Telegram : Pavel Durov inculpé et remis en liberté sous contrôle judiciaire
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Accompagné de son garde du corps et de son assistante, le patron de Telegram a été interpellé le 24 août dans l'aérogare du Bourget.
Albert Gea
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Accompagné de son garde du corps et de son assistante, le patron de Telegram a été interpellé le 24 août dans l'aérogare du Bourget.
Albert Gea
[Article publié le mercredi 28 août 2024 à 08h09 et mis à jour à 22h03] Le couperet est tombé ce mercredi peu avant 22h. Après une garde à vue de 96 heures, le milliardaire franco-russe Pavel Durov a été inculpé et remis en liberté sous contrôle judiciaire, selon Laure Beccuau, la procureure de Paris.
Lourd, son contrôle judiciaire prévoit l'obligation de remettre un cautionnement de 5 millions d'euros et de pointer au commissariat deux fois par semaine, et l'« interdiction de quitter le territoire français », selon le communiqué de la magistrate.
Sa mise en examen à Paris lui a été notifiée par deux juges d'instruction pour une litanie d'infractions relevant de la criminalité organisée, a annoncé la procureure de Paris, dans un communiqué. Le magnat de la tech russe avait été transféré mercredi en début d'après-midi au palais de justice de Paris en vue d'une éventuelle mise en examen.
Accompagné de son garde du corps et de son assistante, le fondateur milliardaire franco-russe de Telegram a été interpellé samedi soir dans l'aérogare du Bourget, en vertu d'un mandat de recherche français, puis placé en garde à vue. Agé de 39 ans, il arrivait de Bakou (Azerbaïdjan) et devait passer au moins la soirée à Paris, où il avait prévu de dîner.
Parmi les douze infractions qui lui sont reprochées, figure une liée à des « violences graves » sur un de ses enfants à Paris, a appris ce mercredi soir l'AFP de source proche du dossier. Cette enquête-là est confiée à l'office des mineurs (Ofmin), qui vient d'être ouverte, a ajouté la même source, en précisant que les faits auraient été commis sur un fils du milliardaire franco-russe né en 2017, alors qu'il était scolarisé à Paris.
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Le jeune garçon vit désormais en Suisse avec sa mère. Elle avait déposé plainte en Suisse en 2023, accusant son ex-compagnon de violences sur un de ses enfants, a-t-on poursuivi de même source.
Dans le volet de l'affaire liée à Telegram, son patron risque d'être mis en examen pour ne pas avoir agi contre la diffusion de contenus criminels ou délictueux sur cette messagerie cryptée, qui compte plus de 900 millions d'utilisateurs. Pour rappel, il a été arrêté dans le cadre d'une information judiciaire ouverte contre X le 8 juillet, et dirigée par des juges d'instruction spécialisés de Paris. Ce, après une enquête préliminaire de la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris.
Elle vise notamment le « refus de communiquer les informations nécessaires aux interceptions autorisées par la loi », la complicité de délits et de crimes qui s'organisent sur la plateforme (trafic de stupéfiants, pédopornographie, escroquerie et blanchiment en bande organisée) et « la fourniture de prestations de cryptologie visant à assurer des fonctions de confidentialité sans déclaration conforme ». Les investigations sont confiées au centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) et l'office national anti-fraude (Onaf).
« Ce que je comprends, c'est que Telegram, à force de refus de coopérer, finit par être complice des infractions qui sont réalisées grâce à son service », explique à l'AFP Florence G'Sell, professeure à l'université de Lorraine, spécialiste du droit numérique. « S'il s'agit du raisonnement du juge, ça va très loin. C'est là qu'il y a un débat. »
L'arrestation de Pavel Durov, établi à Dubaï, a suscité de vives réactions à travers le monde. Il a notamment reçu le soutien du lanceur d'alerte américain établi en Russie Edward Snowden et d'Elon Musk, patron américain de X. A Moscou, le vice-président de la Douma, Vladislav Davankov, et les membres de son parti libéral New People ont déposé dimanche des avions en papier en forme de logo Telegram devant l'ambassade de France.
Emmanuel Macron a assuré lundi que l'arrestation de Pavel Durov n'était « en rien une décision politique » mais relevait « d'une enquête judiciaire », ajoutant que la France était « attachée à la liberté d'expression et de communication ».
La messagerie en ligne que Pavel Durov a lancée en 2013 avec son frère Nikolaï, sur laquelle les communications peuvent être chiffrées de bout en bout et dont le siège social se trouve à Dubaï, s'est positionnée à contre-courant des plateformes américaines, critiquées pour leur exploitation mercantile des données personnelles. Telegram s'est notamment engagée à ne jamais dévoiler d'informations sur ses utilisateurs.
« Telegram se conforme aux lois européennes, y compris le Règlement sur les services numériques, son action de modération est dans la norme du secteur », s'est défendu dimanche soir Telegram sur son propre canal, jugeant « absurde de dire qu'une plateforme ou son patron sont responsables des abus » relevés sur ladite plateforme.
Selon Telegram, Pavel Durov a « la double nationalité des Emirats arabes unis et de la France », en plus de la nationalité russe. Les Emirats arabes unis ont ainsi annoncé mardi avoir demandé à la France un accès consulaire à Pavel Durov, affirmant suivre « de près » sa situation. Selon le magazine Forbes, le patron est à la tête d'une fortune estimée à 15,5 milliards de dollars. Il a quitté la Russie il y a dix ans.
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Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, Telegram est devenue la plateforme privilégiée des blogueurs pro-guerre russes pour justifier l'opération et diffuser leur désinformation. Les experts soulignent que faute d'outils modernes, les troupes russes ont utilisé aussi la messagerie cryptée pour les opérations du champ de bataille, du transfert de renseignement à la correction de frappes d'artillerie, en passant par le guidage des missiles Iskander.
Et Moscou craint désormais que Pavel Durov cède aux Français la clé pour décrypter la messagerie. Les blogueurs russes, dont certains comptent des dizaines de milliers d'abonnés, « sont terrifiés », assure Ivan Filippov, expert de la propagande de Moscou, notant qu'un accès du renseignement occidental à la messagerie serait pour eux « un désastre absolu ». Le dossier pèse bien au-delà du champ de bataille. La chef de la télévision publique RT, Margarita Simonyan, a ainsi exhorté les Russes à supprimer leurs messages sensibles.
(Avec AFP)
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