ENTRETIEN - Dans la bataille de l'intelligence artificielle, Anthropic a tout pour jouer les premiers rôles. Fondée en 2021 par cinq anciens cadres d'OpenAI, partis sous fonds de désaccord stratégique, la startup a fait des débuts relativement discrets. Mais ces derniers mois, elle multiplie les coups d'éclat, au point de s'affirmer comme le parfait rival du créateur de ChatGPT, et de lorgner sur la place de numéro un des modèles d'IA. Ambitions, course à la performance, modèle économique... La Tribune fait le point avec Tom Brown, cofondateur et CTO d'Anthropic, rencontré lors de sa...
... visite en France à l'occasion de l'AWS Summit Paris 2024.
LA TRIBUNE- Anthropic avait levé plus de 1,5 milliard de dollars entre sa création en 2021 et le début de l'année 2023, mais tout s'est accéléré en septembre lorsque Amazon a investi quatre milliards de dollars, suivi peu après par Google avec deux milliards de dollars. Ces investissements font de vous la deuxième startup d'IA la mieux financée au monde, derrière OpenAI, qui a reçu plus de treize milliards de dollars de la part de Microsoft. Peut-on parler d'un avant et d'un après l'arrivée d'Amazon dans les ambitions d'Anthropic ?
TOM BROWN - Oui, clairement. Cet investissement, c'est du charbon en plus pour alimenter le moteur de notre machine : l'argent est un des principaux ingrédients pour faire un modèle de qualité, car il permet d'accéder aux grands volumes de puissance de calcul indispensables à notre échelle. Le deuxième ingrédient, tout aussi important, c'est la capacité de nos équipes à traduire ces ressources exceptionnelles en performances dans nos modèles.
Historiquement, nous avions un grand désavantage financier face à OpenAI, mais nous sommes parvenus à rester dans le coup en ayant une meilleure efficacité algorithmique. En réalité, Claude 3 ne reflète pas nos nouveaux moyens ! Les investissements que nous avons reçus l'an dernier ne se sont pas encore concrétisés en modèles, car le développement prend du temps. Ils vont permettre à nos prochains modèles d'être encore meilleurs que nous l'espérions.
Parlons de Claude 3, votre modèle sorti le mois dernier. Vous avez fait le choix de présenter trois déclinaisons (Opus, Sonnet et Haiku), avec des performances et des coûts différents. Pourquoi ne pas se contenter d'une seule version ?
Nous avions deux objectifs. Premièrement, avoir le meilleur modèle du monde sur les tâches les plus difficiles et ainsi détrôner GPT-4 [le meilleur modèle d'OpenAI, ndlr]. C'est ce que fait Claude 3 Opus, comme nous l'avons démontré sur plusieurs benchmarks. Ensuite, nous voulions un modèle pour concurrencer GPT 3.5 Turbo [le modèle à bas coût de OpenAI, ndlr] sur les tâches les plus simples. Claude 3 Haiku est deux fois moins cher, tout en étant significativement plus intelligent. Pour compléter la famille, Claude 3 Sonnet offre un intermédiaire entre les deux en termes d'intelligence et de coûts.
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