Sanofi injecte 180 millions de dollars dans la startup Owkin : un grand pas pour l'intelligence artificielle dans la santé

Cet investissement massif d'environ 159 millions d'euros dans Owkin, qui utilise l'intelligence artificielle au service de la recherche de nouveaux médicaments, est un signe de la maturité de la technologie et un indicateur que les grands groupes pharmaceutiques mondiaux commencent à sérieusement exploiter le potentiel de l'IA dans la santé.
Sylvain Rolland

4 mn

(Crédits : Reuters)

C'est un pas de géant pour la startup franco-américaine Owkin, et une avancée symbolique importante pour l'ensemble des startups de l'intelligence artificielle dans la santé. Ce jeudi 18 novembre, le géant pharmaceutique français Sanofi a annoncé un investissement majeur de 180 millions de dollars (159 millions d'euros) dans la startup créée en 2016 à Paris par les médecins Thomas Clozel et Gilles Wainrib. Ce neuvième tour de table, d'après Dealroom, valorise Owkin plus d'un milliard de dollars, ce qui fait de la pépite une nouvelle licorne... américaine, le siège social ayant été depuis délocalisé à New York.

En plus de l'investissement -qui octroie à Sanofi entre 10% et 15% du capital-, le groupe pharmaceutique signe également un partenariat stratégique avec la startup autour de programmes de R&D consacrés à quatre formes de cancer (poumon, sein, myélome multiple et mésothéliome) afin de développer de nouveaux traitements.

L'intelligence artificielle appliquée à la recherche médicale de précision

Très vite prise au sérieux dans le monde médical et par les investisseurs (75 millions de dollars levés de 2016 à 2020, notamment par le fonds de capital-risque de Google, GV), Owkin applique l'intelligence artificielle au monde de la recherche médicale. Son secret : des algorithmes capable de faire parler les données et d'en tirer des modèles applicables à d'autres sources de données.

Concrètement, la startup utilise la méthode dite de "l'apprentissage fédéré" : Owkin installe et exploite localement des serveurs dans chacun des centres de recherche partenaires qui ont accepté de donner accès à leurs données, et y fait tourner ses algorithmes localement. Les apprentissages réalisés sont ensuite diffusés à tout le monde, ce qui nourrit la recherche globale. Autrement dit : la technologie d'Owkin permet aux hôpitaux et centres de recherche de collaborer sans que leurs données remontent dans un serveur central, ce qui est plus sécurisé. Les chercheurs peuvent ainsi établir des modèles d'IA plus performants car basés sur l'analyse de multiples sources de données.

Trouver de nouveaux anticancéreux grâce à l'IA, une promesse bientôt réalité ?

Sanofi espère que cette solution permettra à ses chercheurs d'accélérer leurs travaux et de mettre au point de nouveaux médicaments anticancéreux. « La solution d'Owkin, qui revient à appliquer l'IA aux données patients issues de partenariats avec divers centres hospitaliers universitaires, cadre avec notre ambition d'exploiter les données de façon innovante pour nos activités de R&D », indique dans un communiqué de presse Arnaud Robert, vice-président exécutif de Sanofi et directeur de la stratégie numérique.

Pour Owkin, obtenir le soutien d'un des plus grands groupes pharmaceutiques au monde est une preuve de crédibilité. « C'est notre plus gros accord, cela montre qu'un groupe pharmaceutique comprend l'importance de notre technologie et de notre plateforme pour la découverte de médicaments et dans les essais cliniques », déclare le cofondateur et CEO d'Owkin, Thomas Clozel.

C'est aussi une bonne nouvelle pour l'ensemble des startups qui œuvrent dans l'intelligence artificielle appliquée au domaine de la santé. Car la décision de Sanofi pourrait ouvrir une brèche et accélérer l'adoption de l'IA dans le monde de la recherche médicale. Les premiers essais cliniques de médicaments découverts à l'aide de méthodes assistées par l'IA sont en cours. D'après le Financial Times, la biotech britannique Healx a récemment débuté les essais cliniques d'un nouveau traitement contre le syndrome de l'X fragile. Et une autre biotech, Exscientia, a aidé le groupe pharmaceutique japonais Sumitomo Dainippon Pharma à découvrir un médicament pour traiter les troubles obsessionnels compulsifs, dont les essais humains viennent de commencer.

Si le chemin est donc encore long avant que le premier médicament découvert partiellement par une IA arrive sur le marché, la technologie est bel et bien en train de faire ses preuves dans le domaine de la santé. Alors que les questionnements éthiques et moraux battent leur plein autour de l'IA, notamment autour des biais dans le choix et l'utilisation des données brutes, le fait que des startups comme Owkin ou Exscientia réussissent à convaincre des laboratoires pharmaceutiques est un signal faible positif pour l'ensemble des innovateurs en santé.

Sylvain Rolland

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Commentaire 1
à écrit le 19/11/2021 à 8:55
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Une entreprise qui appartient en grande partie au peuple français, avec tout ce qu'on leur a "injecté" nous aussi.

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