La startup de la semaine : Augmenteo ou la réalité augmentée pour rajeunir les musées

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Augmenteo utilise des balises pour insérer de la réalité augmentée dans ses jeux de piste.
Augmenteo utilise des balises pour insérer de la réalité augmentée dans ses jeux de piste. (Crédits : Augmenteo)
Toutes les semaines, La Tribune braque les projecteurs sur une pépite méconnue de la French Tech. Cette semaine, Augmenteo. Après une expérience concluante au Musée de l'Armée, la startup de réalité augmentée souhaite conquérir le grand-public avec un catalogue d'expériences disponibles sur son application Hootside.

Elle voulait s'imposer après des entreprises, elle partira finalement à la conquête du grand public. A peine deux ans après la sortie de son premier produit, la startup de réalité augmentée Augmenteo pivote déjà. En cause : le passage couronné de succès d'une de ses expériences au Musée des Armées, au cœur des Invalides, à Paris. La jeune pousse du Nord y a prouvé sa capacité à attirer un public presque entièrement nouveau. Elle y a vu l'opportunité de se recentrer sur ses origines, le jeu vidéo, et d'aborder des projets de bien plus grande ampleur.

Pour passer à la vitesse supérieure, elle a créé Hootside, un monde parallèle en réalité augmentée, sur le même principe que Pokémon Go : toute la ville est cartographiée sur le smartphone, et l'utilisateur doit se déplacer à pieds pour rejoindre les points d'intérêt. Reste désormais à développer les événements qui animeront l'application, et la startup compte s'y atteler dès janvier.

Pour accompagner son ambitieux pivot, Augmenteo boucle actuellement une première levée de fonds, avec la volonté de renforcer les effectifs de son studio de jeu vidéo, et d'acheter les droits d'exploitation de licences de jeux vidéo à succès.

Une technologie de réalité augmentée ancienne mais fiable

Le premier logiciel d'Augmenteo, qui existe toujours, est un éditeur 3D, nommé Hackeo. Concrètement, il permet aux clients de créer eux-mêmes des chasses au trésor ou des jeux de piste en réalité augmentée. Pour essayer les parcours, pas besoin de lunettes ou de casques onéreux. La startup utilise une technologie créée dans les années 90 : des balises en carton ou en métal, dotées de pictogrammes. Elles fonctionnent à la manière des QR codes : les utilisateurs pointent l'appareil photo de leur smartphone sur la balise, et un élément 3D virtuel apparaît sur l'application.

"Les balises permettent de faire comprendre à l'utilisateur qu'il se passe quelque chose à un endroit précis", défend Charlotte Landry, la cofondatrice de la startup.

Augmenteo s'appuie sur ce système pour ses chasses au trésor en lieu fermé. Les joueurs doivent ainsi trouver les points d'intérêt à l'oeil nu, puis peuvent entrer dans Hackeo pour interagir avec les éléments 3D qui en surgissent. Avec cet outil, la jeune pépite misait alors sur une clientèle variée dans la culture, le tourisme, ou encore l'événementiel.

Mais le modèle, destiné d'abord uniquement aux entreprises, a vite montré ses limites. "C'était compliqué de faire comprendre où s'arrêtait notre mission. Nous accompagnions les clients dans la création de leur jeu de piste, puis quelques uns revenaient mécontents car trop peu de personnes avaient participé, alors qu'ils n'avaient fait aucune communication, et que ce n'était pas à nous, contractuellement, de nous en occuper", regrette Charlotte Landry.

Une révélation au Musée de l'armée

En 2018, la startup connaît une révélation. L'agence Cultival, qui propose des visites insolites dans Paris, la contacte. Elle souhaite créer un jeu de piste immersif au Musée de l'Armée, en s'appuyant sur Assassin's Creed, une licence de jeu vidéo à succès du studio français Ubisoft. Leur objectif : lier jeu vidéo et Histoire.

"Il a été dur de faire accepter le choix de la licence au musée, à cause du mot "assassin" et de son étymologie. Mais nous avons insisté sur le respect de l'Histoire propre à la franchise. Côté jeu, nous nous sommes concentrés sur les aspects d'infiltration et résolution d'énigmes de la saga. Et puis notre association n'était que temporaire, nous les avons donc convaincus que dans le pire des cas, ça ne pourrait pas leur porter préjudice sur le long terme", raconte Charlotte Landry.

Mais le musée ne regrettera pas son investissement : prévu sur deux semaines en octobre 2018, le parcours affiche complet. Mieux, il sera reconduit deux fois pour sept semaines d'exploitation entre 2018 et 2019. 14.000 participants paient entre 19 et 25 euros le billet afin de percer le secret de Napoléon Ier et retrouver un précieux artefact grâce aux balises disséminées dans le musée. La visite d'une heure et demi est menée par des animateurs, qui incarnent des personnages d'époque comme dans les jeux de rôle.

Un indicateur laisse entendre à Augmenteo qu'ils viennent de trouver un précieux filon : 90% des participants n'avaient jamais visité les Invalides. Les jeux de piste de la startup auraient donc la capacité d'attirer des visiteurs -surtout les plus jeunes- auparavant hors d'atteinte.

"Cette opération a été déclencheur car nous avons pris conscience de notre valeur ajoutée", se réjouit Charlotte Landry.

Mais elle garde aussi à l'esprit une des principales raison du succès de l'initiative : la licence d'Ubisoft, Assassin's Creed. "Ce nouveau public est inaccessible sans ce type de licence", observe-t-elle.

Cap sur le grand public

La startup se recentre alors sur son expertise d'origine : le "gaming". Dans le cadre de la visite au Musée des Armées, c'est Cultival qui a supporté le risque financier, notamment en engageant une somme assez importante pour exploiter la licence Assassin's Creed.

Pour se passer d'intermédiaire et fonctionner en autonomie, Augmenteo doit donc lever des fonds, alors qu'elle s'autofinançait jusqu'ici. C'est pourquoi elle souhaite récolter plus d'un million d'euros, afin de renforcer ses équipes. Et surtout, la jeune pousse veut s'offrir les droits sur trois ou quatre licences populaires pour exploiter ses mécanismes de jeu.

"Nous allons arrêter les prestations BtoB après la levée de fonds, et nous concentrer entièrement sur le BtoC en 2020", avance la dirigeante.

Pour débuter sa nouvelle activité, Augmenteo garde des liens avec Ubisoft. Elle utilise à nouveau la licence Assassin's Creed, cette fois pour une visite du musée de la Légion Etrangère à Aubagne. Les visiteurs-joueurs y endossent le rôle d'un membre de la "Confrérie des Assassins", pour découvrir l'une des batailles fondatrices de la légende de la Légion Etrangère.

Mais cette fois, la startup gère tous les aspects du projet : "Comme nous sommes en contact direct avec le client, nous pouvons maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur", souligne l'entrepreneuse. Elle doit donc estimer le nombre de visites pour établir le prix du billet -sur lequel elle réalise son chiffre d'affaires-, tout en prenant en compte ses coûts de développement. De novembre à janvier, la startup a également développé un autre jeu, basé sur la licence d'Ubisoft Lapins Crétins, une animation pilotée par Cultival pour le Magasin Printemps Haussmann, à destination des enfants.

"Avec Ubisoft, nous sommes dans une démarche de co-création : ils nous donnent plusieurs conseils, notamment sur leur vision de jeu", développe-t-elle. Le studio valide également le parcours final.

Cette nouvelle activité permet à la startup d'envisager des projets sur deux ans, là où elle se contentait de projets sur trois mois dans son activité BtoB.

Des premiers pas vers un monde ouvert

Si Hackeo convenait aux jeux de piste en intérieur, la startup a dû développer une deuxième plateforme, baptisée Hootside, pour ceux en extérieur. Concrètement, il s'agit d'une interface similaire à Pokémon Go : l'utilisateur est représenté par un avatar sur une carte, et doit réellement se déplacer aux points d'intérêts pour récolter des ressources ou interagir avec des personnages virtuels.

"Nous nous appuyons sur les données ouvertes pour chercher des points d'intérêt. Par exemple, si nous créons un monde ouvert dans lequel il existe des personnages qui soignent, nous pourrons les placer près des pharmacies", s'avance la cofondatrice.

Augmenteo a testé ses mécanismes de jeu avec un prototype baptisé Greenesis, présenté au Laval Virtual, l'événement de référence du secteur. Les utilisateurs étaient invités à parcourir les rues de Laval afin de re-végétaliser la planète. Si le jeu ne devrait pas voir le jour tel quel, ses mécanismes pourraient nourrir une version exploitant une licence de jeu vidéo célèbre.

"La réalité augmentée en est encore à ses premiers pas. Nous passerons à l'échelle supérieure, quand les lunettes d'AR performantes seront popularisées", se projette la dirigeante.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2019 à 11:47 :
Si on pouvait laisser les gens sans avoir à se coltiner des écrans déjà bien trop présents ce ne serait pas du luxe, et les musées devraient tirer les citoyens vers le haut et non se vautrer au sein de la société marchande comme tout le reste.

Plus de musées, de galeries d'art avec plus de créativité et moins de réseau surtout cela ne serait pas du luxe.
Réponse de le 19/12/2019 à 17:00 :
Au contraire, rendre un musée vivant grâce à un jeu, ça engagera toutes les générations et surtout les plus jeunes.

Oui, on se sert des écrans mais en tout cas moi cela me plairait de découvrir un musée en jouant et en m'amusant avec mes enfants sur le téléphone. Le soir, on coupe les écrans et voilà, nous aurons passé un bon moment.
Réponse de le 19/12/2019 à 17:00 :
Au contraire, rendre un musée vivant grâce à un jeu, ça engagera toutes les générations et surtout les plus jeunes.

Oui, on se sert des écrans mais en tout cas moi cela me plairait de découvrir un musée en jouant et en m'amusant avec mes enfants sur le téléphone. Le soir, on coupe les écrans et voilà, nous aurons passé un bon moment.

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