Investissements d'avenir : des milliards disponibles... mais peu de candidats dans le numérique

En trois ans, l'Etat s'est surtout engagé dans des subventions dédiées à des projets de recherche. Seulement 9,3 des 400 millions d'euros du FSN-PME ont été investis dans les start-up et la numérisation du cinéma a pris du retard. Seulement 87 millions sur une enveloppe de 3,6 milliards d'euros ont été effectivement décaissés.

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C'est un paradoxe bien français. Pendant trois semaines, les entrepreneurs n'ont cessé de tirer la sonnette d'alarme sur le projet de loi de finance du gouvernement, prévenant de la sécheresse financière prochaine qui toucherait les start-up et le numérique en général. Pourtant, sur le papier, de l'argent, il y en a. Lancé par Nicolas Sarkozy en 2009, le grand emprunt -rebaptisé «Investissements d'avenir»- réservait une enveloppe de 4,25 milliards d'euros au numérique, soit via des subventions ou sous forme d'investissements. Une soulte tellement élevée au regard des besoins réels que le montant et la répartition ont été entre temps modifiés -450 millions d'euros sont partis à la banque de l'industrie et 200 autres millions destinés aux entreprises ont été réorientés vers le fonds national d'amorçage, déjà doté de 400 millions d'euros.

Au final, il a été plus facile pour l'Etat d'attirer des candidats aux subventions pures et dures (636 des 850 millions d'euros alloués à des projets de recherche dans les nouveaux usages ont été engagés, selon un rapport de Bercy annexé au projet de loi de finance 2013), que d'intervenir comme «investisseur avisé» dans des entreprises ou des projets rentables. A ce stade, 87 millions sur un total de 3,6 milliards d'euros ont effectivement été décaissés.

Seulement 6 projets et 9,3 millions d'euros pour les PME
L'enveloppe du FSN-PME, le FCPR géré par CDC Entreprises et doté de 400 millions d'euros a, à peine, été entamée. Depuis son inauguration par l'ancien ministre de l'Industrie et du Numérique Eric Besson en juin 2011, ce fonds, qui intervient en appui d'autres sociétés de capital risque, est censé investir des tickets compris entre 1 et 10 millions d'euros sur des tours de table allant de 3 à 30 millions. Une première tranche de 100 millions d'euros a été engagée. Fin août, le FSN-PME avait financé six opérations seulement pour un montant de... 9,3 millions d'euros, pour des tickets de 3 millions d'euros maximum. On est loin des dizaines de projets visés par Eric Besson.

Le FSN-PME a par exemple injecté 1,3 million d'euros dans Wallix, un éditeur de logiciels de sécurité. L'an passé, il avait investi 3 des 7 millions levés par e-Blink (solutions pour les stations mobiles) et octroyé 1 million à TalentSoft (solution logicielle de ressources humaines)... Comment expliquer un démarrage aussi poussif? Au printemps dernier, les fonctionnaires du Commissariat général à l'investissement (CGI) pointaient du doigt un manque de notoriété du dispositif, et surtout sa complexité. En tant qu'accompagnateur, le fonds ne peut intervenir en direct. En 2011, le Conseil national du numérique considérait que les dossiers étaient fastidieux et complexes à monter pour des jeunes pousses.

Réorientation du FSN-PME

Face à ce bilan mitigé, le FSN-PME, qui prévoit «une accélération du rythme des investissements au deuxième trimestre», va entamer une «démarche pro-active» envers les entreprises en phase de capital développement. En d'autres mots, pour dépenser plus et plus vite, le FSN-PME quitte le monde des start-up.

Le grand emprunt avait aussi l'ambition de financer de «grands projets» industriels en créant des écosystèmes. Une enveloppe de 350 millions d'euros était dédiée à cet objectif. Là aussi, le bilan est en demi-teinte. Le gouvernement n'a pas réussi à aller au-delà du «cloud computing»... et l'expérience a prouvé combien il était difficile de faire collaborer des grands groupes. Après mille rebondissements et un double divorce de Dassault Systèmes, d'abord avec Orange, puis avec SFR, deux projets concurrents ont fini par émerger. L'Etat a donc décidé de financer deux projets au lieu d'un pour 150 millions d'euros en tout -France Télécom et Thales d'un côté (Cloudwatt) et SFR et Bull de l'autre (Numergy). En parallèle, Bull est passé une deuxième fois à la caisse, grâce à NumInnov, un troisième projet, qui a obtenu 10 millions d'euros.

Un seul accord signé sur la numérisation du cinéma
Le gouvernement voulait aussi profiter de cette manne pour donner un coup d'accélérateur à la numérisation de la culture. L'idée: pousser des projets capables d'avoir un retour sur investissement. Trois établissements publics -l'INA, le Centre Pompidou et la BNF- ont reçu des fonds. Mais la numérisation d'au moins 1.500 films, promise à Cannes en 2011 et qui s'était concrétisée par la signature d'un accord-cadre avec les studios français (Studio Canal, Gaumont, TF1, Pathé...) attendra: pour l'instant, seul Gaumont a obtenu 15 millions d'euros pour numériser 270 films.

Le lent financement du très haut débit
Deuxième axe de la stratégie numérique: le financement du très haut débit. Les collectivités locales peuvent puiser dans les 900 millions d'euros de subventions publiques destinées à construire des «réseaux d'initiative publique». A ce jour, 10 projets ont été co-financés, l'Etat s'étant engagé à hauteur de 242 millions d'euros pour un montant total de 1,4 milliard d'euros. Mais pas facile d'inciter des collectivités et d'autres acteurs à investir uniquement sur des zones peu denses. De fait, regrette le rapport, «compte tenu du déséquilibre entre le coût d'investissement et les recettes d'usage attendues, il n'existe pas de modèle économique». Quant à l'équipement des zones denses, l'Etat avait prévu de prêter un milliard d'euros pour aider les opérateurs télécoms. Même si une première tranche de 300 millions d'euros a été débloquée, aucun d'entre eux n'y a eu recours. 

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Commentaires 4
à écrit le 26/10/2012 à 10:46
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Avec la fibre optique et les Data Center, le numérique financé par les pouvoirs publics se résume à du BTP, de l'électricité et de la climatisation. On appelle ça Plan Très Haut Débit et Cloud Computing, cela fait plus high tech. Tous les équipement...

à écrit le 26/10/2012 à 10:10
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Bonjour, Je suis un petit opérateur dans les télécom, ma boite existe depuis 2005 et nous on a plein d'idées de développement mais croyez vous que quelqu'un ce serait intéressé à nous pour nous proposer ce genre de fonds d'investissement, non, naka,...

à écrit le 26/10/2012 à 9:25
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Cet article est très intéressant et illustre bien l'échec cuisant de Sarkozy et de son gouvernement à relancer l'économie et à développer une industrie innovante et exportatrice. On nous a rebattu les oreilles sur les effets miraculeux qu'aurait Le G...

à écrit le 26/10/2012 à 9:09
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Quand le politique veux maîtriser l'économie c'est toujours la méme chose cela ne marche pas. On met la charrue avant les b?ufs. Une entreprise cherche des capitaux quand elle a un projet a développer susceptible d?être rentable. Ici c'est l'inverse ...

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