Vin : le top 10 des innovations et applications

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La jeune pousse Vinify, partenaire de Vignerons indépendants, ambitionne avant tout de désacraliser le goût du vin et d'être le caviste qui connaît ses clients, explique Benjamin Pipat, mi-Bordelais, mi-Champenois, cofondateur de la startup lancée il y a un an.
Alors que les vendanges laissent augurer un bon millésime pour 2015, publicités et promotions ont envahi rayons et vitrines des magasins : l'heure est à la foire aux vins. Si l'ivresse ne dure qu'un temps, chaque jour le vin inspire de nombreux entrepreneurs en région. Tour d'horizon.

Impossible d'y échapper. Coups de coeur à tire-larigot, promotions et étiquettes fluorescentes à gogo, dans les supermarchés, chez les cavistes et sur Internet, la foire aux vins bat assurément son plein. Bref, le vin est indéniablement la vedette du moment dans les rayons. Mais tout au long de l'année, il n'est pas sans inspirer bon nombre d'entrepreneurs français, à voir toutes les jeunes pousses qui fleurissent chaque mois aux quatre coins de l'Hexagone: applications pour mobile, envois mensuels de coffrets à domicile, virées oenotouristiques...

"On constate une vraie dynamique à tous les niveaux", confirme Arnaud Daphy, consultant en marketing spécialisé dans la filière vin. "Le vin a changé de statut ces vingt dernières années. Il est passé de "boisson aliment" comme le pain à une "boisson culturelle", d'où cette profusion de projets afin d'apprendre à consommer de façon plus sophistiquée", analyse-t-il. Petit tour de France en sa compagnie.

Bien sûr, il y a les applications pour mobile comme l'américaine Vivino ou sa petite soeur française, Tagawine, qui permettent de scanner l'étiquette d'un vin, d'accéder à certaines informations telles que la note attribuée par les internautes, le prix moyen, et pouvant, accessoirement, servir de réseau social. Mais Arnaud Daphy n'est guère enthousiaste. "Il y aura peu d'élues", pense-t-il. En revanche, celles-ci constituent à ses yeux de vraies mines de données sur leurs utilisateurs, qu'il va falloir « savoir exploiter, afin, notamment, de prédire les goûts des internautes », avance-t-il.

On ne compte plus non plus les offres de coffrets "découverte" ou "sur mesure" à domicile. "Ce concept a certes un vrai potentiel, mais c'est tout sauf nouveau ! Le Club français du vin ou le Savour club existent déjà depuis bien longtemps. Cela dit, l'innovation vient du fait que cela se passe sur Internet désormais", concède Arnaud Daphy.

  • Vinify veut désacraliser le goût du vin

Alors chacun essaye d'apporter sa touche d'originalité pour se différencier des concurrents. À l'instar de Vinify, partenaire de Vignerons indépendants, qui ambitionne avant tout de désacraliser le goût du vin et d'être le caviste qui connaît ses clients, explique Benjamin Pipat, mi-Bordelais, mi-Champenois, cofondateur de la startup lancée il y a un an. "On sait dire si l'on aime ou pas un plat, mais pour le vin, on n'ose pas", remarque-t-il. Le site propose donc un questionnaire aussi surprenant qu'amusant ("Prenez-vous votre café ?", "noir", "avec du sucre", "avec du lait", "je n'en prends pas"...), qui permet ensuite, grâce à un savant algorithme, d'envoyer des vins personnalisés en fonction des goûts de chacun des clients, afin d'éviter toute déception. Avant d'être sélectionné, chaque vin a au préalable été classé par l'oenologue en fonction de 50 critères très précis, nourrissant l'algorithme créé par Benjamin Pipat. Le client reçoit ainsi une demi-douzaine de bouteilles parmi la centaine de références de la société. Et le résultat est bluffant. Audacieux et pointu, l'oenologue n'hésite pas à s'écarter des régions de prédilection des clients, tout en visant extrêmement juste, poussant à découvrir des domaines vers lesquels l'amateur ne se serait a priori pas aventuré seul. Via l'application, il est ensuite possible et conseillé de noter les flacons reçus et de faire des commentaires. Ce qui permettra d'affiner encore le choix de l'oenologue pour le prochain envoi.

  • MyVitibox fait apprendre le vin avec des sommeliers

Plus traditionnel, le site d'achat en ligne et d'envois de coffrets MyVitibox a été lancé il y a trois ans par Alban de Belloy, ancien consultant chez McKinsey & Company. Ce Clermontois est lui aussi parti du constat que le vin était un "produit un peu complexant, notamment en France". Le service se veut une expérience ludique pour le consommateur en faisant de la dégustation du vin un jeu grâce à des fiches didactiques. Une démarche éducative qui se retrouve dans le récent rachat de Prodégustation, qui revendique la première place des cours d'oenologie en France. Ceux-ci sont dispensés le week-end par une quinzaine de sommeliers et d'oenologues dans 13 villes. Depuis Noël 2014, Alban de Belloy a également lancé MyVitiAcademy qui propose des cours d'oenologie en ligne (le B.A.-BA : carafer un vin, la robe, le nez...) notamment grâce à des vidéos. Les vins sont sélectionnés par Alain Gousse, ancien sommelier de la Tour d'Argent et du Crillon.

  • Vinaddict veut favoriser les circuits courts

De son côté, la startup caennaise Vinaddict veut favoriser les circuits courts et les petits producteurs. Il est ainsi possible de s'approvisionner sur leur site mais également de recevoir des coffrets de deux ou trois bouteilles à domicile. Le client choisit ses catégories de vin (rouge charpenté/épicé, tannique/boisé, blanc sec/minéral, aromatique/ fruité, etc.) et, en fonction, reçoit chaque mois les bouteilles sélectionnées par les deux cofondateurs, Julien Ferraris et Guillaume Garnier, conseillés par deux oenologues. Chaque vin est accompagné d'une fiche pédagogique avec notamment les caractéristiques du nectar (la robe, le nez, en bouche), quelques mots sur le domaine et l'appellation située sur une carte. L'entreprise propose également des forfaits pour les mariages. Et ils ne comptent pas s'arrêter là, puisqu'une offre de dégustation à domicile est en préparation...

  • Le Pourboire garantit la découverte de "pépites" pour parfaire sa culture

Bien plus différent, Le Pourboire est un abonnement qui propose des vins "sortant des sentiers battus". Goûter "les meilleurs vins des plus grandes régions" pour parfaire sa culture du vin. Ou pour se constituer une cave au fil de l'eau. Ici, on ne choisit pas son type de vin, on fait confiance à son fondateur, Édouard de Luze. Bien entendu, le vin ne plaira pas forcément à tout le monde, puisque ce dernier fait en fonction de ses découvertes et de ses coups de coeur à lui. Mais c'est justement ce parti pris qui plaît à son public, "de vrais amateurs", assure ce fils et petit-fils de vigneron bordelais. Car selon lui, en effet, ses clients attendent de telles "surprises". Chaque mois, ils reçoivent ainsi une sélection de deux bouteilles "toujours bio, puisque le bon vin, c'est d'abord un bon raisin", glisse-t-il, avec une "gazette" aussi drôle qu'instructive qui retrace notamment l'histoire et les caractéristiques gustatives des breuvages scrupuleusement choisis.

  • Caviste authentique voulait réunir les cavistes indépendants

Un peu dans la même veine que Le Pourboire, on trouve le site Caviste authentique, partenaire de la Fédération nationale des cavistes indépendants, lancé début 2015.

Deux Parisiens, Elyes Bouteldja et Stéphane Da Mota, sont partis du constat d'un de leurs amis cavistes, qui déplorait le retard des indépendants en matière de transformation numérique. « Les cavistes indépendants sont complètement absents de la vente en ligne qui est en pleine croissance et font plus office de salles d'exposition », déplore Elyes Bouteldja. D'où la création de ce site où les vins, « des pépites que l'on ne trouve nulle part ailleurs sur le Web », assure-t-il, sont racontés par les cavistes dans de petites vidéos. La récupération des bouteilles se fait de toutes les façons possibles, selon les préférences du consommateur : retrait en boutique chez les cavistes ou en point relais, ou livraison à domicile plus ou moins rapide selon le tarif choisi.

  • Vinocasting mise sur sa communauté

Le site Vinocasting a lui aussi pour but d'aider les consommateurs perdus dans les rayons vins à déterminer leur profil œnologique. Et ce, grâce à un coffret de six demi-bouteilles à déguster à l'aveugle et dans un ordre bien précis, auxquelles le client met une note de 1 à 5 et peut, grâce à l'application mobile, établir son profil, afin de mieux choisir son vin sur le site. Cette autre société angevine, qui est train de conclure un partenariat avec un gros acteur de la vente de vin en ligne, a préféré laisser tomber les envois de coffret et ouvrira dans quelques jours une première boutique physique à Paris dans le XVIIe arrondissement. Avec l'objectif de se différencier des autres cavistes en ne proposant que "les vins préférés des membres de leur communauté, et surtout de permettre aux clients de déguster avant d'acheter", insiste son fondateur Alban Castaing.

  • Les Grappes, le "Facebook du vin"

Quant au site Les Grappes, c'est un peu le "Facebook du vin". Du moins c'est ce vers quoi tend la place de marché communautaire lancée à Paris il y a à peine un an. À mi-chemin entre un site d'e-commerce et un réseau social, celle-ci permet de commander du vin à distance "directement" chez le producteur, choisi en fonction des commentaires et des avis des membres inscrits. Et à terme, il sera même possible d'être mis en relation avec d'autres membres en fonction des affinités communes en matière de vin, confie l'instigateur du projet Loic Tanguy. L'idée est là encore d'aider le consommateur à s'y retrouver parmi la multitude de références. Mais aussi de rompre avec les chefs de file de la vente de vin sur Internet Cdiscount et Vente Privée. Surtout quand on sait que 97 % des Français ne s'estiment pas suffisamment experts pour choisir leur vin et que 65 % disent aimer acheter leur vin sur recommandation d'un proche.

  • Mon Caviste à la maison organise une dégustation à domicile

En revanche, avec Mon Caviste à la maison, c'est un peu le producteur qui vient à vous. Comme son nom l'indique, le principe de cette entreprise angevine lancée fin 2012 est de faire découvrir des vins à domicile. Pendant une heure trente, une douzaine de convives réunis chez l'hôte organisateur peuvent ainsi déguster gratuitement cinq vins apportés par l'un des 200 VDI (vendeur à domicile indépendant) formés par la société et accompagnés de quelques spécialités culinaires apéritives de la maison. Le tout se fait à "l'aveugle", et donc sans l'appréhension intrinsèque à cette discipline, afin de se focaliser sur le "ressenti" de chacun. Les hôtes donnent une note à chaque vin et se fient uniquement à leur propre goût. L'expérience se veut conviviale, il s'agit avant tout de "redécouvrir le plaisir du vin, qui s'adresse plus au consommateur qu'à l'amateur", insiste Christophe Guicheteau, le fondateur.

"C'est très malin de leur part d'avoir remis au goût du jour le concept de la "réunion Tupperware". Ce, pour un produit culturel autour duquel on s'amuse et on s'instruit", analyse Arnaud Daphy. La démarche semble fructueuse en effet puisque d'après Christophe Guicheteau, entre 80 et 90 % des participants signent un bon de commande! La société qui se targue d'être le chef de file du marché avec 9.000 clients va aussi lancer le concept d'un coffret de cinq bouteilles choisies par les soins de Christophe Guicheteau, envoyées tous les deux mois à domicile début octobre. En attendant, elle vient de lever 1,2 million d'euros au mois de juin. Ce qui va lui permettre de tisser sa toile au niveau national.

Dans le même esprit, il y a aussi Captain Bacchus, qui compte une agence à Fougères (Ille-et-Vilaine) et une autre à Montrouge (Hauts-de-Seine) et 180 VDI.

  • Aller à la rencontre des producteurs

Par ailleurs, plus que la dégustation à domicile, certains aspirent à rencontrer les vignerons en personne.

Trois Parisiens - dont deux anciens de Bouygues Telecom - ont ainsi lancé Ruedesvignerons.com au printemps, concurrent du site Vinizos.com qui permet de trouver et réserver facilement une visite-dégustation chez un vigneron. À ceci près que Rue des Vignerons "ne joue pas le rôle d'intermédiaire", précise Bartélémy Lavoinne, l'un des cofondateurs.

Les disponibilités sont mises à jour en temps réel et les réservations se font directement sur le site. Les fondateurs, trois amateurs de vins, souhaitaient simplifier la vie de ceux qui désirent aller à la rencontre des vignerons et découvrir leurs domaines.

Or "cette sélection prend du temps, aussi seules deux régions (Bordeaux et Loire) sont présentes sur le site" dont l'ergonomie rappelle celle de la célèbre plateforme Airbnb, précise Barthélémy Lavoinne. Il est ainsi possible de choisir un domaine en fonction de l'activité proposée, du prix et de se fier aux commentaires des internautes qui donnent au château visité une note sur 5 en fonction de l'accueil, de l'activité par rapport à sa présentation sur le site et de la qualité du vin dégusté.

La Champagne devrait bientôt suivre, puis la Bourgogne et l'Alsace en octobre et novembre.

  • Coravin permet de déguster un grand cru sans ouvrir la bouteille

En outre, certains entrepreneurs ont imaginé des objets afin d'améliorer, ou du moins de faire évoluer la consommation de vin. L'appareil imaginé par Coravin permet ainsi de déguster un grand cru sans ouvrir la bouteille. Point de magie. Avec ce système breveté et conçu par un amateur de vin américain issu du secteur médical on peut, grâce à une aiguille creuse qui s'insère dans le bouchon (nécessairement en liège), ne prélever qu'une petite quantité de la bouteille, qui est légèrement pressurisée via l'ajout d'un gaz neutre (argon). Celle-ci peut continuer son vieillissement naturel en évitant ainsi toute oxydation.

Cette invention de Greg Lambrecht, déjà vendue à 70 000 exemplaires à travers le monde (France, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Italie, Autriche, Irlande, Pays-Bas), peut s'avérer utile notamment pour savoir si le moment est venu de déguster une bouteille conservée plusieurs années dans sa cave. Mais surtout, "Coravin pourrait bien révolutionner les usages dans la restauration en permettant d'élargir leur offre de vin au verre", analyse Arnaud Daphy. "Un restaurateur peut ainsi se permettre d'ouvrir une bouteille à 10, 100 ou 1 000 euros pour un client et attendre plusieurs semaines voire un an avant de servir un deuxième verre", poursuit-il. Nicolas Paradis, fondateur du bar à vins Ô Chateau, rue Jean-Jacques-Rousseau à Paris, confirme :

"C'est exceptionnel, on l'utilise pour les vins les plus chers", comme un Château Latour 1985 à 173 euros le verre...

Un peu dans le même esprit, mais plus cher, la startup 10 Vins a été lancée par trois anciens cadres d'un grand groupe de cosmétiques, qui ont imaginé la "Nespresso du vin". La "D-Vine" se veut être une sorte de "sommelière à domicile", permettant de déguster le vin au verre à la bonne température et avec le degré d'aération optimal.

Elle fonctionne avec des tubes de verre, hermétiques et vidés d'air, contenant exactement 10 centilitres de vin (rouge, blanc ou rosé). Plus besoin de carafer le vin ni de le mettre au frais.

La machine se charge du service de A à Z, grâce aux informations figurant sur l'étiquette RFID du tube, que la machine analyse par radio-identification. Le tout en moins d'une minute. Pendant laquelle, l'utilisateur peut scanner cette étiquette avec son smartphone ("sans télécharger une quelconque application", insiste un des cofondateurs) et visionner une petite vidéo explicative du vigneron producteur. La startup vient de lever 850 000 euros et va lancer la fabrication de sa machine (fabriquée en France) qui sera commercialisée début novembre.

  • Rawell a breveté un aérateur et un rafraîchisseur de vin

Les amateurs de vins plus modestes ne sont pas en reste, car il existe d'autres inventions, comme les accessoires proposés par la société Rawell. À savoir, un aérateur de vin Vinturi accélèrant la décantation du vin. Il permet ainsi de déguster le vin sans avoir à attendre qu'il s'aère.

Le mieux est tout de même de goûter le vin avec et sans, car tous ne gagnent pas à être carafés. L'entrepreneur Stéphane Lavigne, originaire d'Arsague, près de Dax, a obtenu l'exclusivité de la commercialisation de cet accessoire imaginé par un ex-ingénieur d'Apple.

Autre innovation de Rawell : un rafraîchisseur de vin (Corkcicle Air), qui permet de garder le vin blanc frais et le vin rouge à bonne température, grâce à astucieux tube (rempli d'un gel), qui, préalablement rafraîchi au congélateur, va permettre, une fois placé dans la bouteille, de conserver une température adéquate.

Enfin, un drôle d'objet baptisé Air Cork permet d'augmenter la durée de vie d'une bouteille entamée, grâce à un petit ballon en latex (réutilisable 80 fois).

Concrètement, on place le ballon au fond de la bouteille. Celui-ci est relié à une petite poire par un tube, qui permet de le gonfler, jusqu'à ce que le vin ne soit plus en contact avec l'air. Il ne s'oxyde donc pas, et se conservera mieux.

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Commentaires
a écrit le 05/10/2015 à 11:01 :
Très bon article, mais incomplet, il manque Wine Republik, une plateforme qui permet d'acheter son vin en direct producteur que j'ai découvert il y a qq jours, avec une très bonne sélection de vins, dont pas mal en bio et biodynamie.

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