Taxe Gafa : vers une riposte américaine ?

Les géant du numérique sous pression. Affublé d'une tête de Marc Zuckerberg, le PDG de Facebook, un manifestant réclame la taxation des Gafa devant le siège de l'UE, à Bruxelles, en décembre dernier.
Reuters

Les géant du numérique sous pression. Affublé d'une tête de Marc Zuckerberg, le PDG de Facebook, un manifestant réclame la taxation des Gafa devant le siège de l'UE, à Bruxelles, en décembre dernier.
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Les Etats-Unis se disent prêt à coopérer. Alors que la pression augmente pour une meilleure taxation des géants du Net, Washington a réitéré ce mardi matin sa volonté de poursuivre les négociations dans le cadre de l'OCDE.
Les règles financières, instaurées dans les années 20, permettent actuellement d'imposer les entreprises via leur présence physique dans un pays (siège social, entrepôts, bureaux...). Un système largement dépassé à l'heure du numérique, qui ne prend pas en compte le caractère immatériel des activités et la création de valeur qui en découle. Conséquence : l'évasion fiscale fait perdre des milliards de dollars de revenus aux Etats, qui assistent à une érosion de leur base d'imposition. Ils observent la fuite des bénéfices des géants de la tech vers des paradis fiscaux, comme les Bermudes, ou vers des pays à faible imposition, comme le Luxembourg ou l'Irlande au sein de l'Union européenne. Ainsi, en 2017, Google à lui seul aurait transféré près de 20 milliards d'euros vers le paradis fiscal des Bermudes.
Fin janvier, 127 pays -- dont les Etats-Unis -- se sont engagés à trouver un accord d'ici 2020 dans le cadre de l'OCDE. Washington, pourtant historiquement réticent au projet, entend désormais peser dans les débats pour préserver ses champions, dont les fameux Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon).
C'est pourquoi les Etats-Unis proposent de taxer les sociétés sur la base de leurs actifs incorporels, c'est-à-dire les brevets, marques, licences, qui permettent à une société de se faire un nom et donc, développer ses parts de marché. Une telle option s'appliquerait donc aussi bien aux entreprises tech, qu'aux autres industries.
La proposition américaine englobe donc l'option britannique, qui plaide pour une taxe au prorata du nombre d'utilisateurs par pays. La piste de réflexion de Washington lui permettrait de répliquer au niveau international une disposition tirée de leur propre réforme fiscale, adoptée l'année dernière. Il s'agit de la nouvelle taxe dite "gilti" ("global intangible low-taxed income" pour "revenu global incorporel faiblement imposé"), permettant d'imposer les actifs incorporels.
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Dans un rapport présenté en février, l'OCDE proposait de distinguer les actifs incorporels liés au marketing - marques, liste de clients, fonds de commerce... qu'elle pourrait taxer - et les actifs industriels comme les brevets et les licences, qui engendrent déjà de gros coûts et qui pourraient être exemptés de taxes supplémentaires.
L'Union européenne a formellement suspendu mardi son projet de taxe européenne à destination des géants du numérique. Comme prévu, l'Irlande, la Suède, le Danemark et la Finlande se sont opposés au projet. Or l'unanimité des 28 pays est requise en matière fiscale. Face à cette inertie, de nombreux pays européens planchent sur des taxes nationales. C'est le cas de la France, qui a présenté la semaine dernière sa "taxe Gafa"... qui n'est pas au goût de Washington.
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Et de poursuivre : "Si les taxes unilatérales se multiplient, cela risque d'entraîner davantage de complexité, une double imposition (pour les entreprises) et une difficulté de conclure un consensus international. L'OCDE se doit de maintenir la cohérence au niveau international."