveurs qui ne se trouvent plus dans leurs locaux, mais dans des centres de données de plusieurs milliers de mètres carrés, gérés par des mastodontes de l'Internet et de l'informatique comme les américains Amazon, Google ou Microsoft. Ces pionniers du cloud louent aux entreprises les capacités de stockage et de puissance de calcul des dizaines de milliers de serveurs situés dans leurs « data centers ». Les entreprises clientes, qui accèdent à ces ressources informatiques via Internet, ne paient que ce qu'elles consomment, à la manière d'une facture d'électricité. Des PME peuvent ainsi accéder à des puissances informatiques réservées auparavant aux grandes entreprises. Le cloud computing touche également les applications informatiques : au lieu d'acheter des logiciels de comptabilité, de paye, etc., les entreprises les louent en ligne auprès de sociétés informatiques (voir ci-contre).

Conséquence, à l'heure où le nombre de données explose, « les sociétés qui utilisent les ressources informatiques de nos data centers, au lieu d'investir dans leurs propres serveurs et logiciels, réduisent leurs dépenses informatiques de 40 % », assure Fabrice Coquio, directeur général de l'exploitant de centres de données Interxion France. Des économies également évaluées entre 35 % et 50 % par le ministère de l'Industrie et de l'Économie numérique. Pour le cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC), pas de doute, donc, « le cloud computing, qui change la manière de consommer et de produire l'informatique, constitue une évolution majeure de ce secteur ». Si bien que le marché mondial du cloud computing devrait plus que doubler entre 2010 et 2014, pour tutoyer les 150 milliards de dollars (105 milliards d'euros), selon le cabinet Gartner. En France, le cloud devrait représenter 19 % des dépenses informatiques, en 2015, renchérit Virginie Haas, vice-présidente des services de cloud computing chez IBM.

Mais, si près d'un tiers des entreprises françaises utilisent déjà le cloud dans le domaine des logiciels, 5 % seulement d'entre elles osent recourir à des serveurs externes, selon le cabinet Markess. Essentiellement pour une question de sécurité. Autre obstacle : pour une multinationale, se convertir au cloud nécessite de réorganiser un système informatique complexe. Enfin, le même cabinet Gartner qui prédit une explosion du marché cloud met cependant les entreprises en garde contre l'opacité de certains contrats de cloud computing, notamment au sujet des responsabilités des fournisseurs. Des défauts de jeunesse.

Christine Lejoux

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La sécurité, principal frein à la délocalisation des données

Près des trois quarts des entreprises préfèrent commencer par un service d'informatique à distance non partagé.

Comme toute innovation technologique, l'informatique à distance suscite des craintes. Interrogées par le cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC) sur la nature des obstacles au développement du « cloud » en France, 44 % des sociétés évoquent spontanément les problématiques de sécurité et de confidentialité de leurs données informatiques. « La sécurité constitue aujourd'hui le premier frein à l'adoption du cloud, en particulier dans le secteur public », reconnaît Virginie Haas, vice-présidente des services de cloud computing chez IBM. Ce frein est d'autant plus important que les principaux acteurs du cloud ne sont pas français mais américains. Pas évident de confier des données sensibles à un prestataire étranger.

Garantir à chaque client que ses données ne seront accessibles à aucun autre, le convaincre qu'IBM n'y a pas accès, l'assurer qu'il peut rapatrier ses données du « data center » sur son propre système d'information s'il le souhaite, et que, dans ce cas, ses données ne seront pas gardées par IBM mais détruites au moyen d'un algorithme spécifique. Reste le problème de la sécurité du réseau Internet, qui joue le rôle de courroie de transmission entre les centres de données et les clients, et qui est géré par les opérateurs de télécommunications.

Montrer patte blanche

La sécurité n'est pas qu'une histoire de cryptage de données, dans le domaine du cloud. Il est aussi beaucoup question de sécurité physique, avec des data centers qui ont tout de Fort Knox. Entre les gardiens et les systèmes de contrôle biométrique, « il faut vraiment montrer patte blanche pour pénétrer dans nos centres de données », assure Fabrice Coquio, directeur général d'Interxion France. Il n'empêche. Près des trois quarts des sociétés françaises interrogées par le cabinet PAC préfèrent avoir recours à un cloud privé, dans le cadre duquel les ressources informatiques du fournisseur sont dédiées à une seule entreprise. Une étape avant de se laisser, peut-être, conquérir par un cloud public, c'est-à-dire partagé avec d'autres clients.

Christine Lejoux

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Le logiciel à la demande surfe sur le « cloud »

Le marché du Software as a Service devrait progresser de 20 % par an en France.

Sous la dénomination barbare de SaaS - pour « Software as a Service » ou logiciel à la demande - se cache un service en ligne innovant et compétitif. Que les entreprises s'approprient progressivement. Le modèle SaaS fonctionne comme celui des opérateurs télécoms : un forfait mensuel pour bénéficier des services en ligne associé à une facturation du logiciel à l'usage. Les avantages pour le consommateur sont évidents : les mises à jour du logiciel sont incluses dans le service, il n'a pas à se soucier de renouveler les licences. C'est évidemment une source de réduction des coûts surtout pour un directeur des systèmes d'information qui gère un parc de dizaines voire de centaines de postes informatiques. Le marché des logiciels et services à la demande (qui inclut les infrastructures et les plates-formes à la demande), en France, enregistrerait un chiffre d'affaires de 2,3 milliards d'euros en 2011, sur un total de 13,8 milliards pour l'Europe. Et ce marché progresserait de 20 % par an jusqu'en 2013, contre 22 % en Europe, selon le cabinet Markess.

L'externalisation de la messagerie est une application très utilisée dans le « cloud ». Google, Microsoft mais aussi IBM (Lotus) ont créé des offres professionnelles. Viennent ensuite les applications de bureautique. Nombre d'entreprises sont abonnées aux Google Apps. Devant ce succès, Microsoft a lui aussi proposé une version SaaS de sa suite bureautique Office. Les logiciels professionnels s'envolent donc eux aussi dans le nuage.

L'éditeur américain Salesforce est un des pionniers du logiciel à la demande. Dès 1999, le groupe américain proposait des solutions déportées de gestion de la relation client (CRM) avec à la clé des promesses de substantielles économies en termes d'achats de licences, de maintenance et de mises à jour logicielles. Depuis, Salesforce a bénéficié de l'essor d'Internet et du cloud computing pour étoffer son offre. La gestion des ressources humaines ou celle des salaires sont des applications qui trouvent un avantage. À chaque évolution du droit du travail ou du droit fiscal, les mises à jour logicielles sont effectuées en ligne directement par l'éditeur.

Laurent Pericone

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Un demi-million d'emplois seraient créés en France d'ici à 2015

Le « cloud » génère de nouvelles activités et des gains de productivité.

Selon une étude du britannique Centre for Economics and Business Research (CEBR), réalisée en collaboration avec EMC2, l'impact de la transformation de la plupart des fonctions informatiques logées actuellement au sein des entreprises s'élèverait à 162,7 milliards d'euros sur l'économie française. Un impact comparable à celui observé dans les autres pays d'Europe.

« Grâce aux différentes formes de ?cloud computing?, les services informatiques dans les entreprises ne seront plus des charges fixes. Grâce aux économies réalisées, les services informatiques se consacreront plus au développement au bénéfice des métiers et de la stratégie, ils deviendront l'un des principaux moteurs de croissance des entreprises », explique Jean-Yves Pronier, directeur marketing chez EMC2, l'un des spécialistes mondiaux du stockage informatique.

Dans le détail, le CEBR évalue à 24,6 milliards d'euros les opportunités de développement permises par le cloud computing et à 51,4 milliards la création de commerce pure d'ici à 2015. « Il faut également tenir compte des importantes réductions de coûts que ce phénomène permet », ajoute Arnaud Allouche, le directeur général France de VCE, un joint-venture associant EMC2, Cisco et VMware. Des économies dont le montant est estimé à 26,3 milliards sur la période par le CEBR.

En termes d'emploi, l'impact est également loin d'être négligeable, en priorité dans les secteurs les plus sensibles à ce phénomène comme le secteur bancaire, les services financiers mais également l'industrie manufacturière, le commerce et l'hôtellerie.

Selon le CEBR, ce sont au total 469.000 postes qui pourraient être créés d'ici 2015. À titre de comparaison, l'économie française a détruit 514.000 emplois en 2008 et 2009 selon le Trésor. « Ces créations de postes s'expliquent de deux façons. D'une part, les créations d'entreprises spécialisées et donc un afflux de personnel pour créer et gérer les services proposés dans le cloud. D'autre part, parce que les entreprises qui auront adopté ces modèles, en particulier celui du cloud privé, réduiront leurs coûts et pourront ainsi concentrer leurs équipes d'informaticiens sur l'innovation ; on peut logiquement s'attendre à ce que ces entreprises se développent plus rapidement et donc embauchent, mécaniquement », explique Arnaud Allouche.

Fabien Piliu

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Commentaires
a écrit le 01/05/2011 à 15:16 :
crypte: voir ce qui est enfoui,souterrain,...caché.
crypter: cacher.
a écrit le 07/04/2011 à 11:33 :
Je jette un pavé dans la mare ...
C'est bien de parler de sécurité informatique. C'est encore mieux d'employer les mots corrects et de se renseigner.
Le "cryptage" en sécurité n'existe pas dans la langue française et est employé à tort (cf Wikipedia ou l'Académie française ...). On parle de chiffrement de données et non de cryptage !
Réponse de le 08/04/2011 à 13:09 :
Je suis désolée mais vous avez tort. Veuillez trouver ci-dessous la définition du Larousse :
cryptage : Système de protection informatique destiné à garantir l'intégrité et l'inviolabilité de données pendant leur transmission ou leur stockage. (Les méthodes de sécurisation adoptées garantissent un niveau de confidentialité plus ou moins élevé et sont fondées sur l'emploi d'une ou deux clés de cryptage sous la forme de suites de chiffres, utilisées lors de l'envoi et de la réception.)
Cordialement,
Christine Lejoux
Réponse de le 08/04/2011 à 17:34 :
Chère Christine,
Merci pour votre réponse. Cependant, je maintiens mes propos et ce pour 2 raisons :

1 ? Vous citez le Larousse qui, pour le coup, donne une définition fausse. Le cryptage est un anglicisme tiré du mot encryption, mais beaucoup de dictionnaires font malheureusement la faute. Je vous cite moi le dictionnaire de l?Académie française qui fait, il me semble, référence en la matière. Je vous invite à consulter les nombreuses discussions autour du chiffrement (sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Chiffrement , ou bien ici : http://www.bortzmeyer.org/cryptage-n-existe-pas.html )
2- J?ai travaillé moi-même dans le domaine de la sécurité informatique. Je vous mets au défi de trouver un seul expert de sécurité informatique, digne de ce nom, qui vous parlera de cryptage. C?est pour ainsi dire un grand classique : les prophanes utilisent, à tort, le mot cryptage (malheureusement largement répandu dans les « dictionnaires », les slogans marketing, les médias ?) quand les personnes compétentes utilisent le vrai mot : chiffrement.

Pour conclure : le mot cryptage est faux ! Les mots ont un sens. L?emploi quasi-systématique et inconditionnel du mot cryptage est à bannir?
Réponse de le 22/04/2011 à 6:48 :
En même temps, l'académie Française et ses délires. Certes, il faut tenter de défendre notre belle langue, mais je persiste à penser que c'est l'usage qui doit guider la mise en place de la langue et non une assemblée de bons penseurs....
Il existe aujourd'hui de nombreux termes qui sont rentrés dans le langage courant mais que l'Académie se refuse à intégré, préférant des traductions parfois douteuses des termes anglais....

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