Manipulation politique : Facebook supprime 652 comptes attribués à la Russie et l'Iran

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Facebook, plus grand réseau social au monde, est utilisé par plus de 2,2 milliards d'utilisateurs.
Facebook, plus grand réseau social au monde, est utilisé par plus de 2,2 milliards d'utilisateurs. (Crédits : Dado Ruvic)
Le réseau social a déclaré le 21 août avoir supprimé 652 pages et comptes à l'origine d'une campagne d'influence d'envergure. Pour la première fois, l'Iran est cité parmi les auteurs de ces opérations de manipulation, au côté de la Russie. Alors que les élections législatives américaines se dérouleront en novembre, Facebook veut éviter une redite du scandale de 2016. La plateforme avait été épinglée pour avoir diffusé de la propagande russe lors de la campagne présidentielle.

Facebook joue la carte de la transparence. Le plus grand réseau social au monde, utilisé par plus de 2,2 milliards d'utilisateurs, a annoncé le 21 août avoir démantelé des opérations de tentatives de manipulation politique. Au total, 652 pages, groupes et comptes, ont été supprimés de Facebook et Instagram, son application de partage de photos, pour "comportement inauthentique coordonné". Pour la première fois, l'Iran est cité parmi les auteurs de ces campagnes de propagande, au côté de la Russie. Les pays ciblés étaient les États-Unis, le Royaume-Uni, le Moyen-Orient et l'Amérique latine.

Si les campagnes ne sont pas reliées entre elles, selon Facebook, les auteurs "utilisent des techniques similaires en créant des réseaux de comptes pour tromper les internautes sur ce qu'ils font et qui ils sont", explique le réseau social dans une note de blog publiée mardi.

Trois types de campagnes ont été détectées après "des mois" d'enquête. La première a été menée par un groupe baptisé "Liberty Front Press", qui, selon Facebook, est affilié "à des médias d'État iraniens", dont Press TV. Cette première opération regroupait 223 comptes et pages sur Facebook et Instagram. Au moins 155.000 comptes ont suivi au moins l'une de ces pages sur Facebook. Au total, 6.000 dollars de publicité ont été dépensés sur les deux plateformes, entre janvier 2015 et août 2018. La deuxième campagne est également reliée à 87 comptes et pages, se faisant passer pour des médias. Le premier cas suspect a été détecté en 2016, et aucune dépense publicitaire n'a été enregistrée dans le cadre de cette opération.

Enfin, une troisième campagne de propagande a été réalisée par 339 comptes et pages sur Facebook et Instagram. Des messages rédigés en arabe et en persan visaient les internautes du Moyen-Orient. Des messages écrits en anglais évoquaient également la politique américaine et britannique. Environ 813.000 comptes ont suivi au moins une de ces pages Facebook et 10.000 comptes ont suivi au moins un profil Instagram. Au total, plus de 6.000 dollars de dépenses publicitaires ont été réalisées pour placer des annonces sur les réseaux sociaux, entre juillet 2012 et avril 2018.

Impossible de résoudre seul le problème, selon Facebook

Face à des campagnes de propagande d'une telle ampleur, Facebook a réitéré un aveu d'impuissance pour s'attaquer seul à ce fléau.

"Bien que nous faisons des progrès pour éliminer ces abus, comme nous l'avons déjà dit, c'est un défi permanent car les personnes responsables sont déterminées et bien financées. Nous devons constamment nous améliorer pour rester en tête. Cela signifie créer de meilleures technologies, engager plus de monde et travailler plus étroitement avec les forces de l'ordre, les experts en sécurité et d'autres entreprises. Leur collaboration a été cruciale pour notre enquête, car aucune entreprise ne peut lutter seule contre cela", a détaillé le fleuron de la Silicon Valley sur son blog.

La difficulté réside également dans le choix du moment d'intervention. "Il y a toujours une tension entre éradiquer rapidement ces mauvais acteurs et améliorer au long terme nos défenses. Si nous les supprimons trop rapidement, cela devient plus compliqué de connaître l'étendu de leur tactique et de leurs réseaux. Cela limite également notre collaboration avec les autorités policières, qui mènent souvent leurs propres enquêtes", justifie Facebook. Dans le cas contraire, supprimer les comptes suspects trop tard revient à exposer les utilisateurs du réseau social à des contenus pouvant devenir rapidement viraux... Comme cela a été le cas en 2016, lors de la course à la Maison Blanche.

Facebook - entre autres - a servi de plateforme de diffusion de propagande attribué à la Russie. Le but : discréditer la candidate démocrate Hillary Clinton, jugée par Moscou moins favorable aux intérêts de la Russie, selon les agences de renseignement américaines. La Russie a toujours nié ses accusations. L'entreprise de Mark Zuckerberg avait été appelée à témoigner devant le Congrès, où elle avait admis qu'environ 126 millions d'Américains avaient été exposés à du contenu généré par des entités russes sur deux ans. Facebook avait alors fait son mea culpa, s'excusant de ne pas avoir détecté plus tôt ces malversations.

Une "top priorité" pour Zuckerberg

Alors que les élections américaines de mi-mandat se dérouleront en novembre prochain, une répétition d'une telle ampleur ferait planer des accusations de laxisme sur le réseau social. Facebook, qui veut se montrer pro-actif sur la question, anticipe donc en jouant la carte de la transparence. Au début du mois, l'entreprise avait déjà annoncé la suppression de 32 comptes et profils sur Facebook et Instagram, suspectés de participer à une campagne d'influence. "C'est une course aux armes, et nous aussi nous avons constamment besoin de nous améliorer", martelait alors le groupe de Mark Zuckerberg dans un communiqué.

C'est pourquoi, Facebook a doublé ses effectifs dédiés à la sécurité de ses plateformes cette année, revendiquant 20.000 salariés uniquement mobilisés sur la question. Le réseau social a aussi adopté une batterie de mesures - en renforçant la transparence pour les publicités politiques, luttant contre les faux comptes, musclant son système d'intelligence artificielle pour détecter des contenus litigieux... Évoquant les scrutins à venir, Mark Zuckerberg a affirmé que cette lutte des usages détournés de la plateforme était la "top priorité" de Facebook.

Lire aussi : Facebook supprime des comptes dans sa "course aux armes" contre les manipulations politiques

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