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La startup de la semaine : InMan, un mitigeur connecté pour réduire le gaspillage d'eau

Photo de Anaïs Cherif

Anaïs Cherif

Publié le 24 janvier 2020 à 06:30

Le prix du mitigeur électronique InSens, qui est encore à l'étude, devrait avoisiner les 2.800 euros.

Le prix du mitigeur électronique InSens, qui est encore à l'étude, devrait avoisiner les 2.800 euros.

InMan

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Toutes les semaines, "La Tribune" braque les projecteurs sur une pépite méconnue de la French Tech. Cette semaine, InMan. Lancée en 2016, cette startup alsacienne développe un mitigeur électronique pour réduire le gaspillage d'eau sous la douche. InMan a imaginé un système permettant d'obtenir la bonne température et le débit optimal dès les premières gouttes.
Faire couler l'eau sous la douche pendant de longues minutes avant d'obtenir la température idéale ? Un non-sens pour InMan. Lancée en 2016 à Wingersheim, près de Strasbourg, la jeune pousse

 développe un mitigeur électronique permettant d'obtenir la température et le débit souhaités dès les premières gouttes.

"En moyenne, il faut entre 20 à 30 secondes pour obtenir de l'eau chaude avec un système traditionnel, c'est autant de litres d'eau potables gaspillés !", affirme Gilles Chantelot, cofondateur d'InMan aux côtés de Cédric Arbogast. "Nous voulions donc optimiser la consommation d'eau dans les habitats afin de diminuer le gaspillage, et pour cela, il fallait innover techniquement au niveau des douches et des éviers."

Il a fallu deux ans de recherche et développement avant de pouvoir breveter ce mitigeur électronique, baptisé InSens. "Notre système remplace la robinetterie mécanique traditionnelle. Toutes les commandes sont actionnées depuis une dalle numérique", précise le cofondateur.

Concrètement, des capteurs intégrés à la dalle numérique détectent l'entrée d'une personne dans la douche. L'interface s'allume et demande la température souhaitée au demi-degré près. L'utilisateur doit alors attendre entre 15 à 30 secondes - sans que l'eau ne coule - pour que la température s'ajuste. Une fois l'eau chauffée, le mitigeur le signale à l'utilisateur, qui peut ensuite actionner la douche quand il le souhaite.

Réduire le débit de l'eau

Ce mitigeur s'accompagne d'un réservoir standard d'une capacité de 8 litres, pouvant être calibré de 5 à 16 litres. "Le réservoir se remplit grâce à l'eau chaude devenue froide entre deux utilisations. Il s'agit de l'eau qui transite entre le ballon d'eau chaude et la douche : plus le ballon est éloigné, plus il y a de perte en temps normal", détaille Gilles Chantelot. "Cette récupération d'eau va permettre d'obtenir l'eau mitigée. En théorie, une eau à 38 degrés résulte d'une eau chauffée à 55 degrés par un ballon d'eau chaude, puis refroidie par de l'eau des réseaux. Au lieu d'utiliser l'eau des réseaux, notre système recourt au réservoir."  Quand ce dernier se vide au cours d'une douche un peu longue, alors le système bascule automatiquement sur l'eau du réseau, sans que l'utilisateur ne s'en aperçoive.

Au delà du simple réglage de la température, InSens permet également de choisir le débit optimal de l'eau. "Par défaut, le débit normal est de 8 litres par minutes. Il peut être configuré par l'utilisateur de 5 litres par minutes jusqu'à 10 litres par minutes, pour réaliser des shampoings avec cheveux longs par exemple", explique le cofondateur.

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Les capteurs intégrés à l'interface permettent également de détecter le recul d'une personne sous la douche - typiquement, pour se savonner - afin de stopper ou diminuer le débit d'eau en fonction des habitudes de consommation.

"Nous voulons réduire la consommation d'eau sans nuire au confort de l'utilisateur", justifie Gilles Chantelot, avant de chiffrer :"InMan permet de réduire jusqu'à 70% les volumes d'eau consommés sous la douche, selon les réglages"

Entre 350 à 400 euros économisés par an

Au total, une famille de 4 personnes économise en moyenne entre 350 à 400 euros par an sur sa facture d'eau et d'énergie, selon la jeune pousse alsacienne. Car chaque membre de la famille peut enregistrer ses propres réglages dans le mitigeur. Il suffit de sélectionner son profil une fois dans la douche pour retrouver ses préférences. "Nous sommes en train de développer une application pour pouvoir enregistrer ses réglages depuis un smartphone", avance Gilles Chantelot.

Encore faut-il que l'utilisateur accepte de partager ses données dans un moment aussi intime que la douche... "Il y a une réticence autour de la transmission des données, mais cela est une problématique spécifiquement française", juge le cofondateur. "InMan utilise uniquement les données récoltées pour comprendre la consommation d'eau et pouvoir innover techniquement. Toutes les données sont anonymisées et stockées sur des serveurs en Alsace."

InSens est en phase de pré-commercialisation depuis octobre 2019, pour un lancement officiel sur le marché courant mars 2020. "Notre produit en tant que tel est destiné à la France, voire aux pays limitrophes. Pour attaquer l'international à terme, nous misons davantage sur des mécanismes de marque blanche et de co-branding avec les grands acteurs de la robinetterie", précise Gilles Chantelot.

Le prix, qui est encore à l'étude, devrait avoisiner les 2.800 euros.

"Notre produit est haut de gamme. C'est pourquoi nous avons une forte traction sur les professionnels, comme l'hôtellerie, qui y voient deux avantages : offrir une expérience utilisateur et obtenir un retour sur investissement", estime le cofondateur. " Nous ciblons également les familles CSP+ à forte conscience écologique."

Un projet de levée de fonds d'ici 2021

La startup, qui n'est pas encore rentable, ne communique pas sur son chiffre d'affaires. Actuellement composée de ses deux cofondateurs, InMan espère pouvoir recruter trois salariés supplémentaires cette année. L'entreprise alsacienne a déjà de nouveaux projets dans les tuyaux : elle souhaite répliquer son système sur les lavabos, éviers et baignoires d'ici la fin de l'année. Toujours courant 2020, elle espère obtenir les premiers prototypes d'un "système échelonné de production d'eau chaude". "90% de l'eau chaude consommée dans une maison provient de la douche. C'est pourquoi celle-ci peut faire office de pilote pour une production d'eau chaude intelligente", avance le cofondateur.

"Actuellement, la production d'eau chaude en France est plutôt statique : toutes les nuits, le même volume d'eau est réchauffé quelque soit le taux d'occupation de l'habitation. Or, dans un habitat, 30% des consommations énergétiques sert à la production d'eau - il y a donc beaucoup de perte", souligne-t-il.

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InMan souhaite donc utiliser les données récoltées sous la douche pour en déduire le taux d'occupation et repérer des usages récurrents. "Par exemple, nous allons pouvoir déduire que dans une maison, les enfants rentrent simplement le week-end et notre système va produire uniquement le volume d'eau nécessaire", affirme Gilles Chantelot. Pour se développer, la jeune pousse envisage de lever 1,5 million d'euros d'ici 2021.

Anaïs Cherif

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