La startup de la semaine : comment Lifen améliore le suivi du parcours de santé

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Lifen permet de partager des documents entre praticiens via une messagerie sécurisée.
Lifen permet de partager des documents entre praticiens via une messagerie sécurisée. (Crédits : Reuters)
Toutes les semaines, La Tribune braque les projecteurs sur une pépite méconnue de la French Tech. Cette semaine, Lifen. La startup parisienne créée par Franck Le Ouay, ancien de Criteo, et soutenue par l'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, lève 20 millions d'euros supplémentaires pour déployer partout en France sa messagerie sécurisée pour les médecins, intégrable à tous les logiciels métier du marché. Son objectif : éviter les actes médicaux inutiles ou redondants en améliorant la communication entre les praticiens à toutes les étapes du parcours de soin.

Faire son trou, pour une startup, dans le secteur très réglementé de la santé n'est pas une mince affaire. Entre les nombreuses contraintes réglementaires et administratives, l'enjeu de la protection des données sensibles et l'éclatement des acteurs sur tout le territoire, "disrupter" les pratiques des médecins s'apparente à un chemin de croix qui a épuisé plus d'un entrepreneur. Pas Lifen.

Créée en 2015 par l'expérimenté Franck le Ouay, ancien de Criteo, associé à l'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, la startup annonce ce jeudi 13 juin le succès de sa deuxième levée de fonds, d'un montant de 20 millions d'euros, auprès des fonds Partech, Idinvest Partners et Majycc eSanté. Serena et Daphni, les investisseurs ayant mené le premier tour de table de 7,5 millions d'euros en mars 2018, remettent aussi au pot.

Lire aussi : E-santé : la startup Lifen lève 7,5 millions d'euros pour changer le quotidien des médecins

Messagerie sécurisée et interopérable entre praticiens d'établissements différents

Si le carnet d'adresse de l'ancien ministre Philippe Douste-Blazy a beaucoup aidé Lifen à obtenir des rendez-vous dans les hôpitaux, la pépite parisienne doit surtout son succès à son positionnement malin et à la simplicité d'usage de son service. Bien que de nombreuses startups développent des messageries sécurisées pour les praticiens, Lifen se distingue en ayant développé une plateforme interopérable avec 100% des DPI (dossier patient informatisé), capable d'interagir avec tous les logiciels métier existants. Son "astuce" : passer par l'imprimante, un outil qui équipe toutes les structures médicales. Le praticien ou le secrétaire médical peut ainsi envoyer n'importe quel document (analyse sanguine, radio, scanner...) en quelques secondes. Le destinataire le reçoit instantanément tandis que le document est "converti" pour être lisible par n'importe quel logiciel métier.

"C'est comme une prise universelle dans la santé, précise Franck Le Ouay. Une fois que Lifen est intégré, il suffit d'appuyer sur "envoyer", d'indiquer le destinataire dans un annuaire mis à jour en permanence, et le tour est joué".

Grâce à son outil "low tech", Lifen revendique faire gagner du temps et des économies. Le coût moyen de l'envoi d'un compte-rendu est de 0,65 euros avec Lifen, soit moins cher que l'envoi postal. Le budget courrier de l'hôpital s'en retrouve divisé par trois, revendique l'entreprise, et permettrait de faire économiser une heure de travail par jour au secrétaire médical en charge du courrier.

Niveau sécurité, la solution demande une double authentification, intègre le chiffrement de bout en bout et affiche sa conformité avec les normes HDS et ISO 27001. "Lifen n'a pas accès aux données de santé, elles ne font que transiter, de manière chiffrée, par notre service", affirme Franck Le Ouay.

Beaucoup de concurrents mais un marché à conquérir

Lifen s'attaque ainsi au problème bien connu de la communication entre établissements de santé de ville et les hôpitaux, donc de la cohérence du parcours de soin. Aujourd'hui, environ 25% des actes médicaux seraient redondants ou inutiles. "Vous faites une radio en ville, puis le lendemain à l'hôpital on vous refait l'examen car personne n'a eu accès à votre première radio. Le patient subit une double dose de radiations et l'hôpital perd du temps et de l'argent", démontre Franck Le Ouay. La solution évite aussi aux établissements d'avoir des fiches patients incomplètes ou non-mises à jour.

"Comme il existe des centaines de logiciels métier différents en fonction des spécialités, et qu'ils ne sont pas compatibles les uns avec les autres, les informations des patients sont disséminées partout. Cette complexité est absurde, d'autant plus que des vies sont en jeu. Si on permet à un médecin de disposer des bonnes informations, il peut prendre la meilleure décision médicale possible, y compris éviter des actes inutiles", plaide l'entrepreneur.

Bien entendu, Lifen n'est pas seul sur ce marché. De nombreux projets ont été lancés par les établissements. D'autres startups proposent des messageries sécurisées, sans compter que de nombreux médecins, notamment libéraux, s'envoient des documents par courriel ou via WhatsApp, cette dernière étant de plus en plus populaire dans les hôpitaux entre les services. Depuis 2012, l'ASIP Santé, l'agence française de la santé numérique, a également lancé MSSanté, qui fournit le même service que Lifen. Concurrence insurmontable ? Franck Le Ouay se réjouit au contraire de l'initiative gouvernementale.

"MSSanté n'est pas un concurrent, c'est un protocole qui fixe les règles des communications sécurisées entre établissements de santé. Lifen est un intégrateur du protocole MSSanté. La différence est que nous proposons un service bien plus simple d'utilisation, notamment grâce à notre annuaire automatisé, et plus efficace. L'Etat a bien fait les choses en fixant le cadre tout en laissant au privé la possibilité d'améliorer l'usage", précise l'entrepreneur.

Le lancement, l'an dernier par l'Etat, du programme gouvernemental "Ma Santé 2022" comporte également un volet dédié à l'accélération de la transformation numérique des établissements de santé en facilitant la communication entre les praticiens. Une aubaine pour Lifen, puisque ce plan va pousser l'ensemble de la profession à renoncer, petit à petit, aux courriers papiers.

Accélérer la commercialisation, développer de nouvelles fonctionnalités

Au moment de la première levée de fonds de 7,5 millions d'euros, en mars 2018, la solution Lifen était testée par une vingtaine d'établissements de santé en France, et avait permis d'envoyer plus de 40.000 compte-rendus et examens. Quinze mois plus tard, la startup a signé avec de grandes structures comme les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, le CHU d'Angers, l'Hôpital universitaire Robert Debré ou encore le Ramsay Général de Santé, qui est le premier groupe de cliniques et d'hôpitaux privés en France. "Tous les établissements qui ont effectué un projet pilote avec nous ont généralisé la solution", se réjouit Franck Le Ouay. La startup revendique aujourd'hui parmi ses clients "une soixantaine" d'établissements de santé public, tandis que 70.000 praticiens libéraux recevraient des documents via Lifen. "Le temps gagné par les praticiens libéraux représentera l'équivalent de 300.000 consultations en 2019", anticipe le cofondateur.

La startup compte utiliser son nouveau pécule de 20 millions d'euros pour accélérer la commercialisation de ses solutions, à la fois auprès des établissements de santé que des praticiens libéraux en ville. Pour cela, elle compte doubler ses effectifs de 70 salariés aujourd'hui (une vingtaine l'an dernier) et cherche surtout des profils de développeurs, opérations et ventes. Elle vise entre 15% et 20% du marché du courrier médical d'ici à la fin de 2019.

Pour consolider sa place dans le marché, Lifen mise aussi beaucoup sur l'intelligence artificielle. L'objectif : "interpréter les document, les envoyer aussi au DMP du patient (dossier médical partagé) et, à terme, automatiser les taches administratives des praticiens, notamment les libéraux qui n'ont pas d'assistants", précise Franck Le Ouay.

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