La startup de la semaine : Platform.sh, l’autre champion français du cloud

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Platform.sh, créée en 2010, espère se hisser à une autre échelle grâce à son hypercroissance annuelle.
Platform.sh, créée en 2010, espère se hisser à une autre échelle grâce à son hypercroissance annuelle. (Crédits : Bpifrance)
Toutes les semaines, La Tribune braque les projecteurs sur une pépite méconnue de la French Tech. Cette semaine, Platform.sh. Dans l'ombre de la star du cloud OVH, la startup parisienne rivalise pourtant avec des mastodontes américains comme IBM et Salesforce grâce à sa technologie unique facilitant le développement d'applications web pour les entreprises.

A l'évocation du cloud, la liste des champions européens semble bien courte derrière la licorne OVH. Mais une autre startup française, Platform.sh, est parvenue à se faire un nom dans le secteur, en Europe comme aux Etats-Unis, avec plus de 650 clients, parmi lesquels Orange, Blablacar ou encore Hachette. Grâce à une technologie unique destinée à faciliter le déploiement d'applications web, Platform.sh se dispute un segment du marché aujourd'hui contrôlé par les géants américains Red Hat (racheté pour 34 milliards de dollars par IBM) et Heroku (propriété de Salesforce). La jeune pousse a levé 28 millions d'euros l'an dernier, et espère maintenir son hypercroissance annuelle à plus de 100 % pour atteindre rapidement 100 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Platform.sh fonctionne sur un modèle de PaaS (Platform as a service, avec un système d'abonnement) : à partir de 50 dollars par mois, leurs clients disposent d'outils de développement, de test, de déploiement et de gestion pour leurs application web, en plus de l'infrastructure (fournie par des partenaires comme Amazon Web Services). Pour comprendre la particularité de la pépite française, il faut s'intéresser au processus de développement des applications web. Aujourd'hui, le parcours standard se divise en trois étapes : les développeurs écrivent leur code, puis l'intègrent à un environnement de pré-production, réplique exacte de l'application, à laquelle eux-seuls ont accès. Cette étape, le "staging", leur permet d'évaluer le fonctionnement du code qu'ils viennent d'intégrer et de repérer les bugs. Une fois qu'ils sont satisfaits, ils passent ces changements en production sur l'application, par vagues. Ces lancements par blocs sont numérotés : on passe par exemple de la version 4.1 à la version 4.2.

Faciliter la mise en production des applications web

Platform.sh se positionne donc sur la phase intermédiaire de "staging". "Notre technologie permet de cloner une application web, quelle que soit sa taille, en moins de 30 secondes", résume Frédéric Plais fondateur de la startup. Issu de deux années de R&D, leur logiciel permet ainsi de multiplier les environnements de pré-production, afin que chaque développeur dispose du sien et travaille sur ses projets web en même temps. "On permet d'avoir un rendu en permanence, et de tester séparément chaque ligne de code. Au lieu d'avoir par exemple un grand déploiement par jour, on va permettre d'en réaliser autant que nécessaires dans la journée", précise l'entrepreneur.

L'environnement de travail classique est une réplique du site en production, et a donc besoin de la même puissance machine en plus de prendre autant de place sur les serveurs. Si Platform.sh peut multiplier les répliques, c'est parce qu'elles sont calibrées pour n'accueillir que les quelques développeurs amenés à travailler dessus. "L'application clone n'utilise que très peu de ressources, mais elle ne tient pas la charge de trafic, contrairement à la version en production", expose Frédéric Plais.

La technologie de la startup permet donc d'accélérer le travail des développeurs. L'entrepreneur estime jusqu'à 40 % le temps économisé par ses utilisateurs:

"Avant, les équipes de développement poussaient tous les changements en même temps sur l'application, ce qui pouvait créer des régressions si les travaux portaient sur des parties adjacentes. Notre logiciel désynchronise les versions et empêche ces effets de bord, qui sont longs à résoudre", élabore le président de Platform.sh.

Comme d'habitude dans le secteur, la startup propose un test gratuit de son offre, convaincu que l'essayer, c'est l'adopter : "L'objectif est que les développeurs touchent le produit. Ils n'ont pas la main sur le budget mais ils ont de plus en plus de pouvoir dans les organisations."

Une startup française à l'accent américain

Platform.sh fait partie de la promotion 2017-2018 du Pass French Tech de Bpifrance, annoncée fin mars. Avec ses sept ans d'exercice, ses plus de 10 millions de chiffre d'affaires, une hyper-croissance et 47 millions d'euros levés, Platform.sh coche toutes les cases du label d'excellence. Elle dispose ainsi de l'expertise et du réseau de la banque d'investissement. En 2015, la jeune pousse avait déjà récolté près de deux millions d'euros de la part de l'Union Européenne, dans le cadre du programme Horizon 2020. Mais c'est aux Etats-Unis que Frédéric Plais joue gros. L'entrepreneur s'est installé en Californie en 2016, pour se rapprocher d'un de ses principaux partenaires, Magento, éditeur de plateforme sur laquelle s'appuient plus de 250.000 sites marchands. « C'est le berceau du cloud, et nous faisions alors 20 % de notre chiffre d'affaire là-bas. C'est important d'y être pour profiter de l'écosystème et obtenir certaines informations », justifie le fondateur. Aujourd'hui, la startup réalise plus de 50% de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis, et y compte un tiers de ses effectifs.

En France, seulement 15 employés fréquentent le siège parisien, lorsqu'ils le souhaitent, sur l'ensemble des 120 salariés du groupe. La startup a adopté un fonctionnement en télétravail pour ouvrir les frontières pour son recrutement. « On a besoin des meilleurs ingénieurs et on se bat contre des géants. Or, on ne peut pas lutter dans la Sillicon Valley, où les enchères sont trop élevées. Nos salariés sont donc dans 16 pays différents, et chaque manager s'occupe d'employés répartis sur trois continents différents », développe Frédéric Plais.

Fondée en 2010 comme spin-off de Commerce Guys, une autre société cofondée par l'entrepreneur,  Platform.sh veut désormais devenir un géant et multiplier par 10 son chiffre d'affaire jusqu'à 100 millions d'ici 2025. Pour y parvenir, la jeune pousse compte sur ses marchés actuels, et lorgne fortement sur la Chine, où elle espère tisser des partenariats avec AliBaba et Tencent.

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