Le streaming croît mais reste encore marginal en France

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Plus de deux tiers des Français écoutent de la musique sur internet, mais moins de 10% ont souscrit un abonnement en streaming, selon un sondage publié dimanche par la Sacem .

Plus de deux tiers des Français écoutent de la musique sur internet, mais moins de 10% ont souscrit un abonnement en streaming, selon un sondage publié dimanche par la Sacem à l'occasion du Midem à Cannes. Selon cette étude réalisée par Ipsos MediaCT, 70% des Français écoutent de la musique en ligne, principalement sur YouTube (86%). Le site gratuit de partage de vidéos arrive loin devant Deezer (58%), les sites internet des radios (49%), Dailymotion (47%) et Spotify (17%). Seuls 8% des personnes interrogées déclarent avoir souscrit un abonnement pour écouter de la musique en ligne. Ce mode de consommation permet d'écouter de la musique sans la posséder, en s'abonnant ou en passant par des sites gratuits et financés par la publicité.

Deezer, la pratique la plus fréquente

Au sein de ce groupe, la pratique la plus fréquente est la souscription d'un abonnement à Deezer au sein d'un forfait de l'opérateur télécom Orange (28%). Hors de ce "bundle", 21% ont souscrit un abonnement à 9,99 euros (à Deezer ou un autre service de streaming) et 20% un abonnement à 4,99 euros. Alors que les ventes en téléchargement ont reculé en 2013 en France et aux Etats-Unis, l'industrie musicale compte sur le développement du streaming par abonnement pour devenir le nouveau relai de croissance du secteur. Selon ce même sondage, la quasi-totalité des personnes interrogées (99%) déclarent écouter de la musique dans leur vie quotidienne, principalement via leur autoradio (68%), leur ordinateur (59%) ou la radio (56%). Près de 9 Français sur 10 se tiennent informés des dernières actualités musicales, en écoutant la radio (59%), sur internet (47%) ou en regardant la télévision (46%).

Forte progression dans le monde

L'écoute de musique en streaming progresse fortement dans le monde, mais l'industrie musicale réunie au Midem s'interroge : ce nouveau mode de consommation va-t-il lui permettre de sortir la tête de l'eau ou au contraire prolonger la crise ? Alors que l'industrie du disque a longtemps espéré que le téléchargement vienne un jour compenser la chute des ventes de CD, celui-ci a reculé en volume l'année dernière aux Etats-Unis pour la première fois depuis la création d'iTunes en 2003.

Samsung va-t-il investir dans Deezer?

 

Dix ans à peine après avoir plongé l'industrie musicale dans une profonde crise, le marché numérique est déjà en train de se restructurer au profit du streaming. Ce mode de consommation attire les investisseurs. Selon la presse, Samsung s'apprêterait à investir dans le français Deezer. Son concurrent hexagonal haut de gamme Qobuz s'est implanté cet automne dans huit pays européens. Aux Etats-Unis, les cofondateurs des casques Beats by Dre viennent de lancer un service axé sur les recommandations.

En Suède, pays pionnier et patrie de Spotify, le streaming a tiré vers le haut le chiffre d'affaires de l'industrie de la musique enregistrée, en hausse de 5% en 2013 pour la troisième année consécutive. Mais c'est loin d'être le cas partout. En France, notamment.

"C'est un marché qui va se développer parce qu'il va se segmenter par la qualité du son, de la recommandation, par les goûts musicaux, la catégorie socio-professionnelle du public... Je pense que l'abonnement pourrait commencer très bas et monter beaucoup plus haut qu'aujourd'hui", dit à l'AFP le Pdg de Qobuz, Yves Riesel.

Une écoute rapporte moins

Mais une écoute rapporte beaucoup moins qu'un téléchargement aux maisons de disques, qui négocient âprement les droits que doivent leur reverser ces services à l'équilibre économique très fragile. Du côté des artistes, de Radiohead à Pink Floyd, de plus en plus de voix s'élèvent pour dire que les musiciens sont lésés, en particulier ceux dont la carrière démarre et qui ne peuvent pas compter sur un montant élevé de royalties. Cet automne, la fronde a conduit Spotify à lever -- un peu -- le voile sur ce qu'il reversait aux artistes : en moyenne 0,007 dollar (0,005 euro) par écoute.

"Si les sites de streaming se contentent d'être des juke-boxes que les gens utilisent pour écouter des chansons qu'ils connaissent déjà, il n'y aura pas d'argent pour financer la création. Nous avons la responsabilité commune (avec les artistes et les labels, ndlr) de faire découvrir de nouveaux artistes à nos utilisateurs", a concédé le Pdg de Deezer, Axel Dauchez, lors d'un débat consacré au sujet au Midem.

Piratage

"Nous sommes en train de construire, le streaming n'en est qu'à 5% de son potentiel. Quand il aura atteint une taille significative en terme d'utilisateurs, les revenus seront plus significatifs. On doit penser sur le long terme. Et ne pas oublier qu'avant le streaming, il y avait le piratage", a plaidé Eddy Maroun, Pdg du service libanais Anghami. "L'avenir, c'est une combinaison du téléchargement et du streaming, estime de son côté Yves Riesel. En accord avec Daft Punk, iTunes a proposé aux gens d'entendre le dernier album gratuitement avant sa sortie en poussant à le précommander et ça a marché de manière extraordinaire. La recette de cet album a été sans commune mesure avec ce qu'elle aurait été si Daft Punk l'avait mis en écoute sur Spotify".

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