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Technos & MediasInnovation et Start-up

Nouveaux labels, Visa simplifié... : la Mission French Tech pivote

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 10 octobre 2018 à 12:29 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:26

Kat Borlongan

Kat Borlongan

DR

Le Quotidien Numérique

01 juillet 2026

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Le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, a détaillé les nouvelles orientations stratégiques de la Mission French Tech et annoncé le dépoussiérage de ses actions, avec la création de nouveaux labels (les "Communautés" et les "Capitales French Tech" soutenues par un nouveau fonds de 2 millions d'euros) et d'un Visa French Tech simplifié à partir du 1er mars 2019. Décryptage.

Pour réformer la Mission French Tech et repartir de l'avant après une période de flottement qui a poussé certains entrepreneurs à remettre en question son pilotage par l'Etat, Kat Borlongan, sa nouvelle directrice, s'est mise "en mode startup". L'objectif : "définir la proposition de valeur et les objectifs stratégiques de la Mission French Tech, faire le point sur les programmes actuels pour évaluer leur pertinence, co-construire avec les entrepreneurs, et réagir très vite si ça ne marche pas", indique-t-elle à La Tribune. Depuis sa prise de poste, en mai dernier, la jeune femme de 35 ans a donc rencontré "plusieurs centaines" d'entrepreneurs, investisseurs et personnalités de l'écosystème French Tech, partout sur le territoire. Mercredi 10 octobre, Mounir Mahjoubi, le secrétaire d'Etat au Numérique, a présenté devant un parterre d'entrepreneurs ce pivot stratégique.

Une Mission French Tech recentrée sur les scale-up, la "tech for good" et la mixité sociale

Créée en 2013 par Fleur Pellerin dans un contexte de "french bashing" généralisé, la Mission French Tech s'est employée à fédérer les startups tricolores sous la bannière du coq rouge, à changer le regard sur l'innovation et à promouvoir l'image d'une France entreprenante dans le monde, notamment au CES de Las Vegas. Sous la direction de David Monteau, la Mission French Tech a accompagné l'éclosion de l'écosystème d'innovation français et contribué, notamment grâce aux Bourses French Tech et au fonds French Tech Accélération gérés par Bpifrance, à combler la faille de l'amorçage des startups.

Cinq ans plus tard, les enjeux sont sensiblement différents pour l'écosystème tech. Si la faille de l'amorçage a été comblée, les startups françaises doivent désormais grandir et s'internationaliser pour devenir des leaders mondiaux voire des licornes. Le "trou dans la raquette" actuel porte donc sur la capacité des startups à réaliser de plus grosses levées de fonds et à recruter des talents français et étrangers.

Les nouvelles priorités de la Mission French Tech, décrites par Emmanuel Macron à Station F mardi 9 octobre, s'articulent donc autour de trois axes : aider les startups à "passer à l'échelle" pour devenir des scale-up, promouvoir la "tech for good" (l'innovation qui vise à améliorer la société et résoudre les grands défis, notamment environnementaux, du XXIe siècle) et "mieux intégrer les femmes et la mixité sociale" dans un écosystème tech essentiellement blanc, masculin et issus de milieux sociaux favorisés.

Un Visa French Tech simplifié à partir de mars 2019

Comment la Mission French Tech s'adapte-t-elle à ce triple objectif ? Pour les scale-up, la principale nouvelle mesure est la création, à partir du 1er mars 2019, du Visa French Tech. Il s'agit en réalité de la simplification et de l'élargissement du French Tech Visa annoncé en juin 2017, qui lui-même devait simplifier et adapter au secteur de la tech le Passeport Talents, un titre de séjour conçu pour les travailleurs étrangers. Encore trop complexe, le French Tech Visa n'a pas eu les résultats escomptés : seulement 150 recrutements en un an ont été réalisés via ce dispositif.

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Le Visa French Tech, en revanche, devrait permettre à n'importe quelle entreprise innovante (et non plus uniquement des entreprises du numérique) de faire venir en France "en quelques semaines maximum" d'après Mounir Mahjoubi, un talent basé à l'étranger. "C'est un passage à l'échelle du dispositif existant pour le rendre vraiment attractif et facile à utiliser", a précisé le secrétaire d'Etat au Numérique. Par ailleurs, le programme French Tech Ticket, qui vise à attirer les entrepreneurs étrangers en France pour qu'ils viennent y créer leur startup, est maintenu.

Aucune annonce n'a été effectuée pour réaliser les objectifs de la Mission French Tech concernant la "tech for good" et la mixité sociale. Le programme French Tech Diversité, jugé nécessaire mais décrié pour son faible financement, se poursuit sans enveloppe supplémentaire pour en maximiser l'impact. Pour promouvoir la parité femmes/hommes, le gouvernement s'en tient à l'initiative Femmes@Numérique lancée en août dernier.

Les "Métropoles" et des "Hubs" remplacés par des "Capitales" et des "Communautés"

Critiqués par de nombreux entrepreneurs, les écosystèmes locaux labellisés French Tech, c'est-à-dire les 13 "Métropoles" en France et les 22 "Hubs" à l'international, sont supprimés. Ils seront remplacés dès le mois de novembre par des "Capitales" et des "Communautés". Contrairement aux labels existants, qui sont pilotés par des acteurs publics et privés locaux ainsi que par des entrepreneurs, l'idée des Capitales et des Communautés est que les entrepreneurs soient placés au cœur de l'initiative.

Pour créer une "Communauté", il faudra qu'un minimum de 25 entrepreneurs décident de se regrouper. "Cela permettra des regroupements plus souples, plus spontanés et plus efficaces car cela se fera parfois autour d'une même thématique", indique le secrétariat d'Etat au Numérique, qui acte ainsi l'échec des neuf réseaux thématiques nationaux et préfère que des initiatives se montent thématiquement au niveau local. Ces "Communautés" existeront aussi à l'international.

Les "Capitales French Tech", en revanche, vont surtout remplacer les 13 "Métropoles" existantes : il s'agira, toujours à partir du mois de novembre, de valoriser les scale-up du territoire et d'organiser le label autour d'elles, avec un fort soutien des collectivités territoriales. Autrement dit, un même entrepreneur pourra faire partie d'une "Capitale" French Tech et s'impliquer dans une "Communauté" thématique sur son territoire.

Si le changement peut paraître cosmétique, il s'agit pour la Mission French Tech de faire le ménage dans les initiatives locales existantes -et dont le fonctionnement est souvent rendu difficile par les luttes de pouvoir entre les différents acteurs-, et de "rendre" le label French Tech aux entrepreneurs, ce qui était l'une des principales revendications de l'écosystème tech.

Un budget autour de 18 millions d'euros, création d'un "Fonds de la French Tech"

Jusqu'à présent très obscur, le budget de la Mission French a aussi été clarifié. Le projet de loi de finances en cours de validation propose pour la première fois une ligne de financement de 3 millions d'euros pour les frais de fonctionnement de la Mission French Tech et de sa dizaine d'employés basés à Paris.

S'ajoutent aussi, d'après Bercy, 15 millions d'euros de budget pour financer les différents programmes de la Mission French Tech, c'est-à-dire le Pass French Tech, le French Tech Ticket, le Visa French Tech et l'initiative French Tech Diversité. Un nouveau programme de 2 millions d'euros s'inclut également dans la liste : il s'agit d'un fonds de la French Tech pour soutenir des initiatives locales portées par les Capitales et les Communautés, par exemple la création d'un événement ou d'un nouveau lieu pour l'écosystème local.

À lire également

  • "L'évolution de la French Tech vers davantage d'autonomie est inévitable" (Terra Nova)
  • Que fait vraiment la French Tech et avec quels résultats ?
  • Kat Borlongan prend la tête de la Mission French Tech : son portrait, ses missions
  • La French Tech va-t-elle enfin engendrer des licornes ?
  • Extension du décret Montebourg : "L'État risque de casser la French Tech" (Jean-David Chamboredon)

Enfin, la Bourse French Tech (45.000 euros d'aides pour le lancement d'un projet), le fonds French Tech Accélération (qui investit en fonds de fonds dans des accélérateurs de startups), et le fonds French Tech Seed, tous trois gérés par Bpifrance et spécialisés dans le pré-amorçage et l'amorçage, bénéficient de financements propres tout en faisant partie de la Mission French Tech.

Sylvain Rolland

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