« L'écosystème tech en France prend de l'ampleur mais ce n'est pas suffisant » (Clara Chappaz, La French Tech)

INTERVIEW. Directrice de la mission French Tech depuis le 1er novembre, Clara Chappaz, 32 ans, a profité d'un passage à Bordeaux pour présenter sa feuille de route. Objectif : multiplier par cinq le nombre de jeunes pousses accompagnées et soutenir "davantage les startups qui font des innovations de rupture (deeptech), notamment dans l'industrie et la transition écologique". Les labels créés par Bercy, le Next 40 et le French Tech 120, repartent aussi pour une 3e édition avec des critères quasi-identiques.

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« On veut renforcer notre soutien aux startups qui font des innovations de rupture (deeptech). »
« On veut renforcer notre soutien aux startups qui font des innovations de rupture (deeptech). » (Crédits : Vestiaire Collective)

LA TRIBUNE - Quelles sont les priorités de votre feuille de route à la tête de la mission French Tech ?

Clara CHAPPAZ - On a beaucoup échangé avec Cédric O [le secrétaire d'Etat au Numérique] sur le rôle de cette 3e mission French Tech et le mot massification est assez vite ressorti. Notre ambition est d'accompagner davantage de startups. Aujourd'hui, via nos différents programmes, on accompagne environ 200 startups, en faisant notamment le lien avec les administrations de l'Etat. L'ambition est d'accompagner en direct 1.000 startups d'ici la fin 2024 via nos programmes que sont le French Tech 120 et le Next40 ou encore le Green 20.

Mais l'objectif n'est pas seulement quantitatif, l'idée est aussi d'être qualitatif en soutenant beaucoup plus de startups de tous les territoires et d'aller chercher plus de diversité dans les profils des fondateurs et dirigeants. Une diversité à la fois sociale, géographique et sectorielle. On a de très belles entreprises dans le secteur du numérique mais on veut aussi renforcer notre soutien aux startups qui font des innovations de rupture (deeptech), notamment dans l'industrie et la transition écologique, en lien avec le plan France 2030. Ce sont souvent des entreprises, à l'instar de Lhyfe dans l'hydrogène, à Nantes, qui ont besoin d'un coup de pouce sur le financement pour prendre en compte des temps de développement et de commercialisation plus longs.

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Les critères du Next 40 et du French Tech 120 sont fondés exclusivement sur la notion de croissance et d'hypercroissance. Faut-il les revoir ?

Non, nous allons conserver des critères purement de croissance économique pour le Next 40 et le French Tech 120 parce qu'il faut réfléchir à une échelle plus macro-économique. On voit que l'écosystème tech en France prend de l'ampleur tant sur les levées de fonds que sur l'emploi, avec 400.000 emplois et 200.000 créations prévues d'ici 2025, mais ce n'est pas suffisant. On reste encore en retrait sur la scène internationale malgré nos vingt licornes puisque sur les dix plus grosses capitalisations boursières mondiales aujourd'hui, huit sont des entreprises technologiques mais aucune n'est française ni même européenne ! Il y a donc encore besoin de soutenir ces entreprises qui ont le potentiel économique de devenir un acteur mondial. On doit, par exemple, viser la place de leader dans le domaine de la Green Tech [technologies liées à l'environnement et l'énergie]. On lance la nouvelle édition de ce programme et le seul ajustement prévu vise à prendre en compte la crise du Covid-19 en prenant un critère de croissance moyenne sur trois ans plutôt qu'un critère de croissance par an.

En revanche, nous allons multiplier des programmes thématiques tels que le Green 20 qui était le premier laboratoire pour aller chercher des technologies innovantes et du potentiel commercial sur des temps plus longs.

Dans cette logique, la French Tech Bordeaux vient de lancer un appel à projets, le NA 20, qui vient lorgner du côté de l'économie sociale et solidaire. Est-ce une piste à suivre au niveau national ?

Oui, je trouve ça génial ! J'ai travaillé dans deux startups du marché de l'occasion. Ce sont donc des sujets qui me sont très chers et qui sont chers à la plupart des entrepreneurs en France puisque c'est dans notre ADN de repenser l'innovation et les modèles de société. Nous avons créé un "board impact" pour le French Tech 120 et le Next 40 pour travailler sur les mesures qu'on peut mettre en place dans les entreprises. On a aussi le programme Tremplin pour aller des profils d'entrepreneurs différents : boursiers, issus des zones rurales ou des quartiers prioritaires de la ville, réfugiés, etc. Donc, oui, le programme NA 20 est un très bon pilote que nous regardons de près.

Votre prédécesseure, Kat Borlongan, avait notamment piloté le déploiement de la mission French Tech hors de l'Ile-de-France. Allez-vous poursuivre cette dynamique ?

Oui, pour la V3 (version3) de la mission French Tech, il y a une vraie ambition d'accompagner les startups de toutes les régions françaises. On voit d'ailleurs que de plus en plus d'entreprises et de startups s'installent ou ouvrent des bureaux dans les grandes métropoles françaises. Ces villes, et notamment Bordeaux qui attire beaucoup d'entreprises, ont une carte à jouer dans un contexte plus global de guerre des talents, notamment sur des profils seniors qui ont déjà vécu les phases d'accélération que connaissent beaucoup de startups aujourd'hui.

Ce réseau de 13 capitales French Tech et 40 communautés, qui vit grâce à l'implication des équipes et des chefs d'entreprise, est une très grande force. Il faut le soutenir parce que c'est un système unique qui est regardé avec attention par nos voisins européens. C'est d'ailleurs un sujet que nous allons porter lors de la présidence française de l'Union européenne en 2022.

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Commentaires 10
à écrit le 22/11/2021 à 10:14
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C'est toujours rigolo de voir des profils commerciaux parler de Deeptech, Industrie et "Transition écologique". L'état de la France dans toute sa splendeur. Mettons déjà des ingénieurs ou scientifiques (maths, physique, biologie...), à la tête de ces...

à écrit le 21/11/2021 à 2:21
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L'arrêt du déclin de la France, jeunes pousses incluses, passe par un changement idéologique profond: une Révolution Culturelle après 60-75 ans de domination de l'idéologie socialiste. LT comme Challenge comme l'Expansion comme le Figaro, comme to...

le 21/11/2021 à 9:02
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"une société de droite simple type zemmour où se retrouve 70 % des français" et des mythos.

le 21/11/2021 à 15:01
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"une société de droite simple type zemmour où se retrouve 70 % des français". Amusant. Les seides de Zemmour pensent représenter 70 % des français. Tout comme les gilets jaunes et les antivax pensent representer 70 % des francais. Comme quoi, les i...

à écrit le 20/11/2021 à 17:56
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Typiquement le genre de poste à responsabilité donné à des copains... C'est ça le monde d'après? Qu'un entrepreneur à succès pilote ce type d’institution pourquoi pas. Il apporterait son expérience et ses réseaux. Mais là, et je ne doute pas du poten...

à écrit le 19/11/2021 à 23:17
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De la pure novlangue woke bobo-ecolo. Avec des zélites pareilles, on est vraiment mal barrés.

le 20/11/2021 à 16:19
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Les non-zélites françaises peuvent être vraiment tartes.

à écrit le 19/11/2021 à 22:23
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On echange , on identifie des buzzwords, un peu de transition ecolo, un soupçon de territoires, un peu d egalite des chances et le tour est Joue. Avec ca , l industrie chinoise n a qu a bien se tenir.. pathetique..

à écrit le 19/11/2021 à 14:44
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je pense à mes fin de mois difficiles . .tout les jours après avoir autant travailler . double peine

à écrit le 19/11/2021 à 14:13
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yaka_yfokon_yrespuka !

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