Cloud : comment la pépite française Platform.sh fait son trou dans le monde entier

La startup parisienne, qui réalise déjà 55% de son chiffre d'affaires en Amérique du Nord, lève 140 millions d'euros supplémentaires pour devenir l'une des références mondiales du développement et de la gestion des applications web des entreprises, face à des concurrents essentiellement américains. Prochain objectif : la consolidation, avec le rachat de pépites complémentaires ou concurrentes pour améliorer son offre.
Sylvain Rolland

5 mn

(Crédits : ForePaas)

Difficile de trouver un secteur davantage dominé par les Américains que celui du cloud. Dans les services d'infrastructures (IaaS) comme dans le développement d'applications à la demande (PaaS), tous les géants occidentaux viennent des Etats-Unis. Dans les infrastructures, trois des Gafam -Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud- règnent sans partage. Et si le marché du PaaS est plus ouvert avec d'autres géants très solidement installés, ces derniers sont essentiellement américains, à l'image de SAP, IBM, Oracle, Salesforce ou encore Snowflake.

C'est pourquoi la croissance exponentielle et les ambitions d'un petit poucet français, Platform.sh, sont d'autant plus remarquables. Déjà membre du French Tech 120, la discrète pépite parisienne annonce ce mardi 21 juin le succès de sa cinquième levée de fonds, d'un montant impressionnant -dans ce contexte difficile- de 140 millions de dollars (près de 133 millions d'euros), avec l'ambition de devenir un géant du PaaS.

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Gestion quotidienne de milliers d'applications web

Fondée à Paris en 2010 par Frédéric Plais, Ori Pekelman et Damien Tournoud, Platform.sh a développé une technologie unique, issue de deux ans de R&D, destinée à faciliter le déploiement d'applications web pour ses clients. Concrètement, l'entreprise fait payer, sous la forme d'un abonnement à partir de 50 euros par mois pour les TPE/PME -mais plusieurs milliers d'euros pour les grands comptes-, l'accès à une plateforme dotée de tous les outils techniques -développement, test, déploiement- pour créer puis gérer au quotidien une ou une multitude d'applications. "Notre technologie fait gagner environ 30% de temps aux équipes digitales de nos clients en automatisant la création et la gestion des webapps, avec un coût énergétique bien moindre, ce qui leur permet de se concentrer uniquement sur la création de valeur et non pas sur la technique et la maintenance" explique Frédéric Plais à La Tribune.

La startup concourt ainsi dans un segment du marché du PaaS aujourd'hui dominé par les géants américains Red Hat (racheté par IBM), Heroku (propriété de Salesforce), ou encore Netify. Ce qui ne l'empêche pas de croître à grande vitesse : en trois ans, Platform.sh est passé de 650 à 5.500 clients dans le monde, pour un chiffre d'affaires récurrent qui a atteint en 2021 40 millions de dollars pour une croissance de 60% par an.

Si l'essentiel des clients sont des petites organisations, la solution est particulièrement adaptée pour celles qui doivent gérer des centaines voire des milliers de sites et d'applications web.

"Notre particularité sur le marché est de réduire la complexité du cloud. Notre plateforme est agnostique : elle est compatible avec toutes les technologies de développement du marché, ce qui est très pratique quand on gère énormément d'applications qui n'ont pas été lancées au même moment et qu'on a besoin d'interopérabilité. On supprime le besoin d'opérations informatiques et de cloud management, et on est partenaires de tous les hébergeurs d'infrastructures comme Amazon Web Services et Microsoft Azure, ce qui est précieux dans une ère où le cloud devient de plus en plus complexe", décline l'entrepreneur.

Lire aussi : Cloud : la domination d'Amazon, de Microsoft et de Google s'accentue en France

Racheter des concurrents pour devenir un géant

Ainsi, les sites et les applications web peuvent être réalisés par des équipes de développement distribuées (y compris des agences externes), dans différents langages de programmation, et en utilisant différents frameworks. "Les organisations de toutes tailles peuvent aussi réduire leurs émissions de carbone grâce à la densité de nos serveurs", revendique la startup, qui souhaite obtenir la certification B-Corp destinée aux entreprises durables.

Si la croissance de Platform.sh est aussi forte, c'est aussi car l'entreprise est internationale depuis ses débuts, estime son directeur général. Adobe, Nestlé ou encore l'Unicef font partie de ses 450 clients "entreprise", c'est-à-dire qui paient plus de 20.000 euros par an. Aujourd'hui, 55% du chiffre d'affaires est engendré en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), contre 35% en Europe et le reste ailleurs.

Alors que les conditions de marché sont très difficiles actuellement pour les startups, Plateform.sh affirme avoir réalisé sa levée de fonds de 140 millions de dollars sans aucune difficulté. "Nous avons levé à une valorisation meilleure qu'espéré car notre profil intéressait particulièrement les investisseurs dans ce contexte tendu", indique Frédéric Plais. Comprendre : les investisseurs se ruent actuellement sur les entreprises "cash efficient", c'est-à-dire qui sont sur des marchés très porteurs, grandissent à grande vitesse et sans faire exploser leurs coûts. Et Platform.sh coche toutes ces cases.

Avec cet argent, l'entreprise souhaite surtout "soutenir sa croissance organique". Mais Frédéric Plais est à l'affût de toute opportunité d'acquisition stratégique. "Nous proposons des services dans tous les segments de marché du PaaS, mais nous avons des marges de progression dans certains, donc nous voulons acheter des entreprises concurrentes ou complémentaires, en France ou ailleurs, pour améliorer nos offres", décline l'entrepreneur. Trois nouveaux fonds d'investissement se sont laissés embarquer dans l'aventure : Digital+ Partners (Allemagne), Morgan Stanley Expansion Capital (Etats-Unis) et Revaia (France). Les fonds existants français (BGV, Eurazeo, Hi Inov et Partech) ont aussi remis au pot.

Sylvain Rolland

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Commentaires 2
à écrit le 21/06/2022 à 18:08
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"...ces derniers sont essentiellement américains, à l'image de SAP, IBM, Oracle, Salesforce ou encore Snowflake." Il me semble SAP est Allemand, et non pas Américain.

à écrit le 21/06/2022 à 8:12
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Belle idée, mais...je viens de faire un tour sur le site, tout en anglais ou presque, tarifs en dollars.... difficile d'imaginer que c'est une entreprise Française.

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