Coronavirus : explosion des téléconsultations en France, Doctolib grand gagnant

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En un mois, Doctolib a fait adopter la téléconsultation, usage jusqu'alors très marginal, à près d'un quart des 125.000 médecins abonnés à son service d'agenda en ligne, contre 2,6% au 5 mars dernier.
En un mois, Doctolib a fait adopter la téléconsultation, usage jusqu'alors très marginal, à près d'un quart des 125.000 médecins abonnés à son service d'agenda en ligne, contre 2,6% au 5 mars dernier. (Crédits : Reuters)
A lui seul, Doctolib a engendré 885.000 téléconsultations médicales depuis le début du mois de mars, et a dépassé le million depuis le lancement du service, en janvier 2019. Le confinement fait exploser et se banaliser à grande vitesse l'usage des consultations vidéo à distance, à la fois pour les médecins libéraux et même à l'hôpital.

Il n'y a pas que des perdants dans la crise économique et sanitaire historique du Covid-19. Le leader français de la e-santé, Doctolib, n'a jamais été aussi pertinent ni aussi utilisé que depuis le début du confinement de la population, mi-mars. Le site de prise de rendez-vous à distance a bien fait d'étendre son activité, en début d'année dernière, à la téléconsultation. Grâce à sa position dominante auprès des praticiens de santé en France, Doctolib a réussi à faire adopter la consultation vidéo à 30.000 médecins libéraux contre seulement 3.500 le 5 mars dernier.

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Autrement dit, en un mois, Doctolib a fait adopter cet usage jusqu'alors très marginal à près d'un quart des 125.000 médecins abonnés à son service d'agenda en ligne (24%), contre à peine 2,6% au 5 mars dernier ! La licorne française, valorisée 1 milliard d'euros en mars 2019, a engendré à elle seule 885.000 téléconsultations en un mois et a annoncé le 8 avril avoir dépassé le million depuis janvier 2019. La startup revendique "une grande majorité" du marché français de la consultation vidéo, avec 100.000 téléconsultations par jour, soit cent fois plus qu'avant l'épidémie. Comme la plupart de ses concurrents, Doctolib propose le service de téléconsultation gratuitement pendant la crise à tous les professionnels de santé qui utilisaient déjà sa plateforme.

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Téléconsultations : des débuts très timides depuis un an et demi, explosion fulgurante en un mois

"C'est sûr qu'il y aura un avant et un après épidémie pour la téléconsultation", déclare Stanislas Niox-Chateau, président et cofondateur de Doctolib. "Il y avait un début d'engouement des professionnels de santé l'an dernier et maintenant que c'est devenu un réflexe pour les patients, cela va changer les usages", pronostique-t-il.

Effectivement, le basculement est spectaculaire. Depuis le 15 septembre 2018, les médecins peuvent proposer des consultations à distance par visioconférence, remboursées comme des consultations physiques, sous certaines conditions précisées dans l'avenant 6 de la convention. Mais la sauce n'a pas pris tout de suite dans les usages. En septembre 2019, la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM) annonçait 60.000 téléconsultations en un an, concernant 30.000 Français essentiellement jeunes, avec un rythme de « 3 300 actes par semaine » depuis la rentrée. Des chiffres largement en-deçà des attentes du gouvernement, qui espérait 500.000 actes de télémédecine dès 2019, un million en 2020 et 1,3 million en 2021, révélant la difficulté pour cet usage naissant de percer auprès des médecins et du public. Le marché, lui était déjà là. Doctolib s'est lancé en janvier 2019 dans la téléconsultation, bien après celui qui faisait office de leader, Qare, spécialisé depuis 2016 dans la consultation vidéo, et Medadom, lancé en 2017 et qui mise sur l'installation de bornes de téléconsultation dans les pharmacies pour démocratiser l'usage. Sans compter de nombreuses autres petites solutions, parfois locales.

La crise du coronavirus et le confinement de la population française depuis la mi-mars ont totalement rebattu les cartes. Par un décret publié le 10 mars dernier, le gouvernement a encore assoupli jusqu'au 30 avril les conditions pour réaliser des actes de télémédecine, dans le but de répondre à la crise sanitaire. Ainsi, il n'est plus nécessaire d'avoir déjà réalisé une consultation physique avec le médecin choisi en téléconsultation, par exemple. Tout d'un coup, la téléconsultation a prouvé sa pertinence : l'Etat a même conseillé aux patients qui suspectaient un Covid-19 de ne pas se rendre aux urgences sauf si complications respiratoires, ni dans les cabinets médicaux, et de privilégier les consultations vidéos pour poser le diagnostic. Les patients atteints de Covid-19 ou présentant des symptômes, peuvent ainsi être suivis à domicile, et ceux qui souffrent d'autres pathologies peuvent être soignés à distance, ce qui réduit le risque d'être exposé au virus, tout en allégeant le recours au Samu et aux services d'urgences débordés.

"Certains généralistes parmi les plus réticents sont passés à la téléconsultation", déclarait fin mars à l'AFP Jacques Battistoni, président de MG France, le syndicat des médecins généralistes. "C'est la première mesure-barrière pour éviter la contamination, ce qui explique très largement ce phénomène".

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La téléconsultation entre même à l'hôpital

Dans le détail, Doctolib revendique certes 30.000 médecins libéraux utilisateurs du service contre 3.500 il y a un mois, mais aussi 1.200 praticiens à l'hôpital contre 0 avant la crise. "40 hôpitaux sont équipés en consultation vidéo et ils ont réalisé 13 000 téléconsultations en seulement 2 semaines. 32 nouveaux projets sont en cours d'équipement", annonce la startup.

Mais l'usage concerne surtout les médecins généralistes de ville, qui ont réalisé 70% des consultations vidéo à distance sur la plateforme. L'épidémie encourage aussi le développement de services comme la télésurveillance à distance: les personnes atteintes de Covid-19 ou suspectant de l'être, reçoivent chaque jour par texto un lien sécurisé vers un questionnaire d'auto-évaluation, et un médecin les contacte si leur état de santé s'aggrave.

Doctolib, Qare, Medadom et les autres services de téléconsultations font donc partie des rares entreprises qui ont prouvé dans la crise du coronavirus la pertinence de leur solution, et qui profitent du moment pour accélérer la numérisation de la société. Qu'en restera-t-il une fois le confinement terminé ? La téléconsultation restera-t-elle dans les usages des médecins et du public, ou aura-t-elle été uniquement une solution provisoire d'urgence, notamment pour les praticiens à l'hôpital ?

"Le remboursement à 100% par la Sécurité sociale a beaucoup facilité les choses", estimait Jean-Paul Hamon, le président de la Fédération des médecins de France, début avril. Incontestablement, des habitudes vont être prises, et la prise en charge des personnes âgées et handicapées sera améliorée".

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a écrit le 09/04/2020 à 12:10 :
Un grand nombre de visites au généralistes sont motivées par l'obligation de renouveller une ordonnance pour des produits prescrits à vie. Les généralistes pourraient établir cette ordonnance pour 1 an mais préfèrent se limiter à 6 mois. Résultat des millions de visites inutiles et couteuses.
Dans la mesure où la salle d'attente peut contenir aussi des malades contagieux, l'attente pour un simple renouvellement d'ordonnance constitue un risque inutile et un surcoût potentiel.
Une fois de plus la bureaucratie a créé un faux problème pour en résoudre un vrai : la juste rémunération des médecins. Cela n'a pas empéché les déserts médicaux et ça sape le respect nécessaire entre patient et médecin.
a écrit le 08/04/2020 à 22:20 :
les médecins ont été obligés d' adopter la téléconsultation, sinon ils n' avaient plus de clients; pardon plus de patients. aujourd'hui ils se désolent car leurs clients pardon patients ne viennent plus les voir et leurs recettes en patîssent. Le gouvernement va proposer des dédommagements aux personnels de santé libéraux.... Les médecins qui n' on pas assez de travail, ne pourraient ils pas donner un coup de main a leur collègues de l hopital ?
Réponse de le 09/04/2020 à 17:27 :
Souvenir récent :

Ils sont récompensés pour leurs bonnes pratiques. Dans le cadre de la rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp), plus de 61.000 praticiens se verront gratifier d’une prime de 4.705 euros en moyenne, comme le rappelle France 5. Pour obtenir cet avantage distribué par l’Assurance maladie, ces médecins ont faiblement prescrit des antibiotiques à leurs patients. Ils ont aussi augmenté leurs prescriptions de médicaments génériques et effectuer des actes de prévention (vaccinations, dépistages de cancer…).

Mise en place en 2012, la Rosp incite les médecins à effectuer plus d’actes de prévention, susceptibles d’anticiper des lourds problèmes de santé chez les patients. Et les bons comportements s’améliorent ! L’an dernier, ils étaient 52.939 médecins à bénéficier de la Rosp, contre 55.102 praticiens cette année. La prime a également augmenté d’environ 10% par rapport à 2017. Si les généralistes sont les plus gratifiés, certains spécialistes tirent leur épingle du jeu. C’est le cas des cardiologues, dont les 4.326 bénéficiaires se partageront une somme de 9,3 millions d’euros. Plus de 2.000 gastro-entérologues sont aussi éligibles cette année à la Rosp.Le barème de ce dispositif, jugé trop sévère, a été remodelé en 2017. « Les résultats de la Rosp sont à nouveau bien orientés cette année, avec une rémunération en hausse pour les médecins », a détaillé Nicolas Revel, le directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie.
a écrit le 08/04/2020 à 14:48 :
bref,on a juste rajouté un intermédiaire.En plus ,faut avoir le matos, j'ai cru comprendre que 6 millions de français n'avaient pas internet ,comment ils font si le N° de téléphone du médecin a disparu,comme le mien ?
a écrit le 08/04/2020 à 14:07 :
Enfin une réussite dans le domaine de l'internet: Doctolib a permis de désengorger les cabinets de généralistes grâce à la téléconsultation. Hélas, cela nécessite un équipement familial qui peut être onéreux. Le fait de continuer à être suivi par son médecin traitant sans se déplacer permet le maintien de nombreux patients à leur domicile par l'édition d'ordonnances de prescription tant de médicaments que de rendez vous avec des services de soin plus adaptés aux besoins des malades. C'est un premier outil pour le patient, avant de joindre le Samu ou le service Covidom de l'APHP en région parisienne, en cas d'aggravation de la santé.

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